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Le pouvoir «communiste» chinois pris au piège de la spéculation

La Bourse de Shanghai, le 8 juillet 2015 | REUTERS/Aly Song

La Bourse de Shanghai, le 8 juillet 2015 | REUTERS/Aly Song

En voulant développer la Bourse, les autorités chinoises ont encouragé des mouvements de capitaux qui auraient pu mener à un krach.

En Chine, l’encouragement à la spéculation en Bourse est venu, fin 2014, du gouvernement lui-même. Cela a de quoi surprendre de la part d’un pouvoir toujours officiellement communiste. Mais, politiquement, il est désormais impératif de trouver comment corriger les nombreuses pressions à la baisse de l’économie chinoise.

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La croissance n’a été «que» de 7% au premier trimestre 2015. Alors qu’elle était de 7,4% un an plus tôt, de 10,3% en 2010 ou 11,4% en 2007. D’autre part, le nombre considérable de logements qui ont été construits dans le pays –et dont beaucoup restent vides– n’incite plus les Chinois à placer de l’argent dans l’immobilier. Il fallait donc trouver un nouveau moyen de donner l’espoir à la population de pouvoir s’enrichir rapidement. Avec le risque de jouer aux apprentis-sorciers.

Les Chinois se prennent au jeu

Tout avait bien commencé. Alors que les opérations boursières sont possibles depuis une vingtaine d’années dans plusieurs villes chinoises, principalement Shanghai et Shenzhen, la décision de la Banque centrale de baisser ses taux d'intérêts directeurs, en novembre 2014, a déclenché un attrait pour la Bourse. D’autant que la très officielle Commission de régulation des marchés boursiers (CSRC) donnait des signaux favorables aux placements boursiers. Difficile de penser que cette institution ait pu décider un tel geste de sa propre initiative. Elle avait certainement le soutien de très hautes autorités chinoises. Il s’agissait de faire en sorte que des capitaux privés prennent plus de place dans les grandes entreprises chinoises. Et donc de diminuer la part de l’endettement que ces entreprises ont contracté auprès des banques publiques. Puis, commencer à développer une place financière était un objectif qui ne déplaisait pas aux dirigeants chinois.

Le marché est redoutable. Le gouvernement croyait pouvoir le contrôler totalement. Ce n’est visiblement pas le cas

Un chercheur

Dans tous les, dans un pays où les jeux de hasard, mahjong en tête, sont éminemment populaires, un encouragement à acheter des actions ne pouvait pas rester sans effet. Les placements en Bourse se sont multipliés. Et entre juin 2014 et mai 2015, les investisseurs n’ont pu que se féliciter: les placements boursiers ont gagné 150%. Début juin, l’indice composite de Shanghai a franchi la barre des 5.000 points, ce qui représentait un doublement de valeur par rapport à janvier. 

Gros coup de frein

Nombreux sont les Chinois qui ont ouvert des comptes bancaires pour accueillir leurs gains. Nombreux aussi sont ceux qui ont emprunté pour pouvoir investir davantage et gagner plus. Une pratique s’est notamment développée, les «opérations sur marge», qui consiste à emprunter auprès d’une maison de courtage afin d’acheter des actions.


La situation s’est subitement compliquée dans la deuxième semaine de juin. Le gouvernement chinois a constaté que l’emballement boursier s’accompagnait de spéculation et il a décidé d’y mettre un frein. La CSRC a annoncé qu’elle allait limiter la pratique des opérations sur marge. La presse a également rappelé que s’endetter pour acheter des actions est interdit par la loi chinoise. Cette annonce a fortement inquiété les investisseurs. Beaucoup d’entre eux ont vendu leurs actions. Et ils l’ont fait tous en même temps.

Résultat: les actions ont perdu subitement un peu plus de 30% de leur valeur, soit environ 18 milliards de yuans. Ce qui représente près de 2,7 milliards d’euros. Et ce sont les plus importantes places boursières de Chine, Shanghai et Shenzhen, qui ont dévissé.

