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Le retour des «pères perchés», ces apôtres de la résidence alternée

Après les grues, le pont d’Arc, en Ardèche, où ces pères qui se disent «privés de leurs enfants» déploient des banderoles pour réclamer la garde alternée.

Cette fois, ils s’attaquent au pont d’Arc, à Vallon-Pont-d’Arc, en Ardèche. Les pères perchés, qui clament leur colère d’être selon eux «privés de leurs enfants», ont encore frappé ce jeudi 16 juillet. Aux manettes de cette action, Jean Le Bail et Scott Reiss, qui réclament que la résidence alternée devienne automatique «dès qu’au moins un des deux parents la demande et s’il n’y a pas de raison de la refuser», explique le premier. Pour cela, ils ont posé dans la ville des bâches où il est écrit «résidence alternée» et placé des banderoles sur le pont pris d’assaut:

 

 

 

 

Le tout, orchestré par une campagne de communication très 2.0. Le compte Twitter @TeamParentale a ainsi alerté en trois heures près d’une centaine de journalistes.

«Pour moi c’est un enlèvement parental»

Jean Le Bail, qui vit à Caen et ne rate pas une manifestation des Sentinelles (anciennement les Veilleurs), ce mouvement proche de l’extrême droite qui demande l’abrogation de la loi Taubira sur le mariage pour tous, ne bénéficiera pas de la garde alternée: ses enfants ont maintenant 20 et 27 ans. Majeures, le juge ne peut évidemment plus la leur imposer. Mais c’est pour d’autres pères qu’il affirme se battre. Après une séparation en 2007, Jean Le Bail affirme avoir eu à subir plusieurs années de refus de présentation de ses enfants, alors âgés de 12 et 19 ans. Sa compagne a ensuite déménagé en 2009, le mettant selon lui «devant le fait accompli», et le prévenant une semaine après, ce que le juge aurait reconnu ensuite comme une enfreinte à la loi.

19%

Le pourcentage d’enfants entre 18 et 21 ans qui ne voient plus leur père après le divorce de leurs parents

«Pour moi c’est un enlèvement parental. J’écris régulièrement à mes filles mais je n’ai aucune réponse. Je n’ai pas de portable, mon ex-épouse a changé trois fois le numéro de portable de ma fille», se plaint ce père. Il a un jour trouvé le numéro de sa plus grande fille dans l’annuaire, mais celle-ci lui a «raccroché au nez», le résultat selon lui non d’un ras-le-bol de sa part devant son insistance et son acharnement mais de l’absence de relations pendant plusieurs années, causée selon lui par l’inaction de la justice, qui lui octroyait des droits «théoriques», affirme-t-il, qu’elle ne faisait pas respecter. Son cas n’est pas isolé: selon une étude de l’Ined, l'absence de rencontres avec le père quand les parents sont divorcés concerne 19% des enfants ayant entre 18 et 21 ans et 32% des enfants ayant entre 30 et 34 ans.

Condamné pour agression sexuelle sur sa fille

Scott Reiss est quant à lui un père perché dans tous les sens du terme. Il affectionne sur son site les blagues salaces et poste des messages où il écrit avoir envoyé en «cadeau» à la mère de sa fille un pendentif en forme phallique ou un gode rose. Il vit en Ardèche et affirme n’avoir pas vu sa fille depuis cinq ans. Il avait déjà fait parler de lui en février dernier, autour d’un projet de disque Papa plus réclamant la résidence alternée, mais surtout lorsque sa mère, donc grand-mère de l'enfant, est montée en haut d’une grue de chantier, affirmant bénéficier d’une décision de justice en sa faveur. Problème: Scott Reiss a été condamné deux fois pour agression sexuelle sur sa fille, la deuxième fois en appel à vingt-quatre mois de prison avec sursis. Il a aujourd'hui déposé un pourvoi en cassation.

Dans leur équipe, on trouve aussi Olivier Gourson et Serge Charnay, qui a fait plusieurs fois de la prison pour avoir refusé de rendre son fils à sa mère et que des associations qualifient de «masculiniste». «Ni masculiniste, ni alpiniste!» affirme quant à lui Jean Le Bail, pour qui cette bataille est une bataille pour «l’égalité». «Les salaires des hommes et des femmes ne sont pas égaux et il y a une discrimination en la matière mais, pour la garde parentale, c’est l’inverse», estime-t-il.

Demandes satisfaites

La raison principale au fait que les pères ne voient pas leurs enfants, c’est qu’ils le choisissent

Stéphanie Lamy, co-fondatrice du collectif Abandon de Famille - Tolérance Zéro!

La résidence principale des enfants est confiée au père après un divorce dans 12% des cas, selon une étude du ministère de la Justice, contre 71% à la mère et 17% aux deux parents, en résidence alternée. «La raison principale au fait que les pères ne voient pas leurs enfants, c’est qu’ils le choisissent», explique Stéphanie Lamy, co-fondatrice du collectif Abandon de Famille - Tolérance Zéro! En effet, selon cette étude, seul un quart des pères demande la garde exclusive et 19% la garde alternée. Une large majorité d’entre eux demande à ce que les mères s’en chargent (58%). 

Une enquête du même ministère, publiée dans Infostat justice de janvier 2015, indique d’ailleurs que, lors de divorces par consentement mutuel, la résidence des enfants a été fixée en 2012 chez la mère dans 63% des cas, en alternance dans 30% des cas et chez le père dans 6% des cas seulement. «Les nouveaux pères savent que la résidence alternée pour tous est impossible: chaque cas est différent. Les pères “normaux” n'ont pas de problème à obtenir une résidence alternée en règle générale. Les mères d'ailleurs ne rêvent que de ça: des pères qui réclament plus d'implication», conclut Stéphanie Lamy. Selon le ministère de la Justice, les demandes des pères ont été satisfaites à près de 93%.

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