Partager cet article

Le succès de l'accord sur le nucléaire avec l'Iran est aussi un succès de la France

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à Vienne, le 14 juillet 2015 | REUTERS/Leonhard Foeger

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à Vienne, le 14 juillet 2015 | REUTERS/Leonhard Foeger

Depuis plus d'une décennie, la France a joué un rôle actif et stratégique dans les négociations qui viennent d'aboutir, ce 14 juillet, à un accord sur le nucléaire avec l'Iran.

François Hollande affecte d’avoir le succès modeste mais en deux jours la France a enregistré deux avancées diplomatiques importantes. Elle n’est certes pas seule en cause. Elle a toutefois joué un rôle actif dans la recherche d’une solution, tant dans le cas de la Grèce, dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juin, que dans celui de l’Iran avec l’obtention d’un accord sur le programme nucléaire, le mardi 14 juillet. Dans la négociation avec Téhéran, François Hollande ne peut pas s’en attribuer totalement le mérite car ses deux prédécesseurs, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, avaient montré la voie d’une attitude à la fois ferme et ouverte, qu’il a lui-même adoptée.

Toujours est-il que la diplomatie française peut se targuer d’avoir été à l’origine de la négociation avec le régime des mollahs, commencée il y a douze ans en 2003. Même si dans la dernière ligne droite du marathon diplomatique, les entretiens bilatéraux entre Américains et Iraniens ont été décisifs pour l’obtention d’un accord.

À l’origine de cette longue épopée diplomatique, deux événements ont été déterminants. D’une part, la découverte, en 2002, de deux sites nucléaires iraniens, à Natanz et à Arak, non déclarés à l’Agence internationale de l’énergie atomique. D’autre part, l’intervention militaire américaine en Irak, en mars 2003. Le premier fait craindre que l’Iran, bien que signataire du Traité de non-prolifération nucléaire de 1968, travaille à la fabrication d’une arme nucléaire. Le second, que George W. Bush ne veuille régler par la force la question du nucléaire iranien, après avoir mis Saddam Hussein hors d’état de nuire.

Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, qui s’est distingué aux Nations unies par un discours fougueux contre la guerre en Irak, s’emploie alors à partir de l’automne 2003, avec ses collègues allemand et britannique, à obtenir par la négociation un arrêt du programme nucléaire militaire iranien. Les autres puissances nucléaires que sont la Russie et la Chine ont aussi intérêt à éviter la prolifération nucléaire dans un Moyen-Orient en ébullition. Elles se joignent alors au E3 (les trois Européens) et aux États-Unis en participant à une négociation appuyée, à partir de 2006, d’un régime de sanctions internationales, qui s’ajoutent aux sanctions frappant la République islamique depuis la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis de Téhéran en 1979.

C’est cette négociation qui vient d’aboutir après bien des péripéties, d’accords intérimaires en ruptures, d’accords de principe en ajournements. La position de Paris a toujours été très ferme. Les gouvernements successifs ont cherché à échapper au dilemme «la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran», selon la formule plusieurs fois utilisée par Nicolas Sarkozy, en soutenant la négociation entre l’Iran et les P5+1 (les cinq puissances nucléaires disposant d’un droit de veto au Conseil de sécurité, plus l’Allemagne qui était là depuis le début). Mais pour éviter la tentation de l’emploi de la force, il était nécessaire d’aboutir à un accord offrant toutes les garanties que les installations iraniennes seraient strictement contrôlées pour empêcher la fabrication d’une arme nucléaire dans de brefs délais.

Sous Chirac

À un seul moment, la France a donné l’impression qu’elle était prête à accepter que l’Iran devienne un pays dit «du seuil», c’est-à-dire soit capable de produire une arme nucléaire sans passer immédiatement à l’acte. Dans un entretien accordé au New York Times et au Nouvel Observateur, Jacques Chirac, alors président de la République, avait eu, en janvier 2007, une expression malheureuse:

«Une bombe atomique, ou peut-être une deuxième un peu plus tard qui ne servira à rien [...]. Où l’Iran enverrait-il cette bombe? Sur Israël? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée. Le danger, ce n’est pas la bombe en elle-même, c’est la prolifération qu’elle provoquerait.»

Le lendemain de cet entretien, le président rappelait les journalistes pour rectifier ses propos et revenir à la position française traditionnelle.

La peur vis-à-vis d'Obama

L’année suivante, quand Nicolas Sarkozy était installé à l’Élysée et que Barack Obama venait de gagner l’élection présidentielle, les craintes françaises d’un assouplissement de la position américaine étaient telles que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner se rendit à Washington pour rappeler le président élu à ses devoirs de fermeté vis-à-vis de l’Iran.

Cette crainte d’une volonté américaine d’aboutir tout prix à un accord avec Téhéran a accompagné toute la négociation depuis la main tendue de Barack Obama aux mollahs et en particulier au président Hassan Rohani. En novembre 2013, agacé par les entretiens secrets entre le secrétaire d’État John Kerry et son collègue iranien, Laurent Fabius a fait capoter un projet d’accord qu’il ne trouvait pas assez contraignant pour la partie iranienne. Ce n’est qu’après des modifications exigées par la délégation française, concernant notamment la centrale à eau lourde d’Arak, qui produit du plutonium, que l’accord intérimaire a pu être conclu.

Le ministre des Affaires étrangères a été toujours extrêmement vigilant pour que les lacunes ou les ambigüités dans le texte de l’accord soient aussi réduites que possible afin que la partie iranienne ne puisse pas détourner à son profit ce qu’elle a signé. Il y va aussi de l’intérêt de tous les Etats intéressés. Sans un accord «robuste», le Congrès américain serait d’autant plus sensible aux arguments du gouvernement israélien, hostile à tout accord, pour ne pas ratifier le résultat de plusieurs années d’efforts diplomatiques.

Il revient maintenant à François Hollande et à Laurent Fabius de convaincre les monarchies sunnites du Golfe que la France a particulièrement choyées au cours des derniers mois que l’Iran chiite, privé de l’arme nucléaire mais débarrassé des sanctions, deviendra une puissance stabilisatrice dans la région.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte