Partager cet article

Pluton et Charon: toujours plus de mystère

Portrait de Charon et Pluton  Via la Nasa

Portrait de Charon et Pluton Via la Nasa

En décryptant et analysant les dernières images dévoilées par la sonde New Horizons, ce que nous pouvons voir est, disons-le, extraordinaire.

S'il y a une chose que nous trouvons toujours lorsque nous observons pour la première fois de près un objet du système solaire, c'est quelque chose de surprenant. Ou quelques choses. Des tas et des tas de surprenantes quelques choses.

De nouvelles images et données ont été dévoilées le vendredi 17 juillet par la sonde New Horizons, désormais bien au-delà de Pluton et de son système de lunes. Nous les obtenons toujours au goutte à goutte, vu que nous sommes à 5 milliards de kilomètres de la scène, mais ce que nous pouvons voir jusqu'ici est, disons-le, extraordinaire. Pour reprendre la formule du grand chef de la mission, Alan Stern, lors de la conférence de presse de vendredi dernier:

«Je ne suis peut-être pas objectif, mais je pense que le système solaire nous a gardé le meilleur pour la fin».

Une image de la lune de Pluton, Charon, rendue publique jeudi, présente une caractéristique si étrange que plein de gens se creusent la tête pour comprendre de quoi il retourne. Voyez plutôt:

Photo by NASA/JHUAPL/SwRI

Déjà, figurez-vous, les images qui nous parviennent de New Horizons sont des JPEGs compressés, un «premier aperçu» atrocement prometteur. La sonde travaille toujours d'arrache-pied pour prendre des mesures de Pluton et de ses lunes, et elle ne peut pas le faire en même temps qu'envoyer des images à la Terre. Les données à haute résolution prennent beaucoup plus de temps pour arriver sur Terre, elles doivent donc attendre bien sagement sur le disque dur de New Horizons tant que tout ce schmilblick n'est pas terminé.

Alors ne faites pas attention aux gros pixels que vous voyez sur les images et prenez du champ.

Ce gros plan de Charon, pris mardi à environ 79.000 kilomètres de sa surface, montre une zone d'à peu près 300 kilomètres de long, une terre de contrastes. Globalement, on dirait une mer lunaire, mais piquetée de cratères. Certains semblent avoir des éperons rocheux centraux, ce qui n'est pas rare dans les grands impacts. Les canaux ressemblent à des rilles, ces tubes de lave effondrés que nous pouvons aussi voir sur la Lune. Mais je n'en suis pas si sûr. Il s'agit peut-être de lignes de faille, des fissures qui se forment là où la surface se morcelle (on voit ce genre de phénomène sur Mercure, là où la croûte s'est rétrécie au moment de la contraction de la planète).

Mais le vrai mystère, c'est le truc bizarre qui apparaît en haut à gauche. Qu'est-ce que c'est que ce BORDEL?

On dirait une montagne au milieu d'une dépression. Ce qui est très étrange. Déjà, comment une montagne aurait pu se former sur Charon? Et ensuite, pourquoi la surface alentour se serait-elle creusée? Pour les scientifiques de New Horizons, il s'agit d'une montagne dans un fossé.

Sur les premières images de Pluton reçues, nous avons aussi des montagnes, mais ce qui n'est pas d'un grand secours, vu que nous ne savons pas comment elles ont pu se former. Bizarrement, il ne semble pas y avoir non plus d'autre élément reconnaissable autour de ce truc sur Charon. Un impact à vitesse lente avec un autre objet est parfaitement improbable, mais comme l'est une montagne s'érigeant des profondeurs. A la limite, le fossé est plus facile à expliquer; il s'agit probablement de l'affaissement, du creusement de la surface autour de la montagne du fait de son poids. Mais le phénomène s'est-il produit avec la formation de la montagne ou après?

Mystère d'entre les mystères.

En parlant de montagnes de Pluton, nous avons suffisamment de données pour générer cette simulation d'un survol de Tombaugh Regio, la zone en forme de cœur à la surface.

Phénoménal! Certaines des montagnes font plus de 3 kilomètres de haut et ne dépareilleraient pas dans les Rocheuses… sauf qu'elles sont constituées de glace et pas de granit, comme les montagnes de ma région natale.

Incroyable. Cette zone a été baptisée Norgay Montes, du nom du sherpa népalais guide de Sir Edmund Hillary, premier alpiniste à avoir gravi l'Everest. C'est mignon.

