Faut-il implanter des cafés dans les villes pour attirer l'innovation?

Shoreditch Grind 17 / davidabrahamovitch via Flickr CC License By

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Plusieurs recherches se sont penchées récemment sur le rôle des lieux de sociabilité et de loisir urbains dans l’innovation et le dynamisme entrepreneurial. Un économiste anglais affirme même que ce sont les cafés qui ont fait le succès de la “Silicon Valley” de Londres. Est-ce si simple?

Après la crise de 2008, l’économie britannique a eu un redémarrage exceptionnellement rapide grâce au rebond de l’économie londonienne. Une vigueur surprenante que l’on doit selon l’économiste Douglas McWilliams aux activités liées au numérique.

Economiste dont les analyses sont respectées (en dépit d'une réputation récemment ternie par une accusation de violence contre une prostituée), ancien conseiller du maire de Londres Boris Johnson et du ministre des finances George Osborne, président d’un think tank économique londonien, le Center for Economic and Business Research (Cerb), McWilliams a baptisé le secteur qu’il étudie du nom de «Flat White economy». Il s’agit d’un écosystème d’entreprises du numérique qui opèrent dans un secteur de l’East London, surnommé le Silicon Roundabout par analogie avec la Silicon Valley et le rond-point Old Street Roundabout situé au coeur du quartier.

Selon l’économiste, ce hub majeur comprend 32.000 entreprises qui se sont créées entre 2012 et 2014, sur le territoire du seul code postal «EC1V» –plus que toute la ville de Manchester sur la même période. Et ce secteur pèsera de plus en plus lourd dans l’économie britannique. Il comprend tout d’abord le secteur des services informatiques et de la programmation (lequel pèserait deux fois plus que celui des hydrocarbures, et serait comparable à celui de l’industrie automobile). En regroupant ce secteur IT et les industries culturelles numériques, la publicité et le marketing online, l’activité serait la 5ème du pays après le BTP, le commerce de détail, les services financiers et le commerce de gros. Pour l’année 2012, cette économie a contribué à hauteur de 7,6% au PIB du pays. Il s’agira du premier secteur national d’ici 2025, affirme l’économiste, comptant à lui tout seul un tiers du PIB.

Les employés de ce secteur sont jeunes, diplômés et geeks bien évidemment. L’idée de baptiser l’ensemble «Flat White economy» découle de l’observation de leurs habitudes de vie et de consommation:

«Ce qu’ils ont en commun est quelque chose que l’un des économistes de Cerb, Rob Harbron, a remarqué: une tendance à acheter beaucoup de café, et en particulier un certain type de café au lait. Et comme nous n’arrivions pas à trouver un regroupement d’activités unique pour nommer le secteur, nous avons décidé de l’appeler la “Flat White economy”. En six mois l’organisation économique très influente Bloomberg avait donné une conférence sur la Flat White economy. Le nom avait pris.»

Une organisation du travail et un mode de vie

Ces Flat whiters, qui seraient 150.000 à Londres selon le calcul de l’auteur, ne font pas que boire du café. Ils travaillent aussi dans les cafés.

«Les cafés représentent à la fois une affirmation d’un mode de vie pour les Flat Whiters ainsi qu’un point central de la créativité. Les branchés se félicitent d’être des connaisseurs en matière de café, alors que les cafés, leur Wi-Fi gratuit et l’aménagement de leurs tables agissent comme des lieux de réunion idéaux pour les processus créatifs sur lesquels repose les secteurs [concernés].»

Pour démontrer cette importance du café, l’équipe de Cerb s’est amusée à mettre en relation le nombre de coffee shops indépendants par hectare dans les arrondissements de Londres avec le nombre d’emplois par hectare des secteurs de la Flat White economy. La corrélation, très élevée, est de 0,84, sans bien sûr qu’on sache ce qu’elle signifie réellement. 

Quartier le moins cher des arrondissements centraux de l’agglomération, East London a accueilli ces dernières années «une génération de jeunes routards –ceux qui peuvent ranger dans un sac à dos pratiquement toutes leurs affaires», une masse critique de jeunes, pour beaucoup immigrés de travail venus des pays du sud de l’Europe. Et ce mélange de gens aux parcours différents a favorisé une explosion de créativité, qui s’est avérée cruciale dans le développement de la Flat White economy.

Le vélo a remplacé la Porsche, les skinny jeans ont remplacé les costumes et, le café au lait, le champagne

Mais les facteurs qui ont donné naissance à la Flat White economy ne sont pas seulement économiques. «Les gens viennent à Londres autant pour le facteur fun que pour y travailler et pour l’environnement social-libéral. Le divertissement est un ingrédient important du mix de la Flat White economy». Ce brouillage entre les moments de travail et les moments de récréation est caractéristique de cette population:

«Une des caractéristiques des styles de vie “flat white” est le mélange. Le travail est mélangé au divertissement. Le logement mélangé au travail. Le café est mélangé au lieu de vie et au bureau.»

