Science & santé

L'imagination des fétichistes est sans limite

Repéré par Leïla Marchand, mis à jour le 16.07.2015 à 16 h 16

Repéré sur The Guardian

La liste des fétichismes est aussi longue et irrationnelle que celle des phobies. C'est ce qui ressort des études menées depuis des dizaines d'années par des chercheurs sur le sujet.

L'attirance pour les pieds est le fétichisme le plus répandu | anton petukhov via Flickr CC License by

L'attirance pour les pieds est le fétichisme le plus répandu | anton petukhov via Flickr CC License by

Fétichisme: nom masculin 
Déf.: Déviation des pulsions sexuelles d'un sujet sur un objet érotique de substitution qui peut être aussi bien une partie déterminée du corps (cheveux, seins, fesses) qu'un objet (vêtement, chaussure).

Le terme de fétichisme est utilisé pour la première fois en 1887 par un psychologue, Alfred Binet. Sigmund Freud prendra bientôt sa suite et situera bien sûr la cause de cette perversion dans «la prime enfance» de ses patients. Si un homme est fétichiste, c'est que le petit garçon qu'il était a constaté l'absence de pénis chez la femme. Et donc, le fétiche est son moyen de substituer à ce manque. Malin.

Pourquoi ces pulsions irrationnelles? D’où viennent ces fantasmes étranges? Depuis lors, les chercheurs restent fascinés par la question et n’en finissent plus d’observer leurs sujets fétichistes, d’en étudier et d'en classer les pratiques, qualifiées ou non de déviantes selon les sociétés et les époques.

Les chercheurs se sont aussi torturé les méninges à trouver une définition précise du fétichisme. Où s'arrête-il? Doit-il forcément impliquer un objet? Ou doit-il être le signe d'un problème psychiatrique? Peut-il être passager?

Le fétichisme est finalement officiellement entré dans la liste des troubles paraphiliques, au sein de la Classification internationale des maladies et dans le DSM IV (le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Une paraphilie est une «expérience sexuelle intense liée à des objets, situations, individus atypiques»On en trouve une liste non exhaustive ici, entre les classiques mammophilie (fétichisme des seins), nasophilie (fétichisme du nez) et trichophilie (fétichisme des cheveux et des poils), et les plus surprenants: «Symphorophilie» (assister à un accident de voiture), Knismolagnie (chatouilles) et «Formicophilie» (crouler sous les insectes).

Corps et objets

En 2004, comme le rappelle le Guardian, un groupe de chercheurs suédois et italiens a même aspiré les données de centaines de discussions fétichistes en ligne (pour être précis, les cobayes étaient des Anglais, environ 50.000 et très prolixes sur le sujet sur «Yahoo! discussion groups») pour pouvoir classer chaque tendance fétichiste selon son genre et sa fréquence parmi la populationC'est une première: jusqu'ici, les données étudiées étaient surtout issues de témoignages de patients en hôpital psychiatrique ou en thérapie.

Sans surprise, ce sont les fétichistes des pieds et des orteils qui sont les plus nombreux, suivis de près par les obstinés des fluides corporels (sang, urine, larmes...), de la taille du corps (mince, gros, petit, grand). Les fétiches les moins convoités sont ceux liés aux ongles, au nez, au cou et à l'odeur corporelle.

Bodybuilders pieds nus ou femmes fumeuses qui jouent au ballon

Les chercheurs ont différencié ces fétichismes liés au corps à ceux liés aux objets. Ainsi, dans le second tableau, on trouve en tête les bas, les jupes, les chaussures et les vêtements. Peu de gens –mais ils sont quand même du nombre– convoitent les couches, les appareils auditifs, les cathéters et les pacemakers.

Bien sûr, pour remplir les cases de leur tableau, les chercheurs ont dû faire des regroupements. Ainsi, comme ils ne savaient pas où classer ceux qui aiment «les bodybuilders pieds nus» ou «les femmes fumeuses qui jouent au ballon», ils les ont redistribués dans diverses catégories comme «pieds» ou «muscles».

Dans un monde de 7 milliards de personnes, la liste des fétichismes est aussi longue et irrationnelle que celle des phobies. Les chercheurs sont sans cesse en train de rattraper leur retard dans ce domaine. Une nouvelle étude intitulée «Analyse thématique de l'expérience dacryphilique» par Mark Griffiths et Richard Greenhill vient d'ailleurs d'être publiée dans l'International Journal of Sexual Health. Griffiths nous apprend que «la dacryphilie est un intérêt sexuel non normatif qui implique la jouissance ou l'excitation liées aux larmes ou aux pleurs et, à ce jour, il n'a jamais été étudié de manière empirique». Bonne lecture.

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