Un marché hors de contrôle

Il est probable que le gouvernement était convaincu qu’il pourrait limiter la hausse des placements. Il convenait qu’elle soit une occasion à la fois de satisfaction pour les investisseurs et de relance de l’économie. Un chercheur qui préfère garder l’anonymat constate: 

«Le marché est redoutable. Le gouvernement croyait pouvoir le contrôler totalement. Ce n’est visiblement pas le cas.» 

La situation semble surtout inquiétante dans les petites sociétés qui ont cru pouvoir profiter de la montée des cours des derniers mois. Quant aux investisseurs individuels, ils ont souvent perdu des sommes importantes. Et ceux qui sont concernés semblent être surtout des retraités soucieux de se procurer un capital dans un pays où l’assurance retraite n’existe guère.

 Internet est rempli de commentaires d’épargnants qui estiment que leurs pertes ont été aggravées par des investisseurs qui ont multiplié les placements spéculatifs

Le gouvernement multiplie par voie de communiqués les appels au calme, réaffirme que l’économie chinoise est solide et cherche avant tout à limiter les risques de panique. 

«Ce ne sont pas des fluctuations boursières qui peuvent mettre la Chine au bord de la crise», proclame une série d’éditoriaux. 

Des liquidités sont injectées dans l’économie. La Chine, deuxième économie au monde, possède pour cela des réserves monétaires considérables.

Croisade contre les «malveillances»

Parallèlement, le 8 juillet, ordre a été donné aux grandes entreprises et institutions financières de conserver pendant six mois les actions qu’elles avaient achetées. De même, pour tout actionnaire possédant 5% dans des sociétés cotées. Par ailleurs, les introductions en Bourse sont suspendues et il est recommandé aux sociétés de courtages de n’acheter que des actions garanties par des liquidités de la banque centrale. 

Dans la foulée de ces décisions, les valeurs cotées dans les Bourses chinoises ont progressé de près de 6%. La presse chinoise assure que cela contribue à arrêter la chute des cours et provoque une stabilisation. Mais le nombre important de sociétés qui sont actuellement suspendues –autour de 1.500– empêche de considérer que la situation est vraiment rétablie.

En attendant, et afin de montrer à l’opinion combien les autorités se préoccupent de la situation, une équipe de police accompagnée de hauts responsables du ministère de l’Économie a fait savoir qu’elle cherche si et où il a pu y avoir des transactions illicites. Les «ventes à découvert malveillantes» sont principalement mises à l'index. Internet est rempli de commentaires d’épargnants qui estiment que leurs pertes ont été aggravées par des investisseurs qui ont multiplié les placements spéculatifs. La police essaie aussi de déterminer d’où est venue l’idée parue dans plusieurs journaux –dont le «Quotidien du Peuple» en janvier– de recommander vivement l’achat d’actions. Il était écrit que leur valeur ne pouvait que croître.

Même fragilisée, sur un an, la Bourse chinoise reste en hausse de 80%

Silence au sommet

Quant au sommet de l’État chinois, il évite le moindre commentaire sur la situation. Le 2 juillet, lors d’une importante réunion gouvernementale consacrée au ralentissement de l’activité économique en Chine, le Premier ministre Li Keqiang a déclaré que le pays devait «continuer à renforcer les fondements de la croissance de son économie en raison de la complexité de l'environnement aussi bien étranger qu'intérieur». Pas un mot sur la crise boursière. Ce qui peut signifier que la mise en cause des dirigeants qui ont voulu une plus grande ouverture aux actions n’est pas réglée.

Il est probable que le pouvoir chinois sera très prudent avant de relancer un appel en faveur du marché des actions. Un krach important a sans doute été évité mais l’impression laissée à travers le monde par la baisse de la mi-juin n’est guère positive pour l’économie chinoise. Même si, sur un an, la Bourse chinoise reste en hausse de 80%.

D’autre part, à la différence notable de nombreuses économies dans le monde, le marché boursier chinois n’est pas si important à l’échelle du pays. Ils ont été «seulement» 90 millions à être attirés par la Bourse. Sur un 1,45 milliard de Chinois.

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