F1: Renault épargné, pas son image (MàJ)
Gagner un Grand Prix ne fait pas vendre plus de voitures. Tricher, c'est risquer de casser d'un coup son image.
- Image de Une: Les voitures de l'écurie Renault Tim Wimborne / Reuters -
La Fédération Internationale de l'Automobile (FIA) s'est réunie lundi 21 septembre pour un Conseil mondial extraordinaire suite à l'enquête sur le rôle de l'écurie Renault de Formule 1 dans l'accident volontaire de Nelson Piquet Jr lors du Grand Prix de Singapour en septembre 2008. Verdict: l'équipe française est «seulement» menacée de suspension à vie pendant deux ans. La FIA a été beaucoup moins clémente avec l'ancien patron de l'écurie et instigateur de la tricherie, Flavio Briatore, qui a écopé d'une suspension à vie de toute compétition officielle organisée par la fédération. Pat Symonds, l'ex chef des ingénieurs de Renault, également impliqué dans le scandale, a écopé de cinq années de suspension ferme. Les coureurs Nelson Piquet Jr et Fernando Alonso ont été épargnés. Slate republie l'analyse de Philippe Reclus, parue initalement avant ce verdict, sur l'impact de cette affaire pour l'image de Renault et son avenir dans le sport automobile.
***
Gagner en F1 est un actif bien compliqué à évaluer. S'y faire accuser de tricherie peut en revanche vite provoquer un jeu de massacre. A moins de tenter un ultime tête à queue, de remettre la voiture dans le bon sens et transformer une affaire mal engagée en décision stratégique visionnaire. C'est la tâche pour le moins périlleuse qui attend aujourd'hui les dirigeants de Renault empêtrés dans une affaire à dimension mondiale dont ils n'avaient pas vraiment besoin dans une conjoncture automobile planétaire délicate et incertaine.
En toute hypothèse, avec l'affaire Picquet, Renault joue gros. Le constructeur risque de voir s'évaporer en quelques heures les fruits d'années d'investissement et de communication dans la Formule 1 où il avait décidé de revenir en 2002 pour consolider son image de dynamisme en Europe et surtout pour asseoir sa notoriété dans des marchés plus neufs comme l'Australie, l'Afrique du Sud et l'Asie.
A la suite des confessions de son ancien pilote Nelson Picquet Junior, la firme a décidé de plaider coupable et de reconnaître que son écurie de Formule 1 avait triché lors du grand prix de Singapour en septembre 2008. Et de prendre les devants en désignant les coupables. Quelques jours avant que l'affaire ne passe devant le conseil mondial du sport automobile de la FIA, Renault F1 a limogé son directeur général, le flamboyant Flavio Briatore, et son directeur technique, Pat Symonds. Ce qui revient à les soupçonner implicitement d'avoir provoqué volontairement le crash de Nelson Piquet pour permettre à l'autre pilote de l'écurie, Fernando Alonso, de remporter l'épreuve.
Question finance, le budget du constructeur en F1 pour 2009 était estimé, en brut, entre 350 et 400 millions d'euros. Une forte augmentation, en pleine crise, décrochée par Briatore auprès de Carlos Ghosn par rapport aux 280 millions de 2008. Dans le budget global de l'écurie, le principal effort financier correspond au coût des moteurs. L'autre moitié du budget est apportée par les sponsors comme ING et Total et les recettes des droits TV.
Retranchées les parts financées par ces sponsors associés, c'est un investissement net de l'ordre de 150 millions d'euros qui sont autant d'argent que Renault n'a pas mis dans les campagnes de publicité. A ce stade, l'affaire ne pourrait donc avoir qu'un impact limité sur les finances de Renault. Au même titre que remporter un Grand Prix ou le titre mondial des constructeurs, comme cela a été le cas en 2005 et 2006, n'a jamais fait vendre plus de Laguna ni affolé le cours de Bourse. «Hormis les analystes qui lisent l'Equipe, la plupart de ceux qui suivent l'action Renault s'assoient sur ce genre de choses», résume l'un d'entre eux. A noter même que mercredi 16 septembre, le jour de l'annonce de ses déboires en F1, le cours a gagné près de 5,5% en bourse.
Les mêmes ne paraissent pas non plus s'effrayer des conséquences financières du scandale. Et ce même si Max Mosley, le président de FIA, a déjà prévenu qu'il jugeait l'affaire plus grave que l'affaire d'espionnage de Ferrarri qui a valu en 2007 à l'écurie McLaren une amende de 100 millions de dollars.
L'événement tombe en revanche très mal dans le plan média concocté par Renault qui, en plein salon de Francfort, s'employait depuis quelques jours à envoyer une salve de messages positifs: le pire de la crise serait passé et le constructeur a décidé d'investir massivement dans la voiture électrique en sortant quatre modèles d'ici à 2012.
La firme au losange a donc choisi de jouer la transparence. De se présenter en victime. Et de faire le ménage. Un peu le même tempo, toutes proportions gardées, que celui choisi par la Société Générale, début 2008, qui a reconnu les pertes spectaculaires de son trader Jérome Kerviel en cherchant aussitôt à se présenter comme la victime de sa fraude. D'une part, Renault met implicitement sur les épaules de Briattore et Symonds, les responsabilités de la triche. D'autre part, le constructeur porte plainte contre Nelson Piquet et son père (Nelson Picquet senior) pour «dénonciation calomnieuse» et «tentative de chantage». Bref, en renvoyant dos à dos les supposés tricheurs et les balances, la firme veut sans doute démontrer qu'elle est elle même plus victime qu'actrice dans les rivalités qui agitent le petit milieu de la F1 en pleine guerre des clans.
