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«Il avait tout fait pour que nous allions vite, puis il m'a balancé que je n'étais pas la personne qu'il cherchait»

Dans le lit, d'Henri de Toulouse-Lautrec (1893), Musée d'Orsay, Paris.  Domaine public, via Wikipedia.

Dans le lit, d'Henri de Toulouse-Lautrec (1893), Musée d'Orsay, Paris. Domaine public, via Wikipedia.

Cette semaine, Lucile conseille une jeune femme amoureuse d'un homme qui l'adore, avec qui elle est complice, avec qui elle couche... Mais qui ne veut pas être en couple avec elle.

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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J'ai rencontré mon âme soeur. Cela fait maintenant un an et quelques mois. Au détour d'une soirée d'ennui, convaincue par des amies pour la déconne, je me suis inscrite sur une célèbre application de rencontre. Et dès le premier soir, nous avons matché. S'en sont suivies des semaines de discussions téléphoniques, écrites, un coup de cœur énorme d'un côté comme de l'autre, avec la naissance de cette dépendance troublante qui nous fait perdre pied lorsque l'on prend du recul sur la situation: comment je peux autant m'attacher à une personne que je ne connais pas, que je n'ai jamais vue?

Cet homme a passé des semaines à me convaincre que j'étais une femme merveilleuse, qu'il n'avait jamais vu cela, que je correspondais parfaitement à tout ce qu'il recherchait chez quelqu'un. Il était persuadé que j'étais «la bonne» et que nous allions nous mettre ensemble dès que nous nous verrions. 

Et puis nous nous sommes vus. 

Et, en effet, la passion naissante a explosé. Nous avons passé un week-end de rêve chez lui, plein de sexe, de tendresse et de complicité, comme si nous nous connaissions depuis des années. Peu à peu, je me suis laissée convaincre qu'il était celui qu'il me fallait. Pas par lui, mais par la situation qui était confortable, idyllique, inespérée. Moi qui avais vécu tant de galères, tant de déceptions, tant de trucs moches... J'avais perdu espoir. Alors je me suis laissée guider, j'ai appris à le connaître, je lui ai fait une place dans ma vie. Il a très rapidement rencontré mes amis car, de toute façon, on s'entendait si bien qu'il n'était pas nécessaire d'attendre pour lui présenter les gens que j'aimais. Et à vrai dire, je n'y ai même pas réfléchi. D'ailleurs, il a été immédiatement accepté et accueilli avec joie, mes amis appréciant sa façon de me regarder, de me considérer, de m'aimer. Nous avions tous confiance en cette relation. Surtout moi.

Puis, je ne sais pour quelle raison, tout a basculé dans le noir. En moins de deux mois après notre rencontre, il a peu à peu pris ses distances, s'est éloigné, malgré notre bonne entente. Il devenait moins tactile, voire froid. Quand j'essayais de lui en parler, il me rassurait en me disant qu'il fallait laisser du temps au temps, que je ne devais pas me prendre la tête, que cela irait mieux. 

Et finalement, le couperet est tombé. Il m'a quittée au bout de deux mois de relation. Deux mois, ce n'est rien, cela ne laisse pas le temps à la personne de s'ouvrir vraiment à la relation, cela ne laisse aucune chance. J'étais dans une incompréhension totale, complètement désemparée. Il avait tout fait pour que nous allions vite, il avait tout fait pour me convaincre, puis il m'a balancé au final que je n'étais pas la personne qu'il cherchait. En fait, pour être honnête, il m'a balancé tout un tas de raisons. Florilège: tu n'as pas assez de mimiques, on sent trop que tu as souffert, on se ressemble trop, je préfère qu'on reste amis, ton amitié m'est plus précieuse parce que je sais qu'elle durera toute la vie, tu es trop parfaite, cela me renvoie à ma propre imperfection, je ne suis pas prêt, je recherche la passion amoureuse/le coup de foudre et pas cette connivence parfaite que l'on a, cette relation est trop facile...

Une dizaine d'excuses pour que je me rende à l'évidence, quelques mois plus tard, que la seule raison de cette séparation était qu'il ne m'aimait pas et qu'il ne m'aimerait jamais.

Nous n'avons jamais arrêté de nous fréquenter

C'était il y a un an, et il y a eu une suite à cette histoire: nous n'avons jamais arrêté de nous fréquenter. Dans notre connivence hors normes, nous avions également cette alchimie sexuelle incomparable. Deux bêtes assoiffées l'une de l'autre, sur la même longueur d'onde. C'est d'ailleurs avec lui que j'ai eu mes premiers orgasmes et, pour ainsi dire, j'en ai toujours à chaque rapport. Pourquoi j'écris cette phrase au présent? Parce que, depuis notre séparation il y a un an, nous couchons encore ensemble. Régulièrement. Fréquemment. Nous n'avons jamais arrêté. Nous avons convenu peu après la rupture que nous pouvions nous contenter d'une formidable relation amicale (car quand je parle d'une connivence hors normes et d'âmes sœurs, c'est que nous en sommes convaincus tous les deux) mais que nous pouvions l'agrémenter d'un plan cul par dessus.

Donc depuis un an, nous nous voyons une à plusieurs fois par semaine, nous faisons des activités ensemble (matchs de foot, billard, soirées films, restos, cinéma...), nous avons rencontré des membres de nos familles respectives, nous sommes les meilleurs amis du monde ET nous faisons toujours l'amour. De façon exclusive. Nous avons une relation d'une grande tendresse, en privé comme en public. Mais nous ne sommes pas un couple. Et je crois que nous ne le serons jamais. 