La seconde partie de la vidéo montre les plaines glacées, au nord des montagnes. La vue rapprochée de cette zone, la Plaine Spoutnik, est tout simplement ahurissante:

Photo: NASA/JHUAPL/SwRI

Encore une fois, ignorez les pixels dus à la compression... c'est un champ de glace morcelé! Les segments font entre 20 et 40 kilomètres d'envergure, séparés par des rigoles. On ne sait pas bien ce que c'est. Peut-être est-ce des traces de contraction, lorsque la surface s'est resserrée (comme les craquelures qui se forment lorsque l'eau s'évapore dans le désert). Mais il peut aussi s'agir de cellules de convection! Si la matière sous la surface est liquide, il est possible que les trucs plus chauds d'en bas remontent et que les trucs plus froids s'affaissent. Personnellement, je suis sceptique, mais on n'a pas trop d'infos sur la chose. Qui sait?

Photo: NASA/JHUAPL/SwRI

Les rigoles sont intéressantes; à certains endroits, on dirait de la matière plus sombre qui s'est empilée. Et à droite, il y a une grappe de collines qui suivent les crevasses. Est-ce que c'est un truc qui s'est accumulé, ou une matière plus solide qui a résisté à l'érosion? Il y a aussi le piquetage en bas à droite de cette région, mais l'échelle est si petite qu'on ne peut pas en voir davantage avec la compression du JPEG. Il faudra attendre la haute résolution pour tenter d'éclaircir ce mystère.

L'environnement de ces plaines m'intéresse aussi, la structure générale du terrain. Voici une petite animation qui les montre dans Tombaugh Regio:

Ooooooh, c'est intéressant. On dirait presque qu'il y a eu une énorme inondation, un écoulement venant du nord et arrivant au pied des montagnes. Je parie ma chemise que c'est le cas ici. On voit des phénomènes similaires sur la Lune.

Figurez-vous que par l'absence de cratères, on peu déduire que cette zone est jeune, sans doute moins de 100 millions d'années. Regardez l'image de Charon ci-dessus et notez les cratères. S'ils ne sont pas sur la Plaine Spoutnik, c'est parce qu'il y avait des cratères et qu'un événement quelconque a aplani la surface. Ce qui va dans le sens (sans pour autant la prouver) d'une inondation.

Cette région de Pluton est aussi riche en glace carbonée, comme l'indique Ralph, un instrument de mesure de New Horizons. On ne trouve pas de concentration aussi forte ailleurs sur Pluton. Est-ce lié à la bizarrerie du terrain? Peut-être. Peut-être pas. Encore des mystères!

Passons à Nix!

 

Photo by NASA/JHUAPL/SwRI

Nix est l'une des plus petites lunes de Pluton, et on ne voit pas grand chose quand on la regarde à 600.000 kilomètres de distance. Mais on voit quand même des trucs. L'image montre qu'elle fait environ 40 kilomètres d'envergure et, selon d'autres données, qu'elle serait allongée, et ferait peut-être 80 kilomètres de long. Pour l'instant, on ne peut pas en dire beaucoup plus, mais il convient de noter qu'en avril, Pluton elle-même ressemblait à ça pour New Horizons. On n'aura pas d'image vraiment meilleure de Nix, mais cela prouve tout le chemin parcouru en très peu de temps.  Bordel, on ne savait même pas que cette lune existait il y a encore quelques années!

Je veux vous laissez là-dessus, sur un beau et émouvant portrait de Pluton et de sa plus grosse lune, Charon:

Photo by NASA/JHUAPL/SwRI

Il s'agit en réalité d'une mosaïque de deux images prises lundi 13 juillet et mardi 14, et assemblées pour que la taille, la distance, l'orientation et la luminosité des deux objets se rapprochent de la réalité. Vous pouvez voir combien Charon est plus sombre de Pluton, et combien elles sont proches l'une de l'autre. Ces clichés ont été pris lorsque la sonde s'approchait du système... mais à l'heure où j'écris cet article, New Horizons est déjà à 3 millions de kilomètres derrière Pluton, et avance de plus d'un million de kilomètres par jour.

La sonde nous enverra des données pendant encore au moins un an et à l'heure actuelle, nous n'avons qu'entre 1 et 2% de ce qu'elle renferme dans ses disques durs. Et voyez déjà tout ce qu'on a trouvé! Imaginez: il nous en reste encore 50 fois plus à voir!

J'en reviens à ma citation de Stern et son «meilleur pour la fin». Si j'aime sa formule, je dois contredire mon ami. Pluton est (peut-être) l'un des plus gros objets de la Ceinture de Kuiper, et il y en a encore des millions là-haut. Et il y a encore tant d'astéroïdes, de comètes et de lunes inexplorés... et on n'a toujours pas fait l'orbite d'Uranus ou de Neptune, on est juste passé au large. Bordel, même des missions longues comme Cassini n'ont qu'à peine effleuré la surface de ces mondes extraordinaires.

Tous ces mondes nous appartiennent. Nous devons les explorer.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte