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Capitulation? Manœuvre politique? Les articles pour comprendre les propositions de la Grèce à l'UE

Alexis Tsipras quitte son bureau. Alkis Konstantinidis/REUTERS

Alexis Tsipras quitte son bureau. Alkis Konstantinidis/REUTERS

Comment y voir plus clair dans le plan proposé par les Hellènes aux instances européennes

Beaucoup de titres de la presse française et internationale évoquent la «capitulation» grecque. Les propositions helléniques (à lire ici) semblent en effet s’accorder au plan avancé le 26 juin par les créanciers (version retouchée de la mouture du 25 juin), que les Grecs ont refusé massivement par voie référendaire le 5 juillet. 

Si la ressemblance est troublante, les deux propositions ne sont pas jumelles. Alexis Tsipras, à l’évidence soucieux de ne pas donner l’impression de faciliter une sortie de la Grèce de la zone euro, montre patte blanche devant ses créanciers en leur apportant un certain nombre de concessions qui devraient fortement déplaire à l’aile gauche de son partie Syriza (qui représente 70 des 149 députés de la formation) mais le Premier ministre cherche aussi à s’en tenir aux lignes rouges de son programme et pousse à une restructuration de la dette. Quelques articles français ou internationaux vous aideront à décrypter ces grandes manœuvres européennes.

1.Un objectif: desserrer le goulot d'étranglement

Tsipras veut obtenir rapidement le déblocage de 35 milliards d’euros de fonds structurels et agricoles par l’Europe. Ces fonds sont en fait dus à la Grèce mais la Commission européenne les retient pour le moment. Plus largement, Tsipras demande un financement de 53,5 milliards d’euros sur trois ans, explique Bloomberg (qui avance que la Grèce «a plié»), ainsi qu’un engagement contraignant et un ajustement de la dette à compter 2022, comme le relaie Mediapart dans ce compte-rendu. L’abandon d’une partie de la dette est au cœur des revendications du gouvernement grec.

2.Une proposition qui cherche à rallier les créanciers...

Pour le Guardian, c’est sûr, Athènes plie face «à une rude austérité». La TVA est portée à 23%. Les hôtels bénéficieront d’un tarif réduit à 13%, ainsi que l’alimentation de base et l’énergie. Les médicaments, les livres et les théâtres, eux, ne seront imposés qu’à hauteur de 6%. Les remises faites aux îles seront progressivement supprimées sauf pour les plus pauvres. L’âge de la retraite sera de 67 ans en 2022. Les compléments de retraites EKAS sont voués à disparaître également mais pas avant janvier 2020, date à laquelle un autre dispositif social devra prendre le relais. Les armateurs vont perdre leur statut de privilégiés et les impôts vont généralement augmenter. Ceux sur les entreprises vont ainsi passer d’un taux de 26% à 28%.

Comme le voulaient les créanciers, les dépenses militaires sont aussi réduites: 100 millions d’euros pour l’exercice 2015 et 200 millions pour le suivant. Parmi les principales concessions du gouvernement Tsipras, on compte aussi l’engagement sur les excédents primaires: 1% en 2015, 2% en 2016, 3% en 2017, 3,5% en 2018. Ces objectifs pourraient être réévalués.  

3.... mais qui n'est pas un renoncement

Romaric Godin de La Tribune est un fin observateur de la crise grecque et voit généralement d’un œil favorable les initiatives du gouvernement Tsipras. L’annonce du plan grec, le 9 juillet au soir, l’a d’abord décontenancé voire déçu. Mais la nuit (et la relecture de la proposition grecque) portant conseil, il a semblé rasséréné au matin du 10 juillet. 

