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La vérité sur la mortalité routière

REUTERS/Adnan Abidi

REUTERS/Adnan Abidi

Les pouvoirs publics et la plupart des associations pour ou contre l'automobile préfèrent les discours simplificateurs, les autojustifications et les anathèmes à la réalité complexe de la sécurité automobile.


Plutôt que de s’attarder sur les discours simplificateurs ou autojustificateurs des pouvoirs publics, sur les anathèmes des associations diverses qu’elles soient autophobes ou au contraire incapables de reconnaître les dangers de la circulation automobile, il vaut mieux se pencher sur la réalité, c’est-à-dire les chiffres de la mortalité routière en France en 2014 et ce qu’ils signifient.

Comme toute statistique, il faut l’étudier en connaissance de cause. Savoir que dénoncer une augmentation des accidents, des blessés et des morts n’a pas grande signification si dans le même temps il n’existe pas de chiffres sur l’augmentation ou la baisse de la circulation, du nombre de véhicules sur les routes et des kilomètres parcourus. Sans ces données, les comparaisons ont peu de sens. Il faut considérer aussi avec certaines précautions les causes de mortalité telles qu’elles sont indiquées par les forces de l’ordre. Quand elles sont difficiles à identifier, gendarmes et policiers mettent en cause de façon assez automatique la vitesse excessive. Il est difficile de démontrer le contraire et cela cadre parfaitement avec le discours des pouvoirs publics qui pour justifier la multiplication des radars et la manne que cela représente laissent entendre que la vitesse reste le facteur essentiel à l’origine des accidents. Ce qui est faux et depuis longtemps. C’est évidemment et mécaniquement un facteur aggravant sur les conséquences d’un accident, c’est de la physique de base, pas forcément la cause de la collision ou de la perte de contrôle du véhicule.

Alcool et drogue

Les rares experts indépendants en France (c'est-à-dire qui ne sont pas payés par un organisme public ou par une association financée par les deniers publics) et bon nombre d'experts hors de France expliquent que la sécurité routière est une équation très complexe, qu'elle ne se résume pas à une simple question de vitesse qui n'est qu'un facteur parmi d'autres de la mortalité sur les routes et pas le plus important en France aujourd'hui, loin de là. Cela apparaît très clairement dans les statistiques de 2014

L’alcool a été l’an dernier la première cause de mortalité sur les routes. Ainsi 28% des personnes tuées l’ont été dans un accident où au moins un conducteur avait un taux supérieur à 0,5g/l. Les stupéfiants suivent de près. La présence de drogues a été décelée dans 23% des accidents mortels. Alcool et drogues sont ainsi à l’origine de plus de 50% des morts sur la route. Le non port de la ceinture de sécurité est à l’origine de 21% des tués chez les automobilistes et la fatigue, la somnolence seraient en cause dans 9% des cas.

En tout, le nombre de tués sur les routes française a augmenté de 3,5% par rapport à 2013 et 3.384 personnes ont ainsi perdu la vie. C’est 116 de plus qu’en 2013. Sur ces 3384 morts, 1.663 soit moins de la moitié se trouvaient dans des voitures, 625 sur des motos, 499 à pied, 165 sur de petits deux-roues à moteur, 159 des vélos et le reste des camionnettes, des camions et autres.

Les deux-roues sont en proportion les victimes les plus nombreuses. Les deux roues motorisés représentent 43% des blessés graves et 23% des personnes tuées alors qu’ils ne comptent que pour 2% du trafic motorisé. Et le danger pour les deux roues est moins lié à la vitesse. Même à 30 ou 50 kilomètres heures tout accident est potentiellement mortel pour un deux-roues.

S'attribuer des succès

Cela n’empêche pas les pouvoirs publics et les associations qui luttent pour la sécurité routière de ne cesser de stigmatiser la vitesse. C’est facile et peu importe si cela ne correspond pas à la réalité. En matière de sécurité routière, les pouvoirs publics ont toujours cherché à s'attribuer des mérites et des succès qui sont loin de leur revenir. Ainsi, la baisse quasiment continue des accidents sur les routes, du nombre de blessés et de morts depuis les années 1970 en dépit d'une augmentation considérable du nombre de véhicules et des kilomètres parcourus tient autant voire plus à des éléments techniques, culturels et psychologiques qu'à la seule efficacité de la répression et de la peur du gendarme, même si cette dernière a évidemment joué un rôle.

L'amélioration continue depuis trente ans de la tenue de route des véhicules, de leur sécurité active (en mouvement) et passive (résistance aux chocs), du freinage, des pneumatiques, de l'éclairage, des technologies de sécurité (airbags, ABS, contrôles de trajectoire...), des infrastructures routières et notamment des revêtements et de la signalisation, la maturité plus grande des conducteurs et un meilleur respect des règles de circulation et enfin l'efficacité de la médecine d'urgence sont l'ensemble des facteurs qui ont réduit le nombre d'accidents et leurs conséquences. En 1970, on pouvait rouler en France impunément à 200 km/h avec 1 gramme d'alcool dans le sang sans ceinture de sécurité et avec une voiture qui ne tenait pas la route posée sur des pneus de la largeur de ceux d'une moto, qui freinait mal et explosait littéralement au moindre choc! Pas étonnant donc si le nombre de morts par an sur les routes est passé de 17.000  en 1971 à moins de 3.400 l'an dernier.

Illustration de la différence entre les discours et la réalité, la mise en cause il y a quelques jours des comportements des conducteurs sur les autoroutes. Ces  mauvais comportements sont sans doute bien réels, mais leur impact sur la sécurité routière est presque inexistant. Les autoroutes sont de très loin les voies les plus sûres. L'association 40 millions d'automobilistes explique ainsi que «depuis 2012, les accidents mortels sur autoroute ne représentent plus que 6% du total des accidents, ce qui en fait le réseau le plus sûr de France. De plus, ces accidents ne sont dus que pour 13% d’entre eux à une vitesse inadaptée. Ce qui représente un peu plus d’une vingtaine de morts par an.»

Plus significatif sans doute, les autoroutes françaises sont tout simplement les plus sûres d'Europe avec 5,4 morts par milliard de kilomètres parcourus devant les autoroutes anglaises ou suisses et leurs vitesses limitées à respectivement 115 km/h et 120km/h, inférieures au 130hm/h en France.

Pour réellement réduire les accidents, il faudrait une tolérance zéro pour l'alcool et la drogue au volant, une meilleure formation des conducteurs, l'interdiction totale du téléphone et autres facteurs de distraction du conducteur, l'amélioration de l'état du parc automobile avec notamment un contrôle technique des véhicules anciens comparable à ce qui se fait souvent ailleurs en Europe, l'amélioration du réseau routier secondaire, une répression impitoyable du million de conducteurs sans permis et sans assurance et une visite médicale obligatoire et régulière pour les conducteurs de plus de 60 ans.

L’exemple à suivre est celui de la Suède qui est le pays au monde où il y a le moins de morts sur les routes en proportion de la circulation. Pourquoi? Le pays a multiplié les barrières qui séparent les voies et les pistes cyclables des routes empruntées par les automobiles. Plus de 12.000 zones protégées comprenant des ponts et des signalements renforcés permettant aux piétons de traverser les routes ont été installées.

Mais cela est coûteux et compliqué. Alors on préfère en France continuer à installer des radars de plus en plus sophistiqués qui alimentent les caisses d’un Etat en perpétuel déficit.



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