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Pourquoi tant de drames romantiques américains ont un air de déjà-vu

Britt Robertson et Scott Eastwood dans «Chemins croisés» | Twentieth Century Fox France

Britt Robertson et Scott Eastwood dans «Chemins croisés» | Twentieth Century Fox France

Derrière la plupart des mélodrames amoureux hollywoodiens, il y a Nicholas Sparks, pour qui le côté tire-larmes passe avant le suspense.

Le 15 juillet, est sorti un nouvel opus romantique, avec Britt Robertson, vue dans la série Sous le Dôme et aux côtés de George Clooney dans le film À la poursuite de demain, et Scott Eastwood, qui n’est autre que le fils de Clint. Le pitch est simple: Luke, un champion de rodéo, et Sofia, une étudiante en art, tombent follement amoureux. Alors que leur histoire est mise à rude épreuve, ils rencontrent Ira, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, qui leur raconte son histoire d’amour tragique.

 

En visionnant la bande annonce, quelque chose peut sembler familier. La rencontre, l’histoire et même les acteurs donnent une impression de déjà-vu. La raison? Derrière le scénario, on retrouve l’un des best-sellers de l’auteur américain, Nicholas Sparks. Si son nom ne vous évoque rien, l’homme est l’une des valeurs sûres d’Hollywood pour les mélodrames amoureux, aussi surnommés tearjerkers –littéralement tire-larmes.

Les critiques de ses livres adaptés au cinéma sont rarement bonnes. Pourtant, le succès en salle ne se dément pas. Sur dix-neuf romans, avec au moins une publication par an depuis 1998, onze ont déjà été adaptés sur grand écran. Une vraie petite industrie. Le rythme est soutenu, voire effréné. Depuis 2012, un film de Nicholas Sparks sort chaque année. Au total, ils ont rapporté près d’un milliard de dollars... Et ce n’est pas fini. Un nouveau film, encore en préparation, et intitulé Le Choix est déjà annoncé pour 2016 aux États-Unis.

«Love stories»

N’allez pas croire que Nicholas Sparks, 49 ans et père de cinq enfants, accepte facilement les étiquettes. Il aimerait qu’on se souvienne de lui comme de l’équivalent «dans son genre littéraire» de Stephen King pour les livres d’horreur et d’épouvante. Surtout, il estime ne pas être un auteur de «livres romantiques» mais de vraies «histoires d’amour» dans la lignée de Sophocle, Euripide, William Shakespeare, Jane Austen ou encore Ernest Hemingway. Rien que ça.

J’essaie de créer une version moderne des tragédies grecques

Nicholas Sparks

«J’essaie de créer une version moderne des tragédies grecques, explique-t-il dès qu’il en a l’occasion en interview. Sophocle et Euripide ont écrit leurs pièces avec l’ambition que le public ressente une série d’émotions, comprenant à la fois l’amour et la tragédie. Plus que ça d’ailleurs, ils voulaient susciter d’authentiques émotions sans manipulation.»

Les films, dont il n’a écrit qu’un scénario sur commande, pour La Dernière Chanson, avec Miley Cyrus, sont un vecteur de popularité pour ses romans. Il en fait une promotion intense sur les réseaux sociaux, sur les plateaux télés ou encore dans les bonus de DVD.

Rampe de lancement pour jeunes talents

Ryan Gosling et Rachel McAdams sont devenus «bankables» après N’oublie jamais. Zac Effron, Amanda Seyfried, Channing Tantum, Miley Cyrus, Liam Hemsworth, Taylor Shilling (Orange is the new black), Josh Duhamel, Michelle Monaghan, Robin Wright et Kevin Costner, James Marsden, Kevin Connolly et même Richard Gere et Diane Lane six ans après Unfaithful, sans oublier Gena Rowlands, Joan Allen, Sam Shepard ont tous incarnés des personnages de Nicholas Sparks. Une particularité: les films sont tournés dans le sud-est des États-Unis, principalement en Caroline du Nord et Caroline du Sud, et toujours dans de petites villes américaines, souvent pendant les vacances d’été. Le lieu n’est pas choisi au hasard. Il est volontairement récurrent.

