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Comment «BoJack Horseman» est en train de révolutionner le monde des séries animées

BoJack Horseman. Netflix.

BoJack Horseman. Netflix.

La deuxième saison des aventures de BoJack Horseman est disponible sur Netflix, depuis ce 17 juillet.

BoJack Horseman est de retour! La deuxième saison de la série de Raphael Bob-Waksberg où l'on suit les aventures d'un cheval anthropomorphique —et dont nous vous avions déjà dit tout le bien que nous en pensions— vient de débarquer avec douze nouveaux épisodes sur Netflix. Avec ses jolis personnages –signés Lisa Hanawalt– et ses blagues à l'apparence sympathiques, on pourrait imaginer que BoJack Horseman n'est pas loin des séries mignonnes, destinées principalement aux enfants.

On pourrait difficilement plus mal la décrire.

 

Il faut bien comprendre que non, les séries animées —et cela vaut aussi pour les Pixar— ne sont pas nécessairement destinées aux enfants. Ou plus, depuis au moins 26 ans. 

Le premier à avoir vraiment fait passer le dessin animé dans une autre dimension, c'est Les Simpson. Depuis 1989, Matt Groening et sa bande ont fait comprendre au monde entier que les dessins animés —à la télévision— pouvaient également s'adresser aux adultes. Depuis d'autres ont suivi, comme Daria et Beavis et Butt-Head à la fin des années 90, sur MTV, clairement orientés vers un public plus adolescent, tout comme South Park, sur Comedy Central. Il faut également évoquer Les Griffin (Family Guy) et American Dad! de Seth McFarlane. 

 

Et si Les Griffin sont si populaires aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à la chaîne de télé américaine Adult Swim. Lancée en 2001, Adult Swim diffusait —entre autres— des séries d'animation, tard dans la soirée. Alors que la Fox arrête la diffusion des Griffin, Adult Swim reprend le programme pour une bouchée de pain, rediffuse les épisodes et en fait une série culte auprès de ses téléspectateurs, installant un peu plus le dessin animé au cœur d'une génération. Un article publié par Chief Marketer, en 2004, racontait d'ailleurs comment Adult Swim essayait d'investir les campus et de gagner quelques téléspectateurs chez les étudiants.

Et cela semble avoir plutôt bien marché. Après deux ans d'absence de sa grille, Fox la ressuscite finalement. Aujourd'hui en 2015, et après treize saisons, la série conserve en moyenne 5,86 millions de téléspectateurs par épisode –des chiffres certes en baisse année après année depuis 2007.

Adult Swim a également réussi à sauver l'autre bébé de Matt Groening, Futurama, déprogrammé sur la Fox après quatre saisons, en 2003, avant de finalement arriver sur Comedy Central pour trois saisons de 2008 à 2013.

 

Il y a aussi eu The Ventures BrosLes Rois du Texas (King of the Hill), Archer (sur FX), le parodique Frisky Dingo, ou dernièrement le Rick and Morty, sorti de l'esprit fou de Dan Harmon, le créateur de Community. Et puis BoJack Horseman, «série la plus drôle jamais réalisée sur la dépression», comme la décrivait le site américain spécialisé Vulture, l'an dernier.

Un dessin animé feuilletonant

BoJack Horseman est donc parvenu à faire à s'insérer dans ce petit club, c'est-à-dire s'installer comme une série animée non pas pour enfants et pour adultes, mais d'abord pour adultes. Mais il apporte aussi ce que d'autres n'avaient pas encore fait jusque-là comme nous l'explique son créateur Raphael Bob-Waksberg:

«Aux Etats-Unis, on a des cartoons qui visent les adultes, comme les Simpson ou les Griffin. Mais si les gens sont prêts à accepter que les dessins animés sont pour les adultes, ils les voient toujours comme quelque chose qui n'est pas sérieux. Les dessins animés clairement destinés aux adultes que nous avons sont assez vulgaires et les blagues sont plus ou moins les mêmes. L'idée est qu'ils ne sont plus trop pour les enfants, mais pour des étudiants. Je voulais vraiment faire une série un peu plus complexe, quelque chose qui serait vraiment destiné aux adultes. 

