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Serena Williams, championne (et diva) sous haute tension

Serena Williams exulte après avoir gagné Wimbledon le 11 juillet 2015 REUTERS

Serena Williams exulte après avoir gagné Wimbledon le 11 juillet 2015 REUTERS

Grâce à sa victoire à Wimbledon, son 21e titre majeur, Serena Williams peut désormais viser un historique Grand Chelem lors du prochain US Open, en septembre, et devenir la quatrième joueuse à s’imposer, au cours d’une même saison, en Australie, à Roland-Garros, à Wimbledon et à l’US Open. Extraordinaire pression à venir pour cette championne déjà à fleur de peau et qui aime vivre dangereusement.

En s’imposant à Wimbledon, samedi 11 juillet, Serena Williams n’a pas seulement décroché un sixième titre sur le gazon du All England Club ou ajouté un 21e titre majeur à sa collection en complément de ses six Open d’Australie, de ses six US Open ou de ses trois Roland-Garros. Elle s’est placée au seuil d’un (nouveau) rendez-vous avec l’histoire. Pour elle, le prochain US Open, programmé du 31 août au 13 septembre sur les courts de Flushing Meadows, à New York, aura l’allure d’un Everest personnel à escalader au cours d’une ascension émaillée, en principe, de sept matches comme autant de suffocants paliers d’altitude.

Le seul grand Chelem qui compte

En effet, la montagne qu’elle vient de franchir en s’imposant en succession à l’US Open en 2014, en Australie, à Roland-Garros et à Wimbledon en 2015 n’est «rien», ou presque, au regard du vrai et seul Grand Chelem qui compte et qui consiste à empocher les quatre titres majeurs lors d’une même saison. Non loin des tours de Manhattan, à la fin de l’été, Serena Williams pourrait devenir ainsi, à quelques jours de son 34e anniversaire, la quatrième championne à réaliser cette prouesse après l’Américaine Maureen Connolly en 1953, l’Australienne Margaret Court en 1970 et l’Allemande Steffi Graf en 1988.

Au passage, la cadette des soeurs Williams aura donc l’opportunité de s’y arroger son 22e titre majeur et d’égaler le total de Graf pour n’être plus qu’à deux unités du record des 24 tournois du Grand Chelem de Court qui compte, il faut le préciser, 11 Open d’Australie à une époque où le tableau féminin était souvent d’une très grande faiblesse à l’autre bout du monde.

Lorsque Maureen Connolly, jeune championne au destin fulgurant puisqu’elle mourut d’un cancer à l’âge de 34 ans, avait triomphé aux Internationaux des Etats-Unis il y a 62 ans pour boucler son Grand Chelem, 3.000 spectateurs avaient seulement pris place dans le stade de Forest-Hills, cadre alors du tournoi et d’une contenance de 14.000 places, pour assister à exploit passé relativement inaperçu à une époque où le sport féminin était pratiquement ignoré. Si Serena Williams se trouve en finale de l’US Open, samedi 12 septembre, les 23.500 sièges du Stadium Arthur Ashe seront naturellement tous occupés sachant que cette perspective du Grand Chelem va, de toute façon, nourrir abondamment la chronique lors des semaines à venir dans un pays qui célèbre désormais ses championnes avec éclat à l’image de ses footballeuses championnes du monde.

Résister à la pression et avoir de la chance

Le mental d’acier de Serena Williams pourrait-il se déliter sous la pression, énorme, de l’événement à New York? Les circonstances, exceptionnelles, sont de nature, évidemment, à bouleverser les comportements et les habitudes comme l’a précisé Steffi Graf qui ne garde pas un bon souvenir de l’US Open 1988 quand elle était parvenue à signer son Grand Chelem au terme d’une victoire en trois sets sur l’Argentine Gabriela Sabatini en finale. «Cest à partir de Wimbledon que cette notion de Grand Chelem mest tombée dessus, a-t-elle raconté, à L’Equipe, lors des derniers Internationaux de France. Les médias nont plus arrêté d’évoquer ça. Et ça a atteint son paroxysme à Flushing Meadows. C’était absolument terrible. Tout le monde me parlait de cette échéance alors que je ne comprenais pas cette attente. Il faut se souvenir que je navais que 19 ans. Cela ma littéralement épuisée!»