C’est aussi une nouvelle esthétique de vie qui s’impose, en réaction à l’ostentation des yuppies de la finance des années 80 et 90: «le vélo a remplacé la Porsche, les skinny jeans ont remplacé les costumes et, bien entendu, le café au lait a remplacé le champagne».

La différence entre une technopole et un quartier créatif, ce sont les cafés

Le parallèle est évident avec la définition des classes créatives, une catégorie inventée une décennie plus tôt par l’urbaniste Richard Florida, que les villes souhaitant dynamiser leur tissu économique doivent attirer à grand renfort de bistrots, de pistes cyclables, de salles de concert et de cafés. Les villes créatives ont trois caractéristiques, les trois T de «Talent» (cadres, diplômés, chercheurs), «Technologie» et «Tolérance», car ils apprécient la diversité ethnique, les quartiers gays et plus généralement ont un mode de vie qui s’inspire de celui des artistes –Florida est connu pour avoir notamment imaginé un «gay index», selon lequel la proportion de lieux et quartiers gay dans une ville est un signe d’ouverture et un indice de la présence de classes créatives.

En fait, l’importance de ces lieux de vie, de créativité et de rencontre dépend du type de secteur qu’on cherche à attirer. Une récente étude publiée dans la revue Regional Studies[1], qui examine les liens entre la forme urbaine des quartiers et le type d’activités de l’économie de la connaissance qui s’y déploie, le confirme. Les industries créatives «ont tendance à s’implanter dans les quartiers très peuplés à usages mixtes situés près du noyau urbain», alors que les entreprises à vocation scientifique, «tendent à se concentrer dans les quartiers de banlieue à population faible et à usage unique». Dans les quartiers créatifs les cafés, restaurants, bars et autres «aménités» sont très nombreux, et peuvent servir de «tiers-lieux» aux travailleurs du quartier, alors qu’ils sont pratiquement inexistants dans les campus et quartiers high-tech.

Les chercheurs ont présenté des cartes schématiques de plusieurs de ces deux types de quartiers d’affaires dans des villes canadiennes. Les quartiers de parcs industriels et scientifiques sont en périphérie, proches des sorties et des connexions d’autoroutes dans des zones peu denses, les loyers y sont modérés avec des implantations de grosses structures et surtout une faible mixité des activités (des quartiers un peu «morts»). A l’inverse, les quartiers «créatifs» naissent et prospèrent dans les centres-villes denses dont les voies sont plus étroites, nombreuses, et où la vie urbaine se caractérise par une grande mixité des fonctions et un réseau de transports publics performant.

A gauche, des quartiers créatifs de Montréal, Toronto et Vancouver. A droite, des quartiers de technopoles. Les étoiles représentent les cafés, bars et restaurants. Via: City Lab.

Les auteurs attribuent ces choix géographiques au type de connaissances mobilisées dans chaque secteur. Les entreprises créatives ont besoin de processus de pensée divergente, dans lesquels il n’y a pas de réponse unique à un problème posé, alors que les activités technologiques et scientifiques se caractérisent par des processus de pensée convergente, dans lesquelles il s’agit de mobiliser toutes les connaissances existantes pour trouver la solution optimale de résoudre le problème. Les entreprises high-tech chercheraient donc à organiser les connaissances internes, alors que les entreprises créatives doivent développer le plus possible les liens entre les travailleurs mais également avec les influences culturelles extérieures, qui doivent être les plus nombreuses et diverses possibles. Les interactions sociales et le mélange des idées se développeraient sur ce terreau fertile urbain. 

Ces quartiers créatifs ont les caractéristiques de ce que les Américains appellent les quartiers d'innovation («innovation districts») comme le résume cette vidéo de la Brookings Institution:

Le Grand Paris sera-t-il une métropole créative?

Dans une note récente, l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile de France (IAU) s’est penché sur le poids de l’emploi dans le numérique dans la région capitale: le secteur, comprenant selon une définition large proche de la «Flat White Economy» les activités «liées aux technologies de l’information et de la communication (TIC)», «les services de télécommunications, l’industrie du logiciel, les réseaux, les équipements informatiques et télécoms, les services d’ingénierie, les services et contenus en ligne, comme les médias ou la publicité», «rassemble 20.000 établissements et 500.000 salariés» (la moitié des effectifs nationaux du secteur).

C’est en France que le soutien au secteur des NTIC est le plus large en Europe, admet d’ailleurs Douglas McWilliams, qui pourtant ne croit pas que Paris réussira à imiter la Flat White economy londonienne en raison des impôts trop élevés sur les entreprises, et il imagine plutôt Berlin et Barcelone reprendre le flambeau. D’autre part toute planification d’un quartier créatif, créé ex nihilo aurait peu de chance d’aboutir, affirme McWilliams:

«Le développement de la Flat White economy dans le secteur situé autour d’Old Street a eu relativement peu à voir avec une action directe de l’Etat ou d’une collectivité locale, et bien plus à voir avec d’autres facteurs comme le style de vie, les prix de l’immobilier et le facteur chance de l’effondrement des économies de l’Eurozone dans l’Europe du Sud, qui a envoyé ses jeunes les plus brillants sur le marché du travail londonien».

