Économie / Monde

La Grèce rend les Allemands fébriles et colériques

Temps de lecture : 2 min

Jacob Soll a participé à une conférence à Munich début juillet. Il raconte l’irrationalité de la réaction allemande durant les débats.

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schauble, le 15 avril 2015, à New York | Brendan McDermid/REUTERS
Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schauble, le 15 avril 2015, à New York | Brendan McDermid/REUTERS

Les Allemands aussi ont des sentiments, et parfois il arrive qu’ils se mettent en colère. C’est en tout cas ce qui ressort de la scène que rapporte dans le New York Times Jacob Soll, historien de l’économie, qui participait les 8 et 9 juillet dernier (entre les résultats du référendum grec et la mise au point du programme à imposer à la Grèce par les créanciers, Allemagne en tête) à une conférence sur la dette grecque à Munich. Parmi les personnalités assistant à la discussion, se trouvaient des économistes, des journalistes, des investisseurs et même des représentants des gouvernements allemand et hellène.

Le chercheur américain montre, à travers son récit circonstancié des échanges, l’irrationalité des Allemands au moment d’évoquer les difficultés de la Grèce. Dans la bouche des intervenants allemands, les choses étaient claires comme du cristal: les Grecs étaient aussi irresponsables que menteurs, et ce, depuis des années, tandis que les Allemands étaient généreux et candides avec eux. Une certitude sur laquelle venait buter tout argument contradictoire.

La dette, une faute morale

Ni la détresse, ni les risques politiques d’une austérité cruelle et sans rime ni raison n’ont semblé ébranler des Allemands convaincus de la nécessité de traiter les Grecs avec la plus grande sévérité, selon Jacob Soll. Celui-ci rattache ce manque d’empathie à la culture germanique profonde et, indirectement, à la mentalité protestante, qui fait l’éloge des vertus austères et met l’accent sur le péché, qui condamne l’humanité à la souffrance sur terre et à la damnation au ciel à moins que Dieu n’en décide autrement, de manière inexplicable. Dans la langue de Goethe, «dette» se dit «schuld», qui désigne également la faute morale.

«Les débiteurs qui font défaut devront simplement souffrir, expliquaient-ils, peu importe la brutalité, voire l’injustice des termes du prêt.»

Et s’il y a une chose que les intervenants germaniques de ce débat avaient plus de mal à entendre que les arguments grecs, il s’agissait des comparaisons historiques, a fortiori quand elles laissaient l’ombre du nazisme se profiler derrière elle. Pour avoir fait le parallèle entre l’austérité imposée à la Grèce (et Jacob Soll fait le lien avant même la conclusion des négociations) et les terribles conditions du «diktat» du Traité de Versailles, avec ses non moins terribles conséquences politiques, les économistes allemands se sont fâchés tout rouge. Une réaction qui n’a pas poussé les négociateurs allemands à la clémence apparemment.

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