Il reconnaît l’urgence grandissante à laquelle l’exécutif hellénique est confronté et dénombre les points malgré tout marqués par Tsipras dans ce nouveau bras-de-fer avec les Etats prêteurs. Il remarque ainsi que ce sont des points du programme de Syriza qui arrivent parmi les premières positions dans la liste soumise par Tsipras au Mécanisme européen de stabilité: «amélioration des recettes fiscales, meilleure justice sociale et lutte contre l'oligarchie», énumère le journaliste. 

Le Premier ministre a d’ailleurs signifié sa volonté de renforcer sa lutte contre l’évasion fiscale. Si l’accord était bien passé avec les créanciers sur la base de cette proposition, ce renflouement de la Grèce donnerait du temps au gouvernement: en effet, pour une fois il n’est pas question d’une période restreinte de quelques mois mais d’une fenêtre plus large de trois ans. De plus, la remise en cause partielle de la dette est toujours présente et semble même la condition sine qua non de ce plan. 

Les adversaires de la Troïka sont de moins en moins seuls à appeler à repenser la dette. L'un des membres de celles-ci, le FMI, a même admis dans un rapport du 2 juillet qu'un geste en ce sens serait nécessaire. Wolfgang Schauble, le ministre des Finances de la chancelière allemande Angela Merkel, a lui aussi reconnu cette nécessité mais a évoqué de manière succinte les difficultés entourant une restructuration: «Je crois que la marge de manoeuvre dont nous disposons est très faible.»

La convergence nouvelle des options de Tsipras et de celles défendues par les instances européennes est donc notée mais subsiste un certain nombre d’autres différences entre les réformes préconisées par ces dernières et les mesures présentées par les représentants du gouvernement de la péninsule. Parmi celles-ci, on peut citer à nouveau le maintien des petites retraites dans les années à venir et le régime fiscal plus indulgent des îles les plus pauvres.

4.Des «promesses creuses»?

Tony Barber, dans ce blog hébergé par le Financial Times, voit dans la stratégie de Tsipras une sorte de tour de passe-passe politique, un ensemble de «promesses creuses» que le dirigeant politique n'aurait ni l'intention, ni la possibilité de tenir. Satisfait sur le fond par les réformes évoquées, tout en déplorant l'absence de flexibilisation du marché du travail ou de privatisations, Tony Barber est sceptique quant au suivi de ces engagements:

«Après tout, même les gouvernements grecs qui étaient politiquement plus traditionnels, plus pro-européens et, en théorie, plus favorables aux entreprises ont estimé impossible l'exécution de vastes programmes de réforme de mai 2010, lors du premier renflouement de la Grèce, à janvier dernier, quand Syriza est arrivé au pouvoir.»

Difficile aussi de se faire une opinion tranchée sur la route désormais empruntée par Tsipras chez les observateurs plus enclins à lui faire confiance. Les lendemains politiques du résident de la villa Maximos s'annoncent délicats. Présenter des mesures tout de même si loin de rompre avec l’austérité quelques jours seulement après que les Grecs ont rejeté le précédent plan par référendum peut non seulement mettre à mal une majorité qu'Alexis Tsipras cherche déjà à rassembler autour de lui, rappelle Reuters, mais aussi avoir des effets fâcheux auprès de la population locale, s’inquiéte l’économiste Jacques Sapir.

En accordant aux bailleurs de fond de la Grèce la plupart de leurs demandes tout en réclamant un engagement au sujet d’une renégociation de la dette, le chef du gouvernement grec place ceux-ci devant leurs responsabilités: soit la dette grecque est effectivement allégée et/ou réétalée, ce qui est le graal poursuivi par les Hellènes depuis des années afin de pouvoir relancer une économie assommée par des années d’austérité, soit les partenaires européens refusent et devront prendre sur eux un éventuel «Grexit». Jusqu’ici, les Grecs se sont montrés opposés à une sortie de l’euro et Alexis Tsipras n’a jamais souhaité faire revenir son pays à la drachme. Mais selon l’économiste français, la position de l'opinion grecque pourrait être amenée à changer sous le poids des circonstances.

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