Culture / Société

Un ancien hippie raconte la transformation d'une utopie politique en enfer toxicomane

Temps de lecture : 2 min

Le photographe professionnel Joe Samberg, qui a vécu en hippie sur la côte californienne dans les années 1960, donne à voir l’usure psychotrope qui a transformé les utopistes à cheveux longs en squelettes opiomanes.

Un joint tourne à Palm Springs en Californie | Wikiwatcher1 via Wikimedia CC License by

Joe Samberg avait 22 ans quand il a pris la route avec son frère pour aller vivre en hippie du côté de la côte californienne, raconte The Atlantic. Le jeune homme est dans une mauvaise passe et veut aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte de ce côté du continent américain. Il a abandonné ses études et traîne le deuil, mal soigné à coups de consommation de méthamphétamine, de sa fiancée et de sa mère.

Ce que Samberg, aujourd’hui photographe professionnel, donne à voir, c’est l’évolution, l’usure psychotrope qui conduira une génération d’utopistes à cheveux longs, issus des classes moyennes et généralement blanches américaines, à mettre fin à cette parenthèse hippie plus ou moins longue ou à se muer en squelettes opiomanes.

Au début, comme le dit la chanson et le cliché, il s’agit d’altérer sa conscience, avec des drogues de synthèse, pour mieux «l’ouvrir» et changer le monde. L’héroïne est vue comme une arme des élites pour maintenir les pauvres dans leur misère et, dans les quartiers où les hippies se rassemblent, de nombreux panneaux proclament:

«Pas de dealer d’héroïne ici.»

Au fur et à mesure du prolongement du mouvement, des désillusions et des addictions, les panneaux sont enlevés les uns après les autres.

Sales gosses en mauvaise santé

Joe Samberg, bien que junkie, n’a heureusement jamais totalement sombré. Il n’avait pas les moyens de s’acheter des doses massives et n’a «jamais eu l’intention de vendre son appareil photo pour ça». Mais, si les espoirs des hippies se sont évaporés au soleil, c’est aussi qu’ils ne reposaient sur à peu près rien, de l’avis même de ce témoin:

«Le type lambda dans le coin n’avait aucune culture politique. Tout ce qui les intéressait, c’était la drogue, la drogue, la drogue. Ils étaient nihilistes et hédonistes. Ils soutenaient simplement ce qui était contre l’établissement. Ça n’avait pas de fondation intellectuelle. L’esprit dont tout le monde avait parlé l’amour, l’ère nouvelle, la politique progressistemourait dans la misère.»

À l’arrivée, le tableau que dresse cet article des hippies finissants est peu flatteur. C'est le portrait de sales gosses en mauvaise santé, occupant des lieux publics, les dégradant parfois, refusant de faire moins de bruit pour laisser dormir leurs voisins travaillant dur le lendemain matin, en fils de bonne famille se rendant dans les cliniques gratuites bénéficiant de soins et de ressources allouées en principe à des populations aux prises avec des difficultés qu’elles n’avaient pas choisies.

Une chose est sûre, le «Summer of love» a connu une rentrée difficile.

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