Partager cet article

Iran: la «postérité» d’Obama pourrait nous coûter cher

Barack Obama présente l’accord sur le nucléaire iranien aux côtés du vice-président, Joe Biden, depuis la Maison Blanche, à Washington (États-Unis), le 14 juillet 2015 | REUTERS/Andrew Harnik/Pool

Barack Obama présente l’accord sur le nucléaire iranien aux côtés du vice-président, Joe Biden, depuis la Maison Blanche, à Washington (États-Unis), le 14 juillet 2015 | REUTERS/Andrew Harnik/Pool

Pour laisser à tout prix une trace dans l’histoire, le président des États-Unis fait le pari risqué qu’un régime théocratique, brutal et obscurantiste peut changer de nature.

Après avoir soulevé tant d’espoirs, souvent irrationnels, lors de son entrée à la Maison Blanche et tant déçu par son dilettantisme et sa soumission aux intérêts, Barack Obama a retrouvé une grande ambition: laisser une trace dans l’histoire en brisant les tabous de la politique étrangère américaine. Il a renoué des relations avec Cuba et l’accord sur le nucléaire iranien qu’il a présenté à la télévision aux Américains mardi 14 juillet apparait comme son grand dessein. Il en a fait une affaire personnelle et aura mis six ans à construire un changement d’alliance majeur au Moyen-Orient.

Effacer une succession d'échecs diplomatiques

Il a maintenant fait de l’Iran la puissance régionale sur laquelle les États-Unis veulent s’appuyer. Il aura pour cela réussi, non sans mal, à réduire l’influence d’Israël et de l’Arabie Saoudite à Washington et aura tourné le dos à l’Égypte comme à la Turquie. L’alliance de l’administration Obama avec l’Iran est en fait une réalité sur le terrain depuis des mois dans les guerres que mènent Téhéran et ses alliés chiites en Irak, en Syrie et au Yémen. Des officiers américains coordonnent étroitement les interventions de l’aviation américaine et des forces spéciales en Irak et en Syrie avec les commandants des Gardiens de la révolution iranien pour contenir et repousser Daech. Washington n’a également cessé de freiner les livraisons d’armes et l’entraînement des rebelles syriens pour ménager Bachar el-Assad et le Hezbollah libanais, les alliés de l’Iran. Au 3 juillet, le Pentagone formait… 60 combattants syriens , un programme de 500 millions de dollars!

Mais pour obtenir une grande victoire diplomatique, Barack Obama prend des risques considérables. Il n’a pas fait preuve jusqu’à aujourd’hui d’une grande habileté géopolitique. Il a même multiplié les échecs: avec les printemps arabes, qu’il a soutenus avec enthousiasme sans en mesurer les conséquences, avec la Russie de Poutine, avec qui il voulait repartir sur de nouvelles bases –le fameux «reset»–, sans parler de la Chine, dont il a sans cesse sous-estimé les ambitions impérialistes et militaires. Pour finir, il porte une responsabilité importante dans la montée en puissance de Daech pour avoir abandonné les sunnites en Irak comme en Syrie aux mains de leurs ennemis et les avoir jetés ainsi dans les bras de leurs pires extrémistes. La fameuse ligne rouge qu’il entendait imposer à Bachar el-Assad sur l’utilisation des armes chimiques est aujourd’hui bien oubliée.

L’enjeu, c’est la prolifération de l’arme nucléaire et des missiles balistiques au Moyen-Orient

Avec la République islamique d’Iran, une nouvelle erreur pourrait être encore plus lourde de conséquences. Car l’enjeu, c’est la prolifération de l’arme nucléaire et des missiles balistiques au Moyen-Orient, la région la plus instable de la planète, et c’est offrir son plus grand succès depuis des décennies et la guerre Iran-Irak à un régime, celui des mollahs de Téhéran, dont l’idéologie n’est pas très éloignée de celle de Daech.

La capacité de résistance de la société iranienne, sa volonté de liberté, de modernité, de changement notamment parmi la jeunesse qui s’exprime sans cesse en dépit de l’oppression qu’elle subit depuis plus de trente-cinq ans, peut justifier le pari d’Obama sur l’ouverture du régime. Mais il vient juste de le renforcer politiquement et plus encore économiquement en lui donnant soudain accès à près de 150 milliards de dollars d’avoirs bloqués et en lui permettant d’exporter plus de pétrole et d’importer presque tout ce qu’il souhaite, y compris bientôt des armes. L’embargo de l’ONU sur les exportations d’armes vers l’Iran sera levé après 5 ans, c’est dans l’accord.

