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Grèce: le triomphe absolu de la vieille «Tina»

Alexis Tspiras à Athènes, le 5 juillet 2015. REUTERS/Alkis Konstantinidis

Alexis Tspiras à Athènes, le 5 juillet 2015. REUTERS/Alkis Konstantinidis

Margaret Thatcher le disait déjà dans les années 1980: «There is no alternative» (TINA). Il n’existe pas d’alternative sérieuse au capitalisme mondialisé, au néolibéralisme et aux dures disciplines qu’il impose.

«Ce n’est pas la pensée, c’est la réalité qui est unique», a lâché, un jour de grande inspiration, Alain Minc. L’essayiste prolifique qui conseille les puissants voit certainement dans les derniers développements de la crise grecque la preuve flagrante de la profondeur de son jugement.

Margaret Thatcher l’avait elle-même bien dit et répété dès les années 1980: 

«There is no alternative.» (TINA)

Il n’existe pas d’alternative sérieuse au capitalisme mondialisé, au néolibéralisme et aux dures disciplines qu’il impose.

La capitulation après la victoire

Le gouvernement de gauche radicale grec conduit par Alexis Tsipras prétendait mener une politique sortant des clous de l’austérité imposée par l’endettement massif de son pays et par les règles européennes. Il a finalement capitulé piteusement quelques jours seulement après avoir cherché à forcer le destin en s’assurant d’un vaste soutien populaire.

Les 61% de «non» des électeurs grecs au plan des créanciers européens n’auront servi à rien face à l’inflexibilité de l’Allemagne et de ses alliés. Joueur de poker aventureux muni de cartes désastreuses, Tsipras a bel et bien été contraint d’accepter des mesures pires que celles qu’il avait refusées avant cette consultation démocratique.

Yannis Varoufakis, le ministre grec des Finances, qui avait démissionné au lendemain du référendum faute de pouvoir convaincre Tsipras de maintenir une orientation ferme au risque de sortir de l’euro, n’a pas de mots assez durs pour critiquer l’accord arraché au matin du 13 juillet.

La quasi-mise sous tutelle de la Grèce par ses créancier lui fait parler d’une «nouvelle forme d’occupation postmoderne». Varoufakis souligne «l’humiliation» de parlementaires grecs contraints de voter dans la précipitation des lois contraires à leurs engagements électoraux. Et il prédit sombrement que l’austérité aggravée qui résultera de ce plan «renforcera l’extrême droite» dans son pays.

Une leçon pour pas mal de monde

Preuve est désormais magistralement administrée que la Zone euro ne peut tolérer une politique différente de celle que les tenants de la stabilité monétaire exigent. L’extrême dureté du gouvernement allemand tient sans doute également à la volonté d’en faire à leçon, de manière très politique, à beaucoup de monde.

L’échec cuisant de Syriza douche bien des espoirs en Europe

L’échec cuisant de Syriza douche bien des espoirs en Europe. En Espagne, le mouvement Podemos, qui s’était déclaré solidaire du pouvoir grec, en sera immanquablement affaibli dans son projet de réorienter les choix économiques et sociaux de son pays. La gauche de la gauche, en France, voit s’éteindre une petite lumière qui ravivait ses espoirs.

La leçon, à un autre niveau, vaut sans doute même pour le pouvoir français. «À la différence des Allemands, nos dirigeants n’ont jamais vraiment compris ou voulu comprendre que l’union économique et monétaire impliquait des politiques de compétitivité productive et de rigueur budgétaire», regrette l’éditorialiste libéral de L’Opinion, Rémi Godeau. En la matière, on n’en fait jamais assez.

Un drame pour le projet européen

Les partisans de la forme actuelle de construction européenne auraient toutefois grand tort de se réjouir de la mise au pas grecque. La «Zone euro» a, lors de cette crise, pris la forme d’une camisole de force neutralisant brutalement la volonté populaire. L’assimilation entre l’euro et l’austérité pour de nombreux pays est plus aveuglante que jamais.

La puissance allemande impose sa logique dans l’Europe d’aujourd’hui

Le jeu conciliateur de la France ne peut masquer la prédominance de l’Allemagne. Ce sont bel et bien ses intérêts et ses conceptions, partagées il est vrai par beaucoup d’autres pays de l’Union, qui ont prévalu. La puissance allemande impose sa logique dans l’Europe d’aujourd’hui. Son dessein est moins enthousiasmant et plus disciplinaire qu’il ne l’a jamais été. L’économiste américain Paul Krugman affirme même que cette crise est en train de «tuer le projet européen».

François Hollande, expert en réconciliateur formel des contraires, se félicite d’avoir tout de même pu éviter le «Grexit», brandi comme une menace par Angela Merkel. Encore faudrait-il être certain de la viabilité de l’accord du 13 juillet. Celui-ci sera très difficile à digérer par la majorité qui soutenait le gouvernement Tsipras à Athènes. D’ores et déjà, les «Grecs indépendants» (alliés de la droite souverainiste) ont fait part de leur rejet de ce nouveau plan auquel devrait également s’opposer une part non négligeable des parlementaires de Syriza.

Tsipras risque d’être contraint de recomposer en catastrophe ses soutiens à la Vouli en étant désormais soutenu par l’opposition de droite. Jusqu’à quand restera-t-il lui-même à la tête d’un gouvernement sans majorité cohérente? De vives protestations sont prévisibles en Grèce. Ces soubresauts, qui peuvent prendre une forme violente, entraveront-ils l’adoption des mesures très contraignantes imposées aux Grecs?

De nouvelles tergiversations de la part d’Athènes donneraient des arguments à ceux qui n’ont pas abandonné l’idée de se délester de ce qu’ils considèrent comme le fardeau grec. Après la phase de soulagement, ce mauvais accord, qui n’évoque que très vaguement le rééchelonnement de l’insoutenable dette grecque, pourrait se transformer en bombe à retardement.

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