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La France se pose plus que jamais en alliée naturelle de la Grèce

Manuel Valls, le 19 février 2015. REUTERS/Christian Hartmann

Manuel Valls, le 19 février 2015. REUTERS/Christian Hartmann

Voici les grands points du discours de Manuel Valls à l'Assemblée nationale, juste avant le vote ce soir à minuit au Parlement de l'accord entre la Grèce et ses créanciers.

Le Premier ministre a défendu l’accord conclu entre la Grèce et ses créanciers ce mercredi 15 juillet au parlement français, comme le lui en donnait le droit la Constitution. Chahuté au moment de détailler les points de l'accord, jugé particulièrement dur pour la Grèce par nombre d'économistes, il a livré ensuite un discours combatif, tâclant les défenseurs d’un Grexit et invoquant l’union nationale, contre ceux qui selon lui ont exploité la crise à des fins de politique intérieure et «espéraient la dislocation du couple franco-allemand».

Le Premier ministre a ensuite réaffirmé l’importance de la Grèce dans l’Europe et posé plus que jamais la France comme son alliée naturelle. Il a enfin voulu se montrer optimiste en citant le poète allemand Friedrich Hölderlin –«Là ou est le péril, là croît ce qui sauve.» Voici les grands points de son discours:

Le Grexit temporaire, une «idée absurde»

Le Premier ministre Manuel Valls a refusé toute idée de Grexit, et même de Grexit temporaire, un temps avancée par certains économistes allemands et plus récemment par des analystes de l’agence Bloomberg comme un remède économique possible. «Il n’y a pas de Grexit ni de Grexit temporaire, idée absurde qui reviendrait au même», a déclaré Manuel Valls, qui a ajouté, en référence à l’accord qualifié d’humiliant par nombre de commentateurs, que «l’humiliation [serait] d’être chassé de la monnaie unique; [...] les Grecs savent que sortir de la Zone euro c’est commencer à sortir de l’Europe».

La Grèce dans l’euro, un choix moins coûteux

Manuel Valls a été longuement chahuté au moment de décrire les mesures contenues dans l’accord. «Le nouveau programme exige le respect de conditions strictes et c’est normal. […] Les choix faits par le gouvernement d’Alexis Tspiras ne sont pas des choix faciles [… ] mais ces choix sont sans commune mesure avec l’appauvrissement qu’aurait provoqué un Grexit», a défendu Valls.

«Ceux qui veulent que la Grèce sorte de l’euro doivent dire les yeux dans les yeux que cela coûtera bien plus cher aux Français», a ensuite taclé le Premier ministre, à l’encontre de certains membres du Front de gauche et des Républicains, notamment le courant de la droite populaire, dont les membres refusent de voter l’accord. «Grâce à cet accord, ce sont les intérêts des contribuables français qui ont été protégés», a-t-il défendu.

Soutien au gouvernement Tsipras

Cet accord n’est pas un chèque en blanc

Manuel Valls

Le Premier ministre a souhaité apporter tout son soutien au gouvernement grec, réaffirmant ainsi le rôle de soutien que joue la France à l’égard de la Grèce depuis des semaines. «Mettre en cause les autorités actuelles est injuste et faux. Faisons un peu confiance à un gouvernement d’un pays ami avant de porter des jugements aussi rapides. Cet accord n’est pas un chèque en blanc, Monsieur Mariton [le député Hervé Marition, Les Républicains]. [...] Cet accord n’est pas un chèque en blanc, nous demandons beaucoup à la Grèce non pour la punir mais pour l’accompagner dans le redressement», a martelé Manuel Valls, en répétant plusieurs fois de suite la phrase «Cet accord n’est pas un chèque en blanc» et en affirmant que «des liens historiques, culturels, intellectuels unissent la France à ce pays».

La «cohérence» et la «constance» de la France

Manuel Valls a rendu hommage à François Hollande en estimant que la France avait eu une position «constante» et «cohérente». «Assumer ses responsabilités, c’est les tenir […], c’est avoir une colonne vertébrale, ce n’est pas zigzaguer en fonction des moments», a insisté Manuel Valls, comme pour effacer les critiques sur les atermoiements du président français, souvent accusé de changer d’avis.

«La France a sa voix, l’Allemagne a la sienne»

Sur le couple franco-allemand, Manuel Valls a défendu la «vision de la France» tout en affirmant que la France avait réussi à «tenir les deux bouts à la fois, la Grèce dans la Zone euro et le couple franco-allemand»:

«Il peut y avoir des divergences, c’est normal. La France a sa voix, l’Allemagne a la sienne, nous avons notre vision de l’Europe. […] La convergence (franco-allemande) n’est pas l’alignement que certains réclament.»

«La solidité d’une amitié s’éprouve aussi dans l’adversité», a conclu Manuel Valls, taclant au passage ceux qui selon lui «espéraient la dislocation du couple franco-allemand».

Un gouvernement de la Zone euro

Enfin Manuel Valls a clôt son discours en réaffirmant, après François Hollande le 14 juillet, la nécessité de créer un gouvernement de la Zone euro, et de renforcer l'intégration de l'Union européenne. «Nous avons besoin d’un véritable gouvernement économique de la Zone euro. [...] Regardons les choses en face, une même monnaie n’a pas permis à nos economies de converger, ce n’est pas bon, pas sain», a estimé le Premier ministre, affirmant vouloir «renforcer la légitimité economique de la Zone euro».

L’Europe a besoin de plus d’intégration et de solidarité, c’est vrai sur les questions économiques et monétaires

Manuel Valls

Plus largement, Manuel Valls a plaidé pour plus de démocratie:

«Si la défiance s’installe, si les populations grondent, c’est parce que l’Europe a perdu de son élan. [...] Elle a oublié que nous étions une culture, une civilisation... L’Europe a besoin de plus d’intégration et de solidarité, c’est vrai sur les questions économiques et monétaires, c’est vrai sur d’autres questions, notamment migratoires. [...] L’Europe ne doit pas avoir peur d’être pleinement elle-même.»

«Là ou est le péril, là croît ce qui sauve»

Enfin Manuel Valls a conclu, dans un tonnerre d’applaudissements, sur une citation d’un poète allemand, Friedrich Hölderlin, sorte de résumé poétique de la dialectique du maître et de l’esclave: «Là ou est le péril, là croît ce qui sauve.»

Pour l’instant, des années de crise n’ont pas eu l’effet sur la Grèce, qu’ont eu, dans la dilectique hégélienne, les coups du maître sur le corps de l’esclave. En espérant qu’Hegel a raison, et pas Arnold Joseph Toynbee, qui lui, a plutôt théorisé la mort naturelle des civilisations…

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