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Le vainqueur de la crise grecque: c'est l'Europe

Devant la BCE à Francfort le 21 janvier 2012. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Devant la BCE à Francfort le 21 janvier 2012. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Contrairement aux jugements hâtifs et aux clichés, l'Europe fonctionne. Comme à chaque fois dans son histoire, elle a surmonté la crise et trouvé un compromis. Elle a montré également que les populismes conduisent à une impasse tragique.

L’avenir dira si la Grèce, et l’Europe avec elle, ont enfin pris le chemin de la sortie de crise. Mais l’épisode qui s’achève, par les votes successifs des différents parlements nationaux sur le nouveau plan d’aide à la Grèce, autorise à démentir quelques clichés.

1.L'Europe fonctionne

Bien que la dominante médiatique soit, quoiqu’il arrive, de nous expliquer que l’Union part à vau-l’eau, celle-ci a une fois de plus montré sa formidable résilience. Quels que soient les obstacles, ça ne casse pas, ça passe! Toutes les avancées européennes, tous les débats qui ont ponctué sa très jeune histoire, parsemée de crises diverses et variées (auxquelles la France a pris plus que sa part), ont toujours été surmontés de la même et inévitable manière lorsqu’il faut s’accorder à 19 (l’euro zone) ou à 28 (l’ensemble de l’Union): des compromis, certes laborieux souvent à l’arraché, mais toujours des solutions.

Et, dans l’élaboration de ces compromis, il y a toujours, in fine, la nécessaire vérification d’un accord franco-allemand. La Banque Centrale Européenne (BCE), seule institution fédérale, non seulement fonctionne mais vient, une nouvelle fois, de montrer sa capacité à faire prévaloir un intérêt général européen. La présidence du Conseil (Donald Tusk) tient sa place et a même obligé Angela Merkel et Alexis Tsipras à continuer la discussion à l’aube du 13 juillet. La Commission, dans l’espace qui lui est imparti par les gouvernements, apporte sa contribution et les chefs d’Etats et de gouvernements s’obligent au compromis. Enfin, les Parlements nationaux sont consultés: il serait peut-être temps de cesser de répéter que l’Europe ne serait pas «démocratique». Quand des gouvernements élus démocratiquement décident, sous le contrôle de leur parlement; et que les traités européens ont fait l’objet, depuis l’origine, de pas moins de 53 référendums!

Mais la véritable leçon a été tirée par Mario Draghi: l’Union monétaire est «imparfaite», a-t-il dit; donc «fragile»! Il faut alors la consolider. Les propositions de François Hollande de relance d’un «gouvernement économique» de la zone euro vont donc dans le bon sens.

2.L'impasse des populismes

Faut-il rappeler qu’en quelques mois le gouvernement Tsipras a réussi à mettre l’économie grecque à l’arrêt?

La deuxième leçon, éclatante et si peu exploitée par les partis traditionnels, est celle-ci: l’impasse des populismes. De visu, concrètement, en temps réel, nous avons pu vérifier que le populisme au pouvoir conduit le peuple dans l’impasse. Et en sortir se paie d’un prix bien plus élevé que si le pays avait fait l’objet d’une gestion équilibrée. Faut-il rappeler qu’en quelques mois le gouvernement Tsipras a réussi à mettre l’économie grecque à l’arrêt?

Ses fausses et vaines promesses ont détruit durablement la confiance non seulement de ses partenaires mais aussi des Grecs eux-mêmes. Promesses faites au nom de la reconquête d’une «souveraineté»: il n’y  pas d’argument plus faux. Car, l’obstacle à toute souveraineté, c’est le poids de la dette. Et la Grèce retrouvera sa part de souveraineté grâce à l’Europe. On l’a un peu vite oublié mais c’est grâce à la construction européenne que les pays comme la France, qui quémandait ses fins de mois au FMI et à Washington tout au long de la 4ème République, a retrouvé sa souveraineté. Celle-ci, on le sait, devra pour être préservée dans certains domaines, être exercée à plusieurs.

