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Le nouveau roman de Harper Lee ressemble bigrement à l'ancien

«Go Set a Watchman», de Harper Lee | Lucas Jackson/REUTERS

«Go Set a Watchman», de Harper Lee | Lucas Jackson/REUTERS

De nombreux passages «Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur» et «Va et poste une sentinelle» sont identiques, au mot près.

Publié il y a quelques jours, Go Set a Watchman (en français Va et poste une sentinelle) second roman de Harper Lee après Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, a fait sensation dans le monde de l’édition américaine ainsi que dans les librairies outre-Atlantique.  Selon Quartz, il s’agit cependant d’un non-évènement: pour le site, qui a découpé le nouveau roman en plusieurs passages pour mieux le comparer à l’ancien, Go Set a Watchman présente de nombreuses similitudes stylistiques avec son prédécesseur, et va jusqu’à multiplier les paragraphes identiques. 

Au moment de sa publication, l’éditeur ne s’en est pas caché: Go Set a Watchman, écrit en premier, est avant tout le premier jet de Ne tirez pas sur l’osieau moqueur. Si l’intrigue de Go Set a Watchman se déroule dans le sud des États-Unis des années 1950 tandis que le best-seller de Lee, qui lui avait valu le Pulitzer en 1961, prenait place dans l’Amérique des années 1930, les ressemblances entre les deux textes sont en effet très fortes.

Mot pour mot

Un exemple, parmi d’autres, le démontre. Dans Go Set a Watchman, Jean-Louise Finch (surnommée Scout dans l’opus précédent) observe le corset revêtu par sa tante Alexandra:

«Jean-Louise s’était souvent demandée, sans jamais poser la question, où elle dégotait ses corsets. Ceux-ci propulsaient sa poitrine à des hauteurs vertigineuses, repoussaient ses fesses en arrière, et parvenaient à suggérer que la silhouette d’Alexandra avait un jour été pareille à celle d’un sablier.»

Une description reprise à peu près mot pour mot dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur:

«J’imagine qu’il s’agissait du corset du dimanche de tante Alexandra. Elle n’était pas grosse, mais charpentée, et choisissait des vêtements en guise de protections qui propulsaient sa poitrine à des hauteurs vertigineuses, repoussaient ses fesses en arrière, et parvenaient à suggérer que la silhouette d’Alexandra avait un jour été pareille à celle d’un sablier.»

Deux intrigues

Ce ne sont pas les similitudes mais les différences qui ont retenu l’œil du critique du Daily Beast dans Go Set a Watchman. Il rappelle tout d’abord que les deux intrigues sont bien distinctes. Dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, on assistait à la croisade judiciaire d’un avocat au grand cœur défendant un noir injustement accusé de viol, le tout raconté par sa fille. Dans le livre nouvellement publié, l’avocat Atticus Finch, vieilli, est devenu raciste et le point de vue est omniscient:

«Les deux intrigues n’ont rien en commun, bien que la plupart des personnages soient les mêmes.»

Plus largement, la réécriture qui avait amené Harper Lee à passer de la première version de son manuscrit à l’édition achevée de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a convaincu le journaliste. Selon lui, il n’y a que «dix ou quinze pages, peut-être, transposées, avec à peu près tous les personnages, dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur».

Le journaliste célèbre surtout un atout de Go Set a Watchman. En présentant un Atticus Finch aigri et ramené aux préjugés de son temps et de sa région, le livre fait le choix de promener son lecteur dans une galerie de personnages moins sympathiques sans doute mais plus proches du public. 

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