L'art de la tromperie

Dans son désir de signer un accord à tout prix, quitte à revenir encore sur bon nombre de lignes rouges qu'il avait lui-même fixées, comme la capacité de l'Iran à continuer à enrichir l'uranium ou la possibilité de mener des inspections surprises à tout moment, Barack Obama a fait un pari dangereux. Et il ne sera plus à la Maison Blanche si l’Iran recrée par la force un empire perse. L’accord est bancal, déséquilibré. Il laisse l’ensemble des installations nucléaires iraniennes intactes, des milliers de centrifugeuses et des centaines de kilos d’uranium enrichi, sans véritables contrôles et sans réelle possibilité de revenir en arrière sur les sanctions économiques, qui avaient prouvé leur efficacité. Elles avaient asphyxié l’économie iranienne et fini ainsi par menacer le régime. Les sanctions économiques et les menaces d’une intervention militaire étaient en fait efficaces car elle étaient parvenues jusqu’à aujourd’hui à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Si l’Iran n’a pas franchi le pas tout en en ayant la capacité «depuis au moins une décennie», c’est par crainte des conséquences, notamment militaires, explique Gary Sick, grand spécialiste de l’Iran, ancien conseiller des présidents américains Ford, Carter et Reagan.

Barack Obama mise tout sur la bonne volonté d’un régime théocratique, brutal et obscurantiste qui se maintient au pouvoir par une répression impitoyable des opposants. Selon Amnesty International, 743 personnes ont été exécutées en Iran en 2014.

Obama laisse l’ensemble des installations nucléaires iraniennes intactes

L’accord part du principe que la République islamique respectera ses engagements. Comme si le passé ne servait pas de leçon et n’existait pas. Il est pourtant très lourd… Car Téhéran a menti sur les installations d’enrichissement de Natanz, a menti sur le réacteur au plutonium d’Arak, a menti à la Russie, à l’Allemagne et à la France quand il a annoncé il y a une décennie qu’il suspendait l’enrichissement d’uranium, a menti en permanence aux inspecteurs de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) sur à peu près tout –du nombre de centrifugeuses à la quantité d’uranium enrichi à Fordo– et, plus important, a menti au monde entier en expliquant qu’il ne cherchait pas à se doter de l’arme nucléaire.

Et la République islamique sait dissimuler. Elle en a fait un art. Elle a construit Arak et Natanz sans que personne ne s’en rende compte (c’est l’opposition iranienne qui a révélé l’existence de ces installations secrètes). Elle a construit une seconde génération de centrifugeuses sans que personne ne s’en rende compte. Elle a produit de l’uranium fortement enrichi à Fordo sans que personne ne s’en rende compte et elle a construit des missiles capables de porter une tête nucléaire à Parchin sans que personne ne s’en rende compte.

Des inspections surprises annoncées à l'avance!

L’Iran a menti dans le passé, dans le présent et le fera dans l’avenir. Comment peut-on en être si sûr? C’est inscrit dans les conditions de l’accord. Pourquoi les Iraniens ont toujours rejeté, et ont obtenu gain de cause, les conditions permettant de vraies inspections des sites nucléaires s’ils n’ont rien à dissimuler? Les puissances ont accepté la règle ridicule «d’un accès organisé». Les inspecteurs ne pourront se rendre sur les sites qu’en prévenant vingt-quatre jours à l’avance et sans avoir un accès libre aux installations. On peut prendre le pari que les inspections ne trouveront jamais rien.

Quand à la menace d’un éventuel retour des sanctions, le fameux «snap back» tant vanté à Washington et à Paris, il est à peu près impossible à mettre en oeuvre. Il faudrait d’abord que l’Iran soit pris en flagrant délit de tricherie. Si c’est le cas, un processus de négociation doit être engagé qui peut durer jusqu'à deux mois et demi. Si le problème n'est pas réglé, il faudra alors un vote du Conseil de sécurité de l’ONU sans veto de la Russie et de la Chine pour remettre en place les sanctions. Autant dire qu’elles ne seront jamais réinstallées.

La menace d’un éventuel retour des sanctions est vide

La logique de Téhéran est pourtant assez simple. Imposer la République islamique, qui se considère comme assiégée, et ses alliés chiites libanais, syriens et yéménites comme la puissance hégémonique de la région. Quand vous êtes engagé dans une guerre sainte, le mensonge et la tromperie ne sont pas des pêchés, mais des moyens.

Quand le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammed Zarif, a été interviewé à la télévision américaine par le célèbre Charlie Rose et a déclaré sans sourciller que «l’Iran n’a jamais appelé à la destruction d’Israël», il mentait. Tout le monde le savait. L’Iran a appelé des centaines de fois à la destruction d’Israël à commencer par le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Mais si personne ne veut relever les mensonges, il n’y a plus de mensonges… Cela ressemble à un monde orwellien. Et cela permettra à Obama de laisser à la postérité la «paix» avec l’Iran, à John Kerry, le secrétaire d’État américain, d’avoir son prix Nobel et à l’Iran d’avoir la bombe un peu plus tard… sans prendre le moindre risque. L'accord prévoit la levée de toute restriction sur l'enrichissement d'uranium dans huit ans!

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte