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Pourquoi la Russie est un Etat mafieux

Vladimir Poutine, à Moscou le 30 juillet 2014. REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

Vladimir Poutine, à Moscou le 30 juillet 2014. REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

Le régime russe utilise la corruption, la menace, l’intimidation et la violence pour parvenir à ses fins et se débarrasser de ses adversaires.

Quand la Russie a annexé la Crimée en mars 2014, le Kremlin a immédiatement installé un chef de gang surnommé «le gobelin» pour faire régner «l’ordre» et contrôler la péninsule. Il s’est bien acquitté de sa tâche. Quand des agents russes ont kidnappé l’officier de police estonien Eston Kohver qui s’intéressait de trop près aux activités de la mafia russe, ils ont utilisé les réseaux du crime organisé pour mener l’opération. Les mafias ont joué et jouent un rôle majeur dans les conflits dans lesquels Moscou est impliqué que ce soit la Transnistrie, enclave russe entre la Moldavie et l’Ukraine, l’Ossétie du sud détachée de la Georgie en 1992, l’Abkhazie détachée aussi de la Georgie en 1992 ou le Donbass à l'est de Ukraine.

Les réseaux criminels, un instrument politique

Il ne s’agit pas seulement d’une image facile quand on décrit le régime de Vladimir Poutine comme celui d’un Etat mafieux mais d’une réalité. Non seulement, le Kremlin et des réseaux de crime organisé sont très proches, mais Moscou les utilise comme instruments de sa politique. Le régime russe utilise les menaces, l’intimidation et la violence pour parvenir à ses fins et se débarrasser de ses adversaires explique Radio Free Europe.

Cet Etat mafieux a ses conseillers et ses représentants respectables comme toute organisation du crime organisé qui se respecte. Toujours dans la tradition des syndicats du crime, le clan Poutine se veut aussi très proche de l’Eglise, en l’occurrence l’Eglise orthodoxe russe, et revendique et instrumentalise un nationalisme extrême. L’idéologie véhiculée est assez simpliste, mais efficace. La Russie est entourée d’ennemis, à commencer par les occidentaux américains et européens, qui n’ont pour seule ambition que d’abaisser, d'humilier et d’affaiblir ce pays.

Parmi les boss de ce syndicat, on trouve notamment Vladimir Yakunin. Selon une enquête menée par le bloggeur russe qui combat la corruption Alexeï Navalny, Vladmir Yakunin, proche de Poutine et patron des chemins de fer russe, contrôle un empire international constitué notamment de sociétés offshore qui vaut des milliards de dollars. «C’est une famille du milieu dans sa forme la plus pure, et elle existe grâce à son parrain Valdimir Poutine qui donne la permission de s'emparer tout ce sur quoi ils peuvent mettre la main», écrit Alexeï Navalny.

Une succession de petits empires

L’histoire de Yakunin est caractéristique des dirigeants de ce syndicat du crime qui ont tous leur petit empire: Igor Sechin avec le géant du pétrole Rosneft; Yury Kovalchuk avec la Bank Rossia; Gennady Timchenko avec le producteur de gaz Novatek et les magnats de la construction Arkady et Boris Rotenberg.

«Pour le Kremlin, la corruption est un moyen efficace de garder le contrôle sur les élites – économiques, politiques, municipales, les médias et même les intellectuels», explique Kadri Liik du European Council on Foreign Relations. «C’est la base de la mobilité sociale en Russie. Dans ce système clientéliste, la loyauté plus que le mérite sont récompensés et l’accès à une richesse acquise illégalement est la récompense et la garantie aussi d’une loyauté sans faille».

Le syndicat de Poutine est bien plus qu’une simple mafia locale. C’est un conglomérat international qui répand la corruption et impose son pouvoir au-delà des frontières. Un rapport réalisé en 2012 pour Chatham House montre comment Vladimir Poutine cherchait à prendre le contrôle des infrastructures énergétiques en Ukraine et en Biélorussie en utilisant des société écrans comme EuralTransGas et RosUkrEnergo.

C’est pourquoi, l’Union Européenne avec sa volonté de transparence est une menace pour le système mafieux russe et c'est pourquoi la Russie s’oppose avec une telle virulence et à tout rapprochement avec l’Union Européenne de la Georgie, la Moldavie ou l’Ukraine. «L’ancien Président ukrainien Viktor Yanukovitch était clairement l’homme de la Russie pour Moscou, si ce n’est par conviction au moins compte tenu de liens de corruption», écrit Kadri Liik du European Council on Foreign Relations.

«La déstabilisation de l’Ukraine par la Russie doit être vue pour ce qu’elle est: un effort du Kremlin pour empêcher les Ukrainiens de se doter d’un gouvernement démocratique et responsable qui mettrait en péril le système russe autoritaire  et corrompu», explique au Washington Post Christopher Walker, executive director du National Endowment for Democracy’s International Forum for Democratic Studies. Et c’est aussi pourquoi Moscou finance largement les partis d’extrême-droite européens qui sont par nature contre l’Union Européenne, à commencer par le Front National en France.

Moscou ne cesse de justifier son expansionnisme et son impérialisme comme une nécessité pour sa sécurité et pour restaurer le rôle international de la Russie. Mais il s’agit aussi et surtout de protéger les intérêts d’un clan d'oligarques sans scrupules...

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