Les files d’attente devant les banques, l’économie à l’arrêt: voilà en tout cas ce qui est au bout du chemin des politiques populistes. Et il est plus que curieux qu’en France ni le parti socialiste ni celui de Nicolas Sarkozy (il est vrai surtout préoccupé de décrédibiliser son successeur), n’utilisent cet argument contre un parti, le Front national, qu’ils se contentent de dénoncer de façon incantatoire.

En revanche, Syriza n’est pas né de nulle part. Il s’est regroupé à partir d’une protestation contre une cure trop dure, trop brutale,  que les plus faibles ont payé au prix le plus fort, quand les véritables puissances d’argent grec étaient préservées. Il y a bel et bien une responsabilité des Européens qui ont, dans un premier temps, raisonné en mathématiciens sans prendre garde aux lois de la physique. Le degré d’acceptation des efforts nécessaires: là est bien le problème permanent des démocraties.

3.Un sauvetage in extremis n'est pas une honte

L’«humiliation», thème autour duquel se sont construits les totalitarismes

Troisième leçon: mieux vaudrait éviter l’exagération, l’emphase et, pour finir, les contresens qui présentent comme une faute ou comme une honte une solution de sauvetage in extremis. L’usage le plus désastreux est celui de la notion d’«humiliation», thème autour duquel se sont construits tous les totalitarismes. 

II s’agit ici d’une «humiliation» à plus de 80 milliards d’euros d’aide, venant des autres Européens au bénéfice d’un pays en détresse. Dont plus de 30 milliards prévus d’investissements pour armer et structurer une relance durable de l’économie grecque. La véritable humiliation, c’est la situation dans laquelle les Grecs se sont placés eux-mêmes. Mais, dit-on, ce serait «humilier» les Grecs que de refuser d’alléger maintenant leur dette. Or, ce qui préoccupe les Européens, c’est fort justement d’alléger la charge budgétaire de la dette. Laquelle ne sera exigible en partie qu’à partir de 2020…

Comme l’a fait remarquer François Hollande, «l’humiliation» eut été le Grexit: vous n’êtes pas dignes de nous, dehors!

4.Le faux-pas allemand

En une nuit l’Allemagne a dilapidé un capital de confiance, accumulé pendant un demi-siècle

Habermas

La quatrième et, à ce stade, ultime leçon est sans doute la plus importante. Elle concerne l’Allemagne qui a sans doute commis son premier grave faux pas diplomatique. Alors que, là encore, on nous la présente come sûre d’elle-même et dominatrice, elle a, par son attitude rigide et arcboutée sur les principes, provoqué une critique inédite. Elle est portée par l’une des grandes figures européennes qu’est Jürgen Habermas, lequel assure «qu’en une nuit l’Allemagne a dilapidé un capital de confiance, accumulé pendant un demi-siècle». Même si la chancelière est assurée du soutien de son opinion, elle est décrite par une partie de la presse allemande comme ayant placé l’Allemagne, pour la première fois depuis 50 ans, dans une situation où elle a demandé moins d’Europe et non plus d’Europe!

En dehors des aspects politiciens de la position allemande (le positionnement respectif d’Angela Merkel et de son rival Wolfgang Schäuble, pourtant lui-même européen convaincu), il faut faire la part de l’irrationnel. Et donc du sentiment légitime d’exaspération provoqué chez les dirigeants allemands par le tombereau d’injures déversées par Alexis Tsipras et ses alliés qui ont passé leur temps à comparer, de façon grotesque, l’Allemagne d’aujourd’hui à l’Allemagne nazie. Mais la préparation d’un grexit temporaire par le ministère allemand des finances a constitué une faute diplomatique majeure. In fine, la chancelière s’est ralliée au compromis. Mais le débat ouvert en Allemagne, qui consiste à regretter que l’affaire grecque ait conduit l’Allemagne à réagir de façon plus allemande qu’européenne, est, à terme, dommageable.

Tout ceci est de nature à renforcer la main de la France, partie ultra minoritaire dans sa position au soutien de la Grèce au début des discussions, et qui termine en médiatrice et bienfaitrice. Sa position initiale –un meilleur équilibre entre rigueur et relance, efforts et croissance- s’en trouve désormais validée.

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