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Alexis Tsipras, l'art de la pirouette

Alexis Tsipras dimanche 5 juillet 2015 (REUTERS/ERT/Pool T)

Alexis Tsipras dimanche 5 juillet 2015 (REUTERS/ERT/Pool T)

Le 5 juillet, il a appelé, avec un grand succès, ses concitoyens à rejeter le plan d’austérité proposé par les créanciers de la, Grèce. Le 10 juillet, il a appelé le Parlement à appuyer des propositions qui reprennent, à quelques détails près, les mesures exigées.

Comment se faire élire sur un programme économique de rupture radicale et opérer un virage à 180° une fois arrivé au pouvoir? Le chef du gouvernement grec de la gauche radicale n’est pas le premier dirigeant politique confronté à cette question. Mais il est rare que le tournant ait lieu en moins d’une semaine. Or Alexis Tsipras a réussi sa pirouette en cinq jours exactement.

Le 5 juillet, il a appelé, avec un succès à l’ampleur inattendue, ses concitoyens à rejeter le plan d’austérité proposé par les créanciers de la Grèce. Le 10 juillet, il a appelé le Parlement à appuyer des propositions d’économies et de réformes qui reprennent, à quelques détails près, les mesures exigées par les «institutions» (Commission de Bruxelles, Banque centrale européenne et Fond monétaire international). Et qui vont même plus loin puisqu’il s’agit d’un plan de 12 milliards d’euros d’économies sur deux ans, alors que Bruxelles en demandait huit. Il est vrai qu’entre-temps, la situation de la Grèce s’est encore détériorée.

Conversion ou manoeuvre?

Alexis Tsipras a réussi un coup politique dont l’avenir dira s’il s’agit d’une conversion sincère ou d’une simple manœuvre tactique. Après sa victoire au référendum, le premier ministre avait loué «la fierté, la dignité, le courage, l’amour de la liberté et de la démocratie» dont avait preuve le peuple grec en disant non à plus de 61% aux propositions des créanciers. Quelques jours plus tard, il ne restait rien de ce pathos. Il s’agissait alors de faire preuve de «responsabilité nationale» pour empêcher la faillite du pays, se sortir d’un véritable «champ de mines» (l’expression est de lui) et rester au pouvoir.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit avant tout. Alexis Tsipras a conjuré ses amis de voter contre le programme du parti, contre les promesses faites aux électeurs pour emporter le scrutin législatif du 25 janvier, à rebours des résultats du référendum de la semaine précédente, afin d’éviter que l’expérience de gouvernement de la gauche radicale ne s’effondre. «Nous continuerons ensemble ou nous échouerons ensemble», a-t-il déclaré devant son groupe parlementaire.

Il n’a pas convaincu tous ses députés. Sur 149, plus d’une quarantaine ont fait défection. Certains étaient absents au moment du vote, comme l’ancien ministre des finances Yanis Varoufakis démissionné au lendemain du référendum. Trente-deux ont voté contre et huit se sont abstenus. Parmi les «frondeurs», on trouve deux ministres et la présidente du Parlement, Zoé Constandopoulou, qui se profile comme la figure de proue du courant populiste de gauche au sein de Syriza. Ce serait d’ailleurs la menace de dissidence de Zoé Constandopoulou qui aurait convaincu Alexis Tsipras de rompre les négociations avec les «institutions» le 26 juin et de convoquer un référendum. Quant au chef des Grecs indépendant, le petit-parti de la droite souverainiste qui appartient à la coalition, il a voté le programme du gouvernement «le cœur lourd». Ministre de la défense, Panos Kammenos, avait mis son veto, fin juin, à la réduction des dépenses militaires demandée par les créanciers.

Des doutes sur les réformes annoncées

Aux députés grecs, Alexis Tsipras n’a pas demandé d’approuver le plan d’économies du gouvernement. Il a demandé un mandat pour négocier avec les créanciers sur la base de ce plan. Le vote des mesures viendra plus tard, ce qui fait craindre aux plus sceptiques des partenaires de la Grèce, qu’après un éventuel accord au Conseil européen et la mise en place d’un troisième programme d’aide de 73 milliards d’euros (57 venant du Mécanisme européen de stabilité et 16 du FMI), les dirigeants grecs ne déploient pas un zèle débordant pour mettre en œuvre les réformes.

En attendant, Alexis Tsipras n’a obtenu ce mandat de négociation qu’avec le soutien de députés de l’opposition, majoritairement favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro, à l’exception des communistes et du Parti fasciste Aube dorée. Le chef du gouvernement en tirera-t-il des enseignements politiques? Se séparare-t-il des ministres frondeurs? Cherchera-t-il à se rapprocher de Potami, une petite formation centriste pro-européenne, voire à former, sous sa direction, un gouvernement d’union nationale qui gagnerait la confiance des partenaires européens? Ou provoquera-t-il des élections anticipées à l’automne dans l’espoir de revenir avec une majorité à sa main? En cédant pour l’essentiel aux exigences de ses créanciers, Alexis Tsipras s’est ouvert le champ des possibles sur le théâtre politique grec.

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