Partager cet article

La revue Science accusée de sexisme par 600 chercheurs

La couverture de la revue Science de juillet 2014 sur le sida.

La couverture de la revue Science de juillet 2014 sur le sida.

Des chercheurs ont adressé une lettre ouverte à l’association éditrice de Science, regrettant que cette revue scientifique «renforce des stéréotypes néfastes».

Le milieu scientifique est-il de plus en plus sexiste ou les langues se délient-elles au bout de plusieurs années de mutisme? Après notamment la remarque du Prix Nobel de médecine Tim Hunt et les révélations sur les réunions scientifiques dans des clubs «réservés aux hommes», voilà un nouvel épisode. Environ six-cents scientifiques ont signé une lettre dénonçant le sexisme et les stéréotypes à l'encontre de minorités d’une des plus célèbres revues scientifiques, ont rapporté d’abord le site Retraction Watch le 16 juillet dernier puis Buzzfeed, qui a publié cinq jours plus tard le document dans sa version finale.

La lettre est adressée à l’Association américaine pour l'avancement des sciences, éditrice de la revue américaine Science, l’une des revues scientifiques les plus respectées et les plus connues. Elle regrette que la revue «renforce des stéréotypes néfastes» dans les domaines de la science, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques.

«Tant que votre responsable ne va pas plus loin»

Les signataires pointent quatre exemples en particulier où, selon eux, ces clichés peuvent être perçus, la plupart dans la section «Carrières» de la revue. Dans le premier exemple, ils citent un article d’un chercheur, qui a détaillé dans un article intitulé «Se faire remarquer ne suffit pas» son parcours jusqu’à son poste actuel de professeur et de chef de la section de biochimie clinique à l’Université de Toronto. Dans ce papier, il donne quelques conseils aux jeunes pousses, expliquant avoir travaillé seize à dix-sept heures par jour grâce à sa femme, qui était alors elle aussi en thèse. «Elle travaillait beaucoup moins que moi, et a donc pris en charge toutes les charges domestiques», explique Eleftherios P. Diamandis, qui semble trouver ce modèle recommandable et digne de respect. Une note de la revue a été ajoutée, le même jour que celui de la parution de l’article de Retraction Watch, regrettant une série de «dérapages».

Ma femme travaillait beaucoup moins que moi, et a donc pris en charge toutes les charges domestiques

Eleftherios P. Diamandis expliquant dans Science son parcours

Le deuxième exemple cité concerne un article publié en juin en ligne dans cette même section. Il s’agit d’une réponse à une jeune chercheuse qui se plaignait que son responsable ait tendance à regarder ses seins. «Tant que votre responsable ne va pas plus loin que cela, je suggère que vous fassiez avec, avec une dose d’humour si vous pouvez. Son regard est sans doute déplacé, mais vous avez besoin de ses conseils», lui répondait Alice Huang, une biologiste de renom pourtant engagée dans la cause des femmes et des minorités, dans un article retiré depuis avec une note d’excuse mais archivé par un site. Sa réponse avait choqué de nombreux scientifiques et fait l’objet d’articles dans la presse, dont le Washington Post.

Une couverture fait polémique

Le troisième exemple concerne une photo choisie par la revue pour illustrer en juillet 2014 un article sur le sida, qui représentait des personnes transgenres prostituées sur l’île de Jakarta. Une couverture qui avait fait polémique à l’époque, nos confrères de Slate.com estimant alors que «la science a un problème avec le genre. Que la revue Science n’a fait qu’empirer». «Cette couverture [...] nourrit les stéréotypes associant prostitution et sida», s’indignent les chercheurs dans leur lettre.

Enfin le quatrième exemple cité par les chercheurs dans leur lettre adressée à Science est un tweet du compte @SciCarreersEditor, qui, après les nombreuses réactions à la couverture du magazine montrant des prostituées transgenres, s’est demandé s’il était le seul à trouver «vraiment ennuyeuse toute cette indignation morale». Le compte a été effacé depuis.

Les signataires appellent Science à plus de vigilance et réclament que les employés de la revue suivent une formation à la diversité et au respect des minorités.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte