Culture

«Vampire Diaries»: Imaginez Dawson avec des crocs

Troy Patterson , mis à jour le 21.09.2009 à 12 h 14

Séries TV: des adolescents classiques assoiffés de sang

The Vampire Diaries (tous les jeudis sur la chaîne câblée américaine The CW) est une série basée sur les romans de L.J. Smith. Si par hasard l'envie vous prenait de regarder un épisode comme ça, pour voir, je vous déconseille fortement d'aller d'abord faire un tour sur le site de l'écrivain, qui la montre en compagnie d'une licorne portant les mêmes bijoux en lapi-lazuli. Cette image ne rend pas du tout justice à l'adaptation télévisée, qui bien qu'aussi vulgaire que cette image, est néanmoins beaucoup plus séduisante, aussi goûtue qu'un chewing-gum rouge sang.

Quand j'ai appris que l'action se déroulerait dans la ville fictive de Mystic Falls en Virginie, j'ai eu un petit frisson de plaisir. Je pensais que la série exploiterait l'atmosphère étrangement tranquille mais finalement cauchemardesque, qui règne au sein des petites communautés du comté de Fairfax. Ou mieux, placerait la barre encore plus haut que la série métaphorique gothico-sudiste True Blood en jouant avec les stéréotypes Appalaches et faisant trembler de peur ses suceurs de sang devant les fourches xénophobes des ploucs de la région. On n'a pas fini de voir arriver des séries de ce genre; les histoires de non-morts se réinventent à l'infini. Les cris hystériques des fans de Twilight sont arrivés jusqu'à Hollywood qui a cru que la foule en réclamait davantage. Mais nous avons ici affaire à une production Kevin Williamson, et comme Woodsboro dans Scream et Capeside dans Dawson (série honteusement addictive), la ville de Mystic Falls est nichée au coeur du mythique paysage américain. Les arbres sont magnifiques et le reste volontairement banal. Mystic Falls sert de canevas aux émotions fortes de l'adolescence, désir troublant, colère bouillonnante, rivalité entre frères, et la douloureuse quête identitair: la réinvention de soi.

L'héroïne, Elena Gilbert, est jouée par Nina Dobrev dont le long cou est à lui seul une invitation suffisante, et qui maîtrise totalement l'art de trembler avec candeur tout en frissonnant de désir. Elena est orpheline, et aussi triste qu'il est possible de l'être dans ce genre de sitcom pour ados c'est-à-dire subtilement morose; rien de plus, rien de moins. En cherchant à dissimuler sa peine, elle ressemble finalement à toutes ces ados ordinaires qui n'ont qu'une obsession, être normales. Et si la série avait trop insisté sur le décès de ses parents, alors le coeur de cible risquait de ne pas comprendre assez vite la métaphore fantasmatique du scénario: qui n'a jamais rêvé de temps en temps de ne plus jamais avoir ses parents sur le dos ?

Le héros, Stefan Salvatore, est joué par Paul Wesley et son indispensable coiffure à la James Dean-qui-joue-Jim Stark. Lui, c'est le nouveau venu mystérieux. Maintenant, je pense qu'être un vampire ado n'est pas aussi dur que ce qu'on veut nous le faire croire. Raconter la Roumanie à l'époque médiévale dans un essai d'admission devrait ouvrir les portes de n'importe quelle université, et inscrire sur son CV qu'on a fondé le club «Je broie du noir entre quatre murs», ça en jette. Hélas un garçon, même bi-centenaire, ça ne broie jamais du noir en club, toujours en solo. Lui profite de son temps libre pour pleurer l'amour de sa vie, perdu il y a plusieurs siècles. Alors qu'Elena remplit son journal de pensées positives, Stefan, obsédé par la jeune fille, confie au sien: «Je suis tout bonnement incapable de lui résister». Et quand Elena découvre devant lui qu'elle s'est écorché le tibia, il commence à trembler comme un héroïnomane en manque et fait la moue dédaigneuse de Joaquin Phoenix dans tous ses films.

L'antagoniste, Damon Salvatore, est joué par Ian Somerhalder dont le boulot consiste à afficher en permanence un charme un peu répugnant. C'est l'équivalent de Chuck Bass dans Gossip Girl, satyre visqueux aux sourcils épais, vous voyez le genre. Damon est le frère aîné de Stefan mais ils n'ont rien en commun à part une force surhumaine et un goût développé pour les vestes en cuir noir. Non content d'avoir humilié son frère en lui mettant une raclée, Damon continue de le persécuter parce qu'il se comporte en vraie sainte-nitouche, et menace même de tuer dans l'oeuf sa romance naissante avec Elena. Et en plus, il a fait un sacré suçon à une camarade de classe de Stefan.

Les histoires de frères ennemis ça fait toujours vendre, et ceux-là sont parfaits: le dépravé diaboliquement beau, et le genre sensible et vertueux au regard de braise. En montrant les désirs radicalement différents de deux jeunes hommes, la série donne à ses jeunes spectatrices l'occasion de plonger dans les affres de la souffrance et du désir, comme dans toute bonne histoire de vampires. Et si elles se demandent pourquoi les garçons sont si bizarres, c'est du côté de Stefan qu'il faut chercher des réponses. Stefan, lui, foudrait bien ne pas afoir enfie de sucer le sang d'Elena. Finalement, il est aussi mal à l'aise avec ses canines que les garçons de son âge avec leurs érections.

Troy Patterson

Traduit par Nora Bouazzouni

Image de une: Vampire Diaries, image officielle DR

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