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Les créanciers de la Grèce ont réalisé des profits sur la dette

Des caleçons «euro» à Athènes en novembre 2014 | REUTERS/Yorgos Karahalis

Des caleçons «euro» à Athènes en novembre 2014 | REUTERS/Yorgos Karahalis

Les institutions qui ont prêté à la Grèce ont parfois réalisé de juteux profits. À se demander s’ils ont un intérêt à court terme à ce que la crise grecque s’éternise.

C’est une information peu citée dans le débat autour de la crise grecque. Les institutions qui ont prêté à la Grèce ont parfois réalisé de juteux profits, que ce soit via les intérêts de la dette ou par les obligations achetées.

Dans un document de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE), établi pour évaluer les besoins d’aide de la Grèce, et mentionné par le journal Le Monde, on apprend ainsi que la BCE a réalisé près de 3,3 milliards de profits sur ses achats d'obligations grecques en 2014 et 2015, soit en un an et demi (1,85 milliard d’euros pour la seule année 2014, apprend-on dans un autre papier du Monde). Comble du comble, c’est quasiment la même somme qui est due par la Grèce à l’institution financière pour le 20 juillet: 3,5 milliards d’euros.

À combien s’élèvent les profits des institutions?

Les obligations de la BCE ne représentent qu’une petite part de la dette grecque: 27 milliards d’euros, sur 312 au total, comme le montre ce graphique réalisé par France culture:

À combien s’élèvent les profits réalisés par le Fonds européen de stabilité financière? les marchés privés? le FMI? les États (à commencer par l’Allemagne, qui a prêté la plus grosse somme, plus de 15 milliards d’euros en prêt bilatéral et plus de 40 milliards via le Fonds européen de stabilité financière)? Et à combien s’élèvement les profits de la BCE depuis le début de la crise grecque?

Pas de transparence

Le problème, comme le précise bien l’article très complet sur le sujet de France culture, est que les prêteurs ne communiquent pas les taux d’interêt qu’ils appliquent. «La transparence n’est cependant pas de mise», soulignent Catherine Pétillon et Marie Viennot, qui remarquent que «seul le Fonds européen de stabilité financière dit prêter à un taux de 1,5%, et assure que ce taux ne lui assure pas de revenu, juste de quoi couvrir l’emprunt qu’il fait pour prêter à la Grèce, ainsi que ses frais de fonctionnement».

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En millions d’euros, ce que les prêts à la Grèce ont rapporté à la France de 2010 à 2014 inclus

La France indique que, de 2010 à 2014 inclus, les prêts à la Grèce lui ont rapporté 729 millions d’euros. Ce chiffre ne tient pas compte des intérêts payés par la France pour l’emprunt qu’elle a elle-même dû faire pour donner à la Grèce, mais il est probable que ce chiffre soit faible, la France empruntant ces dernières années à des taux très bas, voire à des taux négatifs, ce qui signifie qu’on lui verse de l’argent quand elle emprunte. La France a encore emprunté lundi 13 juillet pour près de 7,3 milliards d’euros à des taux négatifs.

Une partie des intérêts déjà reversés

Outre les profits réalisés sur les obligations grecques en 2014 et 2015, d’autres profits ont également été réalisés par la BCE en 2010, 2011, 2012 et 2013. Selon France culture, qui cite une «source proche de la BCE», les bons du trésor grecs auraient rapporté plus de 2 milliards d’euros par an en intérêt depuis 2010. Soit, outre les 3,3 milliards d’euros, près de 8 milliards d’euros. Mais qui ne vont pas directement dans la poche de la BCE, qui passe par les  banques centrales de la Zone euro pour acheter des obligations grecques. Ce sont donc la Bundesbank et la Banque de France, ainsi que toutes les autres banques de la Zone euro qui ont prêté à la Grèce, qui ont encaissé cet argent.

Une partie des intérêts auraient déjà été reversés à la Grèce en 2013, soit 2 à 3 milliards d’euros selon France culture. Mais sur combien? Que rapporte le corps malade de la Grèce aux créanciers? Est-il possible qu’ils aient un intérêt à court terme à ce que la crise grecque s’éternise? Pourquoi ces chiffres ne sont-ils pas rendus publics? Autant de questions qui paraissent essentielles pour comprendre le débat actuel, mais dont on a, étrangement, pas la réponse.

 

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