La ficelle est peut-être un peu grosse
Rien n'assure que le parfum de triche ne colle longtemps au constructeur. Mais certains chez Renault estiment sans doute que le coup est jouable: se servir de l'affaire Picquet pour opérer un virage d'image sur les jantes, clore une saison en demi-teinte ponctuée par un scandale, décapiter l'écurie et finalement se retirer des paddocks. Rien ne confirme pour l'instant un tel scénario. Mais tout est prêt pour l'accompagner, si besoin.
A tout malheur quelque chose est bon. Que Renault soit grillé définitivement dans la F1, ou même banni plusieurs années des circuits ce qui revient à peu près au même, pourrait offrir une formidable aubaine à ceux qui militent pour remettre l'image du constructeur plus en cohésion avec ses investissements dans la voiture propre. C'est d'ailleurs ce qu'a choisi de faire par anticipation BMW, qui a annoncé son retrait de la formule 1, licencié ses pilotes et mis en vente son écurie de course. Officiellement pour se consacrer au développement durable. Officieusement pour mettre un terme à un investissement peu justifié au regard des résultats médiocres. Reste à savoir ce que vaut ce cacul au regard de la vitrine technologique que continue d'offrir la Formule 1.
Seule certitude: rien ne saurait justifier, si c'est confirmé, le calcul des patrons de l'écurie Renault, pour sauver leur saison et défendre leur budget auprès de leur propriétaire, d'avoir dicté à leur pilote d'aller se jeter contre un mur à plus de 200 km/h. C'est suicidaire à plus d'un titre.
Philippe Reclus
Image de Une: Les voitures de l'écurie Renault Tim Wimborne / Reuters
Mis à jour le 22/09/2009 à 17h16










































Seul sport "suivable" à mes yeux.
mais pourquoi diable ne sont ils pas passé au moteur électrique ??
Si le règlement avait imposé pour 2010 le passage au tout électrique, ce sport aurait pu prendre un nouvel envol (nouvelle façon de piloter, responsabilité écologique, etc.), et les changements de batterie auraient remplacés les changements de pneumatiques :)
De plus, il n'est pas déraisonnable de penser que cela aurait motivé la recherche de pointe...
Je sais, je rêve, mais cela fait du bien de temps en temps.
Quand à Renaud, je ne pense pas que Ghosn y soit pour quelque chose, mais cette tricherie est honteuse, et le renvoi des responsables est bien le moins qu'ils pouvaient faire.
De toute façon, cette saison est pourrie...
Personnellement quand on me demande de faire quelque chose de dangereux pour ma vie j'y réfléchis à deux fois. Je suis sûr qu'on peut demander à un pilote de se cracher mais je vois pas pourquoi il aurait fait ca quand un simple virage mal pris aurait surement suffit !!
Beaucoup d'argent en "jeu" car la F1 peut difficilement se prévaloir du vocable "sport". Je n'ai jamais compris l'angouement pour cette activité...? j'aime pourtant le vitesse, j'aimais conduire vite (dans le temps!) mais suivre un grand-prix de formule 1 m'a toujours profondément ennuyé.
Sur le circuit il y a de l'ambiance, du bruit, une impression de vitesse et des odeurs...mais on ne voit rien; à la TV on voit bien ...mais les voitures semblent à l'arret et l'interet de la course se résume au timing et temps de ravitaillement ("hautes stratégies" des équipes!), accrochages ou accidents. Les "meilleurs" pilotes, qui bien sur gagnent des fortunes, sont surtout dépendants de la voiture, les Hamilton, Alonso et consort sont cette année loins derrière les Brawn! Arretons car en plus ces moteurs, qui faisait "progresser la technologie automobile" ne font pas aujourd'hui progresser le developpement durable! (pas de diesel ni moteur électrique)...Esperons que Renault en profitera pour abandonner ( en douceur because emploi?) avant deux ans.
Pas un pour remarquer que cette sanction n'en est pas une ? Briatore, qui empoche de très gros chèques depuis plus de 9 ans grâce à la F1 et doit bien avoir 3 villas qui l'attendent est contraint de prendre sa retraite à 59 ans... Le pauvre chéri ! Trop dur la vie. Quand à Renault, 2 ans avec sursis c'est scandaleux ! Combien leur a rapporter la victoire d'Alonso ? Ne sont-ce pas les mêmes qui ont monté une fronde contre le projet de limitation des budgets F1 pour ramener le débat un peu plus près du sport et moins du business ? Encore une fois, comme pour les traders, ce sont les tricheurs/fraudeurs qui ont gagné.
Franchement, j'ai, depuis le début, beaucoup de mal à croire qu'on puisse fonder une stratégie de course sur le crash de l'un de ses pilotes au 10ème tour d'un grand prix.
Pour ma part, je pense, tout simplement que Piquet, plutôt mauvais joueur, a voulu, en effet, faire du chantage à Renault qui l'a viré comme un malpropre ... et que Carlos GOSN, qui ne supporte pas BRIATORE, a profité de l'aubaine pour lui remettre une faute dans les bras, et s'en débarasser illico presto !
Cela me parait aussi simple que ça !!!