En 1984, après s’être imposé à Roland-Garros, à Wimbledon et à l’US Open, Martina Navratilova s’était retrouvée en position de réussir le Grand Chelem à Melbourne à une époque où l’Open d’Australie était organisé entre fin novembre et début décembre (au lieu de janvier actuellement) et donc positionné en quatrième dans l’ordre calendaire. Mais elle avait ployé sous le poids de ses attentes comme de celles du public et avait échoué sur le fil de manière inattendue et rageante en demi-finales face à la jeune Tchécoslovaque Helena Sukova, victorieuse 1-6, 6-3, 7-5. «Le monde ne sarrête pas là», avait balayé la n°1 mondiale aux nerfs parfois fragiles. Il n’empêche, cette occasion historique ne s’est plus ensuite présentée à elle.

Car il faut aussi un peu de chance pour réussir le Grand Chelem. En 1953 et 1988, Maureen Connolly et Steffi Graf n’avaient jamais été vraiment mises en danger lors de leurs quatre succès, mais Margaret Court, en 1970, l’avait échappé belle de son côté en quarts de finale, à Roland-Garros, lorsqu’elle s’était retrouvée menée 6-3, 5-2 par la Soviétique Olga Morozova.

La haine de la défaite

En 2015, Serena Williams n’a, elle, cessé de jouer avec le feu comme si elle brûlait son existence de championne par les deux bouts. A l’Open d’Australie, elle a perdu deux fois le premier set face à Elina Svitolina et Garbine Muguruza. A Roland-Garros, elle s’est presque miraculeusement imposée au terme d’une quinzaine chaotique. Au troisième tour, Victoria Azarenka s’est ainsi détachée 6-3, 4-2. En huitièmes de finale, Sloane Stephens a eu l’avantage 6-1, 5-4 comme la Suissesse Timea Bacsinszky en tête 6-4, 3-2 en demi-finales. Et en finale, la Tchèque Lucie Safarova a cru avoir l’ouverture en creusant l’écart 2-0 au début de la troisième manche. Et ce Wimbledon n’a pas échappé à la «règle» lorsqu’au troisième tour, la n°1 mondiale a failli trébucher face à la Britannique Heather Watson qui, lors de la troisième manche, a pris le large 3-0, balle de 4-0, puis a servi pour le gain de la rencontre à 5-4. «Je crois que je vis un peu dangereusement, avait-elle dit à Roland-Garros. Mais bon, c'est moi qui ai choisi. Pourtant, je n'aime pas être sur le fil. Cependant, ça maide

Cette haine de la défaite -la victoire paraît être sa seule option- la plonge, parfois, dans des scénarios de match oscillant entre le drame et le soap-opera et renforçant la réputation de diva qui lui colle aussi à la peau auprès d’une partie du public. Comme Suzanne Lenglen naguère -la championne de tennis française était surnommée «la divine»- Serena Williams a un sens aigu de la théâtralité à l’image de sa récente demi-finale de Roland-Garros où, souffrante, elle donnait la sensation vertigineuse d’être au bord de l’évanouissement à la fin de chaque échange. Mais rien ne semble valoir pour elle l’excitation des situations les plus périlleuses pour sortir le meilleur d’elle-même.

Patrick Mouratoglou, l’entraîneur français de l’Américaine, a estimé récemment dans une interview avec le New York Times que ces petits problèmes de santé, déjà aperçus à Melbourne en janvier et à Wimbledon en 2014, étaient probablement dus au stress. Compte tenu de son palmarès et de son assurance naturelle issue d’une éducation où ses parents lui ont appris que rien ne lui serait offert dans un monde de blancs, cet aveu peut paraître surprenant, mais les trois doubles fautes commises par la n°1 mondiale lors du premier jeu de la finale de Wimbledon ont montré qu’elle avait aussi ses fragilités. Sa même difficulté à conclure contre Garbine Muguruza (6-4, 6-4), avec une huitième double faute au passage au 9e jeu de la deuxième manche, a confirmé cet état de tension transperçant la carapace de l’expérience.

Face aux questions pressantes du Grand Chelem, à l’aube de cette finale de Wimbledon, Serena Williams, agacée, a fini par dire en conférence de presse: «Je ne répondrai plus à aucune question sur le Grand Chelem.» Mais jusqu’à son dernier match à l’US Open, elle devra, pourtant, faire face aux interrogations des journalistes sur ce sujet brûlant. Pour elle, l’été sera long jusqu’à la délivrance ou la désillusion dans la moiteur new-yorkaise. En 1988, Steffi Graf, une fois sa mission accomplie, avait déclaré face à la presse: «Je lai fait et me voilà débarrassée de la pression. Vous ne pourrez plus me dire ce que jai à faire

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