Très régulièrement, je pars en crise, seule ou devant lui, parce que je ne comprends pas POURQUOI je suis privée d'une relation amoureuse (car je l'aime comme cela et il le sait, je ne lui ai jamais caché) alors qu'elle fonctionne parfaitement, sans même en avoir le statut!

Je me rends malheureuse à imaginer le jour où il tombera amoureux et où je ne serai plus le centre de son attention, même s'il m'assure que je suis à part dans son cœur et qu'il n'aura jamais une relation avec une femme qui ne m'accepte pas (mais quelle femme saine d'esprit accepterait la meilleure amie de son mec comme je suis?!). Je me rends malheureuse à l'idée qu'il puisse toucher une autre femme. Je deviens aigrie. Parfois méchante. Je broie du noir la plupart du temps. J'ai essayé de le sortir de ma vie, mais il m'y retient, quitte à venir chez moi à 2 heures du matin pour me rassurer sur le fait qu'il m'adore et qu'il ne peut pas vivre sans moi. Et moi je n'arrive pas à vivre sans lui, sans cette relation hors du commun.

J'ai rencontré mon âme sœur mais je suis condamnée à marcher à ses côtés sans jamais le rejoindre

Je n'arrive pas à avancer, je ne le veux pas. Je me raccroche à cet infime espoir qu'un jour il ouvre les yeux, tout en étant consciente que les gens ne changent pas, et qu'il n'y a aucune raison pour qu'il change d'avis du jour au lendemain.

Bref, chère Lucile, j'ai 27 ans, j'ai rencontré mon âme sœur, je l'aime, mais je suis condamnée à marcher à ses côtés sans jamais le rejoindre.

Je ne sais pas réellement ce que j'attends, des conseils, des ordres, des gifles, des encouragements. Mais je sais qu'aujourd'hui j'ai besoin d'être épaulée, d'une façon ou d'une autre.

Lau

Chère Lau,

Internet a ceci de bon qu’on peut s’y référer quand on sort un peu des sentiers battus. Il y aura toujours eu quelqu’un avant vous qui aura vécu une situation similaire et qui aura raconté son parcours. C’est le cas du polyamour dont on parle de plus en plus et qui bénéficie d’autant de témoignages sur la toile. Des témoignages souvent très positifs d’ailleurs. Votre relation pourrait relever du polyamour. Cet homme que vous aimez, et qui dit vous adorer, peut avoir besoin de sa liberté, d’une ou plusieurs autres relations pour trouver son équilibre. Ça ne serait pas honteux.

Mais ce que tous les polyamoureux vous diront, et j’en ai fait l’expérience brièvement, c’est que le polyamour au quotidien est un exercice d’équilibrisme qui nécessite une totale confiance et le consentement de toutes les parties engagées. Pas question de faire souffrir une branche, d’imposer ce mode de relation par défaut. C’est une histoire de respect. Et vous seriez étonnée du nombre de gens qui y trouvent leur compte.

Dans votre situation en particulier, il n’est pas question de respect. On vous impose une relation de sex friend, condamnée à rester à coté de celui dont vous rêvez qu’il vous choisisse comme officielle. Pour résumer, vous l’aimez et il ne vous aime pas vraiment (ou pas assez?). 

Pour rester un peu plus longtemps près de lui, vous acceptez d’être une présence rassurante, qui remplit sa vie en attendant qu’il trouve «la bonne». Vous savez que cette relation sous sa forme actuelle n’est pas tenable et qu’elle le sera encore moins quand une autre femme entrera dans l’équation. Est-ce que vous méritez des gifles? Non, je ne pense pas. Vous êtes une femme amoureuse et qui souffre, prisonnière d’un schéma où un homme profite d’elle. En revanche, je crois que vous perdez votre temps. S’il ne l’a pas fait avant, il n’y a pas de raison qu’il vous donne une place plus sérieuse dans sa vie (il faut dire aussi que vous lui offrez une alternative on ne peut plus confortable). Il n’y a que deux options: soit l’arrivée d’une rivale vous éjectera naturellement de sa vie, soit vous finirez par vous lasser et par envisager de construire quelque chose avec quelqu’un qui vous voudra pleinement. La douleur reste une constante, mais la seule donnée que vous maîtrisez est la longueur de ces processus. Par ailleurs: vous souffrez déjà, vous dites que vous broyez du noir constamment. 

Allez-vous accepter cette place jusqu’à que vous soyez rayée de la partie? Ou allez vous vous donner une chance de mettre fin à cet amour qui vous gangrène? Vous seule pouvez répondre à ces questions. Mon conseil est de ne pas y perdre votre jeunesse, vos espoirs et vos rêves et de ne pas oublier qu’il existe un peu partout des hommes prêts à vous respecter pour ce que vous êtes sans vous contraindre à une place bâtarde. Je ne sais pas s'il existe des âmes sœurs, mais ce n'est pas parce que vous entendez sur tout qu'il est la personne qu'il vous faut. Une personne qui sera peut-être plus différente, plus loin de vous, avec qui la complicité serait différente, pourrait pourtant vous rendre plus heureuse. En vous laissant toute la place dans sa vie par exemple. 

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