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Pourquoi pour les Allemands la Grèce doit quitter l’euro

De faux euros dans un bloc de glace symbolisant les mesures d'austérité, pendant une manifestation à Bruxelles, le 21 février 2013. REUTERS/Eric Vidal

De faux euros dans un bloc de glace symbolisant les mesures d'austérité, pendant une manifestation à Bruxelles, le 21 février 2013. REUTERS/Eric Vidal

«M. Tsipras et ses amis sont toujours enragés contre le fait trivial que vous devez seulement dépenser ce que vous gagnez.»

Il est fort probable après les propositions de réformes et de pression fiscale supplémentaire qu’a fait le Premier ministre Alexis Tsipras, que la Grèce reste finalement dans la zone euro. La peur du saut dans l’inconnu a fait céder le gouvernement grec. Mais cela ne retire rien aux arguments avancés par ceux qui estimaient il y a encore quelques heures qu’il serait mieux pour l’Europe et pour Athènes que la Grèce sorte de l’Union monétaire. Voilà les arguments avancés par ceux qui estiment que si on accepte qu’un pays refuse d’accepter les règles communes, il faut qu’il en tire les conclusions.

«La démocratie est-elle plus forte que la dette ? Bien sûr que non, même en Europe. Aucun employé de banque ne sera impressionné si une famille lui explique qu’elle a voté pour obtenir une renégociation de son prêt immobilier. Ce n’est pas comme cela que le crédit fonctionne, pour les individus comme pour les Etats…». C’est ce qu’écrit dans une tribune publiée par le New York Times Jochen Bittner, éditeur du magazine allemand Die Zeit.

Il considère, comme bon nombre en Allemagne et dans une grande partie de l’Union, que «l’Europe a plus à perdre si la Grèce reste dans l’eurozone que si elle en sort de façon contrôlée…».

Jochen Bittner rappelle que l’Europe est une «communauté d’Etats réunis par contrat qui ont un accord permanent sur des règles qui présentent des avantages mutuels…». Pour lui, la plus grande menace aujourd’hui pour le projet européen, ce n’est pas la perte d’un des membres du club de l’euro, qui d’ailleurs pour un grand nombre de personnes y est entré par erreur, que de faire n’importe quoi pour maintenir la Grèce dans ce club au risque de «faire se propager l’état d’esprit qui consiste à considérer que les contrats n’ont pas de valeur et les règles encore moins».

«Il y a eu un moment ou les choses semblaient prometteuses. Après que l’Union et le FMI aient renfloué deux reprises la Grèce, le pays a fait des progrès considérables pour réduire ses déficits. Entre 2010 et 2014, il a réduit ses dépenses d’une façon presque sans précédent dans un pays développé. Ces coupes ont été des épreuves difficiles pour beaucoup en Grèce, mais elles ont commencé à payer. A la fin de l’année 2014, la Grèce dépensait moins qu’elle collectait d’impôts

Mais les coupes sombres dans les programmes sociaux et les fortes baisses des salaires des fonctionnaires ont provoqué une réaction politique et la montée en puissance de l’extrême-gauche Syriza qui a pris le pouvoir au début de cette année.

«Cela a stoppé les réformes et débouché sur une succession de demandes assez floues dont celle d’une «nouvelle donne» pour toute l’Europe… Il est devenu difficile pour ceux assis de l’autre côté de la table de négociation avec le Premier ministre Alexis Tsipra de croire qu’il est intéressé dans une solution pragmatique. Les radicaux qui le soutiennent au Parlement veulent changer le système monétaire et le modèle économique de toute l’Europe… Aussi puéril que cela paraisse, M. Tsipras et ses amis combattants sont toujours enragés contre le fait trivial que vous devez seulement dépenser ce que vous gagnez… Mettons de côté les comparaisons faites par Syriza entre Merkel et le nazisme et les accusations de «comportement terroriste» portées contre ces créanciers, l’Europe a entendu au cours des cinq derniers mois du gouvernement grec bien trop sur l’impossibilité de réduire les dépenses et quasiment rien sur de nouvelles sources de revenus».

Jochen Bittner fait porter une part de la responsabilité de cette situation sur la chancelière Angela Merkel et notamment sa déclaration que «si l’euro échoue, l’Europe échoue» qui a été considérée à Athènes comme une carte blanche car l’Allemagne ne veut en aucun cas d’une sortie de la Grèce de l’euro.

«Mais la patience avec la Grèce a rapidement disparu que ce soit en Allemagne et parmi ces plus proches alliés économiques, les Pays-Bas, la Finlande et les Etats Baltes. Pour de nombreux pays d’Europe du nord, le gouvernement grec et le peuple grec ont finalement démontré que, selon eux, aucune règle n’est jamais fixée. Cette mentalité n’est pas seulement étrangère à celle des protestants du nord, elle est aussi un danger pour la fabrique politique de l’Europe. Aujourd’hui, de nombreux observateurs sont préoccupés par le risque d’une sortie de la Grèce de l’euro. Mais le risque de la maintenir dans la zone a n’importe quel prix est encore plus grand

«Le chômage est élevé en Italie, au Portugal et en Espagne et les partis populistes anti-européens ont le vent en poupe dans ces trois pays. La conclusion que les peuples vont tirer d’un troisième sauvetage de la Grèce serait très certainement que voter pour des partis radicaux et se comporter de façon non constructive est récompensé.»

Jochen Bittner conclue que la Grèce doit être sauvée et que l’Europe doit s’assurer qu’elle puisse continuer à importer des produits vitaux, mais qu’il vaut mieux le faire hors de la zone euro.

 

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