Et pas adulte à cause de son humour, de la vulgarité ou des situations spécifiques, adulte parce qu'on évoque des sujets mûrs, et des problèmes que rencontrent les adultes. Ce n'est pas que ce n'est pas pour des enfants. C'est qu'on le destine vraiment à des adultes.»

Ce n'est pas que BoJack Horseman n'est pas pour des enfants. C'est qu'on le destine vraiment à des adultes»

Raphael Bob-Waksberg

En cela BoJack Horseman peut se comparer à Maus du côté la bande-dessinée. La BD a longtemps été considérée comme un genre destiné aux enfants, mais certaines œuvres, comme celle d'Art Spiegelman sont clairement destinés aux adultes. L'œuvre finit par dépasser le format, et le grand public réalise qu'il ne reste plus limité à un seul genre. Comme le raconte HitFix, «BoJack Horseman est une comédie, mais c'est aussi un portrait imperturbable et incroyablement emphatique de la mélancolie de l'âge mûr —et pas simplement BoJack, mais toutes les personnes dans son cercle, peu importe à quel point elles peuvent sembler absurdes au premier abord».

Pour arriver à cela, BoJack Horseman a utilisé un procédé que l'on avait jusque-là pas vraiment vu dans les séries animées: une même histoire se poursuit au fur et à mesure de l'avancée de la série. Alors que jusque là, l'écrasante majorité des séries animées effectuaient à chaque épisode un retour au point de départ –avec parfois des clins d'œil entre eux. Chacun était autonome et auto-suffisant, loin des séries pour adultes actuelles.

C'est ce qu'écrivait justement Marie Turcan dans les Inrocks, dans un article consacré aux séries animées pour adultes:

«[BoJack Horseman] vient bousculer le principe des épisodes de vingt minutes bouclés (même Archer, pourtant différente sur la forme et dont les personnages évoluent, dispose d’unitaires qui peuvent se grapiller de-ci de-là) pour proposer une intrigue sur toute la longueur de la saison (12 épisodes et un spécial pour Noël). [...] Ce héros infect mais forcément attachant car éternel loser prend de l’ampleur au fil des épisodes, justement grâce à ce système de narration filée qui peut accrocher aussi bien l’amateur de séries animées classique que le téléspectateur qui apprécie avant tout les séries feuilletonnantes.»

Le rôle de Netflix

Et ça nous explique Raphael Bob-Waksberg, c'est en partie parce que la série est diffusée sur Netflix:

«C'est notre modèle. Sur la plupart des chaînes, si vous avez une série, vous ne savez pas si les gens vont se mettre devant la télé pour la regarder. Vous devez donc être sûr que chaque épisode puisse être compris seul. [...] Avec Netflix, vous savez que les gens vont les regarder dans l'ordre parce qu'ils ont accès à tous les épisodes. Il n'ont donc aucune raison de les regarder un peu n'importe comment. [...] Et on ne voulait pas revenir au statut quo à la fin de chaque épisode. Les choses changent, les relations entre les personnages aussi.»

Résultat, explique-t-il le BoJack Horseman de la deuxième saison ne va pas se comporter de la même façon que celui de la saison 1. Et en tant que téléspectateur on a vraiment l'impression de voir les choses avancer, comme le décrit Glen Weldon, dans Pop Culture Happy Hour, le podcast de la radio publique américaine NPR consacré à la pop culture:

«Dans la deuxième saison, [BoJack] est une nouvelle personne. La première saison montrait à quel point c'était un connard, une personne qui est devenue nulle, et amère. Maintenant, il essaie de devenir un homme/cheval meilleur. Un connard amer peut être marrant, mais je ne trouve pas ça intéressant. Un connard amer qui essaie de devenir meilleur l'est.»

Alors, profitez-en, il n'y a que douze épisodes.

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