Monde

Il ne faut pas rester en Afghanistan

Françoise Chipaux, mis à jour le 28.09.2009 à 9 h 23

Les talibans seront vaincus le jour où la population trouvera qu'il est de son intérêt de soutenir le gouvernement. C'est loin d'être le cas aujourd'hui.

La mort accidentelle de trois soldats français dans la nuit du samedi 26 septembre au dimanche 27 septembre, dans la vallée d'Afghanya (nord-est de Kaboul), porte à 34 le nombre de militaires français ayant perdu la vie en Afghanistan depuis l'arrivée des troupes françaises en décembre 2001.

Que faire avec l'Afghanistan et que faire en Afghanistan? Huit ans après l'entrée triomphale des troupes étrangères à Kaboul, les opinions publiques des pays engagés dans ce combat alors incontesté s'interrogent de plus en plus sur la finalité d'une guerre qui s'enlise parallèlement à l'augmentation du nombre des victimes. Avec 341 soldats étrangers tués depuis le début l'année, 2009 dépasse déjà de 20% le nombre de morts de l'année dernière. La spirale de l'échec semble s'accélérer et risque d'emporter avec elle la nouvelle stratégie du président Barack Obama dont le but était de renverser cette tendance.

L'élection présidentielle qui a mobilisé des mois durant toutes les énergies et qui devait marquer un nouveau départ est en passe au contraire de créer de nouveaux et graves problèmes. Un mois après le scrutin le résultat est loin d'être connu. En distillant depuis plusieurs semaines des résultats partiels et contestés, la commission électorale aux ordres du président sortant Hamid Karzai n'a fait que jeter le soupçon sur un processus qui se voulait démocratique. Il a fallu l'intervention de la commission des plaintes dirigée par l'expert canadien Grant Kippen, très bon connaisseur du processus électoral afghan, pour freiner les ardeurs locales. En décidant de faire recompter les votes d'environ 10% des bureaux de vote, la commission des plaintes a repoussé de plusieurs semaines l'annonce officielle du résultat, laissant le champ libre aux accusations et contre accusations qui empoisonnent le climat politique.

La communauté internationale est pour sa part face à un dilemme qui n'a pas de bonnes solutions. Où elle valide le scrutin qui aux yeux de la plupart des Afghans a déjà perdu sa légitimité et accroît ainsi la méfiance de la population à son égard ou elle pèse pour un second tour au risque d'un affrontement direct avec le président sortant. Celui-ci aura alors beau jeu d'agiter la carte ethnique, pashtouns contre tadjiks, son principal concurrent le Dr Abdullah étant tadjik par sa mère. La troisième solution serait de «manager» le résultat de l'élection en demandant à l'Inde et à l'Iran qui ont largement financé la campagne du Dr Abdullah, de convaincre celui-ci de travailler avec le président sortant.

La communauté internationale est toutefois loin d'être d'accord sur la manière d'agir et le départ brutal de Kaboul du numéro deux de l'Onu, l'américain Peter Galbraith en désaccord avec son chef le norvégien Kai Eide sur comment réagir au fiasco électoral n'en est que la dernière illustration.

Quelle que soit la conclusion du scrutin et quel que soit le vainqueur de cette élection, le processus démocratique est sérieusement et peut-être durablement terni aux yeux des Afghans. La légitimité et la crédibilité du futur gouvernement sont compromises à un moment où la communauté internationale veut lui assigner un rôle de plus en plus important pour préparer une sortie honorable aux troupes étrangères. En déclarant mardi 15 septembre «je considère que la menace que fait peser le manque de gouvernance est égale à celle des talibans» le chef d'état-major interarmes américain, l'amiral Michael Mullen, ne fait que constater ce que soulignent tous les experts depuis huit ans. Malheureusement le scrutin présidentiel et ses conséquences prévisibles ne sont pas de nature à améliorer la gouvernance.

Au point où en sont les choses, la marge de manœuvre de la communauté internationale se rétrécit. Si aucun départ précipité n'est envisageable, l'augmentation permanente du nombre de soldats ne paraît pas non plus la solution. Celle-ci ne peut qu'accélérer dans la population le rejet de l'occupation et risque d'augmenter inutilement le nombre de victimes dans tous les camps. Augmenter le nombre des forces de sécurité afghanes a aussi ses limites car qui paiera à l'avenir dans un pays aux ressources limitées. Plus que le nombre c'est la qualité des forces qui devrait faire l'objet de toutes les attentions. L'aide internationale s'est trop souvent réduite en Afghanistan à une affaire de chiffres utiles à présenter aux opinions parlementaires ou publiques au détriment de la qualité et de la durabilité des projets.

Enfin, si le but en Afghanistan est d'empêcher le retour d'Al Qaida que l'on ne devrait pas confondre totalement avec les talibans, mieux vaudrait sans doute mettre l'accent sur les opérations commandos contre les leaders de l'organisation, leurs sanctuaires, leurs moyens de financement etc... En Afghanistan les talibans seront vaincus le jour où la population trouvera plus intéressant de soutenir le gouvernement que de rester spectatrice d'un destin qu'elle ne contrôle pas.

Françoise Chipaux

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Image de Une:  Marines américains en patrouille en Afghanistan Goran Tomasevic / Reuters

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