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Pour ne pas avoir peur des robots, nous devons mieux nous éduquer

Robot "Pepper" qui accueille comme un concierge à l'accueil d'une banque à Tokyo, Japon, le 17 juillet 2015. REUTERS/Yuya Shino

Robot "Pepper" qui accueille comme un concierge à l'accueil d'une banque à Tokyo, Japon, le 17 juillet 2015. REUTERS/Yuya Shino

Les salariés sont pris dans une course entre l’automatisation et l’éducation. La première accélère, il faut que la seconde suive.

Près de la moitié des emplois américains pourraient être informatisés d'ici une ou deux décennies, selon une récente étude de l’université d’Oxford. C’est le cas des employés de commerce, des opérateurs téléphoniques, des conducteurs de machines et même des acteurs et des économistes. En France, les robots pourraient être à l’origine de la suppression de 3 millions d’emplois d’ici à 2025. La santé, la culture et l'éducation, seraient épargnées mais le bâtiment, l'industrie, l'agriculture, l'administration publique, l'armée, la police et les services aux entreprises devraient être beaucoup touchés.

Les rapports se multiplient, la peur des machines revient. Elle remonte à loin. Dès leur invention, les concurrents mécaniques ont provoqué l’angoisse des travailleurs. Ils allaient leur prendre leur emploi ou au minimum permettre au patron de baisser les salaires. Le robot était à l’industrie ce que le loup était à l’agriculture: le responsable de la perte de leur moyen de subsistance. Les hommes se sont soulevés jusqu’à casser les métiers à tisser. La substitution sans fin du capital au travail allait conduire à la fin des temps, à la mort du capitalisme, selon Marx.

Les robots, une richesse

Les économistes ont des arguments fabriqués par l’histoire contre cette «peur de l’automatisation». Les robots suppriment des emplois mais ils augmentent la productivité, ils dégagent des richesses permettant la création de nouveaux produits ou services, c’est-à-dire de nouveaux emplois ailleurs. Quant à la crainte sur les salaires, l’histoire montre qu’elle est totalement infondée. Les salaires ont triplé entre 1570 et 1875, durant la phase d’industrialisation, puis plus que triplé de 1875 à 1975, durant la phase d’introduction de machines de toutes sortes. 

Les ordinateurs, comme toutes les machines, nous libèrent des taches répétitives, ils vont plus vite et travaillent sans faire de défauts. Les emplois dans l’économie entière ne meurent pas, ils se déplacent. Le hic contre ces arguments est connu depuis John Meynard Keynes: la phase de transition. Il peut arriver que les robots suppriment des emplois plus vite que l’économie n’en recrée, avait noté l’économiste en 1930.

Le «second âge de la machine»

Si l’angoisse du robot renait aujourd’hui fortement, c’est pour trois raisons. La crise d’abord, qui a supprimé des emplois, en général. La mondialisation ensuite, qui déplace au loin les emplois récrés, en Chine ou en Asie, phénomène connu sous le mot de délocalisation. Mais aussi parce que les nouvelles technologies vont permettre d’automatiser des tâches qu’on pensait jusqu’ici hors d’atteinte. L’intelligence artificielle prend le volant des véhicules, remplace les facteurs par des drones, fait mieux que les médecins pour diagnostiquer des maladies et supprime les derniers ouvriers qui restent grâce aux imprimantes 3D fabriquant à la maison tout un tas d’objets hier produits dans les usines. Ce «second âge de la machine» selon Erik Bryjnolsson et Andrew McAfee, va permettre une explosion de nouvelles manières de faire les choses, une révolution dans beaucoup de métiers.

Crise, délocalisation, accélération: ces trois phénomènes se conjuguent pour nourrir une nouvelle peur des robots de demain. Les arguments historiques rassurants des économistes risquent de ne plus être opérants aujourd’hui. Qu’en est-il? Les robots se déploient effectivement à une vitesse accélérée. Leur coût relatif baisse, ils pour les patrons le moyen de faire face à la rigidité des salaires dans les pays développés. Leur efficacité est en revanche discutée: les gains de productivité ont fortement ralenti depuis deux décennies, ce qui démontrerait que leur apport à l’économie, la richesse dégagée, est de plus en plus faible. Leur effet sur l’emploi et les salaires semble négatif mais sans certitude. En étudiant 14 industries dans 17 pays de 1993 à 2007, Guy Michaels et Georg Graetz montrent un effet positif sur les deux variables.

L'éducation, le graal

Tout semble montrer que Keynes avait raison: la transition entre emplois supprimés et emplois créés est trop longue. Les robots ont tué les tâches répétitives, ils s’attaquent aujourd’hui à des métiers qualifiés automatisables. Seul l’emploi du dessus, très qualifié, créatif, survit et profite même de la situation: le creusement des inégalités l’illustre.

Autrement dit, les salariés sont pris dans une course entre l’automatisation et l’éducation. La première accélère, il faut que la seconde suive. Les systèmes éducatifs avaient su, dans les Trente Glorieuses, généraliser une éducation de base qui a permis aux salariés d’entrer dans la vie active d’une ère industrielle de masse. Désormais, dans une ère schumpetérienne, l’Éducation nationale est sommée de produire des élèves non robotisables, soit très qualifiés soit très inventifs.

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