Héroïnes presque toutes blondes et héros brun ténébreux

Ici le romantisme est de rigueur. Balade «magique» sur la plage, baiser enflammé dans l’eau ou sous la pluie, fous rires incontrôlés des héros. Même les actrices se ressemblent. Si Nicholas Sparks prétend ne rien décider du casting, du scénario, de la production des adaptations de ses romans, la coïncidence frappe. Les héroïnes sont (presque) toutes blondes, comme son épouse, dont il est fraîchement séparé et qu’il a longtemps surnommé «sa muse», et le héros un brun ténébreux. D’ailleurs, les producteurs hollywoodiens ne s’y sont pas trompés. Car les affiches sont presque identiques. On y voit un couple enlacé, les yeux dans les yeux, souvent prêt à s’embrasser, ou alors se baladant sur la plage dans les bras l’un de l’autre.

Déclinaison de la même histoire

Car la recette est la même ou presque. Elle se décline plus ou moins bien. Il s’agit en effet d’une histoire d’amour passionnée, immortelle et contrariée par le destin de deux jeunes gens, souvent de milieux sociaux très différents. Généralement, c’est l’héroïne qui est très riche, sauf pour La Dernière Chanson et Le temps d’un automne, où c’est l’inverse. Dans ces deux cas seulement, le héros vient d’un milieu ultra-privilégié.

La guerre, que ce soit la Seconde Guerre mondiale ou celle en Afghanistan est aussi un thème favori de Sparks. Les lettres sont un élément fondamental de certaines histoires d’amour. La relation épistolaire symbolise la force de l’amour du couple. Un personnage bourru revient également régulièrement: celui qui fait office de figure paternelle. Soit le héros ou l’héroïne ne s’entend pas avec son père et se réconcilie avec lui, soit le père ou la mère va tenter de les séparer et entraver leur bonheur.

Sortez vos mouchoirs: quoi qu’il arrive un personnage principal et/ou secondaire meure systématiquement

Qu’il se retrouve vingt ans ou sept ans plus tard, le couple est généralement jeune lorsqu’il tombe éperdument amoureux. Cela se joue au moment où il doit décider de son entrée à l’université, c’est-à-dire au moment où sa vie se joue.

Sortez vos mouchoirs, car quoi qu’il arrive un personnage principal et/ou secondaire meure systématiquement. Mais pour Nicholas Sparks, pas question de surprendre son lectorat:

«J’ai toujours pensé que les lecteurs devaient avoir une certaine idée de ce qu’ils attendaient en achetant l’un de mes romans, insiste-t-il. Avec ça en tête, j’ai pris la décision de respecter trois règles générales, quand il s’agit de mes romans:

  1. une histoire d’amour fera partie de l’histoire,
  2. le roman se passe dans l’est de la Caroline du Nord,
  3. et les personnages sont sympathiques.

Ensuite, je rends chaque roman unique, à travers différentes voix, perspectives, âges, personnalités des personnages et bien sûr une intrigue.»

Des valeurs contestables?

Mais l’homme ne fait pas l’unanimité et son œuvre est parodiée. Impossible notamment de ne pas remarquer que ses héros sont blancs, chrétiens et hétérosexuels. Aucune diversité en vue, avec seulement quelques personnages très secondaires afro-américains dans les films.

Le mot d’ordre de Sparks? Parler de «foi, de pardon, et des familles», des thèmes très chrétiens. «Si vous y arrivez, ces thèmes sont ceux qui touchent les lecteurs, car ils les reconnaissent dans leur propre vie.» La foi et le destin reviennent irrémédiablement dans les thèmes. La morale: tout arrive finalement pour une raison, la rencontre amoureuse, la séparation, les retrouvailles, le décès d’un ou des deux protagonistes. Il ne faudrait jamais cesser de croire en «l’amour», au risque de le perdre.

Nicholas Sparks est croyant, à n’en pas douter. Cependant, ce dernier a été accusé en 2014 de racisme, d’antisémitisme et d’homophobie. Un ancien directeur de l’école, qu’il a fondée et qu’il finance, a porté plainte contre lui pour avoir tenté entres autres de «l’humilier et le diffamer». Les anecdotes supposées concernant le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie de Sparks sont salées. Mais si un an auparavant, elles ont fait la une de la presse anglophone, elles n’ont que peu terni l’image de ce bon représentant d’une Amérique Wasp, fantasmée et surannée.

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