Scrutant les caractéristiques de plusieurs quartiers d’affaire dans le monde, Douglas McWilliams remarque que la France n’est pas une terre spécifiquement accueillante pour ces activités. Le pôle scientifique et économique de Paris-Saclay serait même l’anti-Flat White: il draine des milliards d’investissement privé et public, des centres de recherche de dimension mondiale, dispose d’un bon réseau de transport et de la proximité de Paris, et la relocalisation de certaines grandes écoles y est prévue. Pourtant, sa situation le rapproche plus des quartiers d’affaires qui abritent les secteurs matures industriels et la R&D, mais «la partie la plus créative de l’activité est peut-être moins susceptible de se relocaliser dans le secteur.»

Comme l’a dit l’urbaniste américaie Jane Jacobs: “Old buildings, new ideas”»: les idées nouvelles et les grandes innovations se font plutôt dans l’immobilier de mauvaise qualité

Pierre Veltz

C’était l’occasion de demander à Pierre Veltz, ingénieur, économiste et sociologue qui s’est penché sur la géographie de l’emploi et est le président-directeur général de l'établissement public Paris-Saclay, pensait de cette remarque: «Il y a bien une division du travail entre Paris-centre et le plateau de Saclay: on le voit à la répartition des pôles de compétitivité», Cap Digital, qui se développe dans les activités numériques «créatives» est plus concentré autour de Paris-centre, alors que Systematic, plus orienté autour de l’industrie du logiciel, est implanté à Paris mais également autour de Saclay.

«Il est certain que Paris-centre a des atouts: le fait d’être un espace urbain plus agréable, plus vivant, où on peut facilement se rencontrer, ce qui a un attrait chez les jeunes créatifs. Comme l’a dit l’urbaniste américaie Jane Jacobs: “Old buildings, new ideas”»: les idées nouvelles et les grandes innovations se font plutôt dans l’immobilier de mauvaise qualité. Aujourd’hui le dynamisme de Berlin dans le numérique est lié au fait que l’immobilier y est moins cher.»

Le campus urbain de Paris Saclay

Les profils décrits par l’économiste lononien et ceux observés dans les mêmes domaines d’activité en Ile de France (transformation numérique mais aussi plus généralement, tout l’écosystème créatif: cinéma, architecture, spectacle vivant, TV, etc.) se recoupent. Comme l’explique Odile Soulard, économiste à l’IAU et coauteure de la note sur l’économie numérique francilienne, on a faire ici également à des travailleurs jeunes, plus diplômés que la moyenne, avec plus d’hommes et, bien sûr, qui vivent majoritairement au coeur des métropoles:

«Ils ont tendance à vivre et à travailler à proximité, parfois ils travaillent chez eux, ou dans le café du coin comme il y a beaucoup plus d’indépendants. Le secteur fonctionne beaucoup par logique de projets donc il faut être près des réseaux, il faut être là physiquement. La métropole leur amène tout ce dont ils ont besoin: la proximité, les réseaux, la centralité, les transports.» 

Paris joue à fond cette carte de la proximité et du mélange avec des lieux de coworking comme La Cantine et le Numa où se croisent les entrepreneurs du numérique. The Economist ne s’y trompe pas puisque dans un récent article intitulé «Paris, Start-up City», il célèbre l’orientation parisienne vers l’économie numérique, appuyée à la fois par les mécènes du secteur et les pouvoirs publics, qui implantent plus d’incubateurs que de station Velib’ ces derniers temps. Les Echos ont récemment réalisé un webdocumentaire complet sur ce foisonnement d’incubateurs dont deux projets monstre: l’un financé par la mairie (entrepôts McDonald, 15.000 m2 dans le nord est) l’autre par Xavier Niel (la Halle Freyssinet, 30.000 m2).

On a conscience aujourd’hui que cette économie vient quand il y a de la ville, il faut offrir à ces salariés des aménités urbaines

Odile Soulard

Comme le souligne Odile Soulard, l’existence de tels lieux de sociabilité et de rencontre est essentielle: «On a conscience aujourd’hui que cette économie vient quand il y a de la ville, il faut offrir à ces salariés des aménités urbaines». D’autant que cette coprésence des entreprises et de leurs employés aurait bien une influence sur le dynamisme du secteur: «il faut laisser une part de hasard et de chaos» pour que les acteurs se croisent, se rencontrent et finissent par avoir des idées qu’ils n’auraient pas eues sans ce frottement, comme imaginer qu’une technologie existante pourrait être appliquée à un autre secteur. C’est d’ailleurs tout le paradoxe du soutien aux industries créatives numériques: les lieux qui les hébergent s’efforcent de reproduire et de favoriser une sorte de chaos planifié. Pour le PDG de Paris-Saclay également, urbaniser la périphérie est un enjeu de productivité:

«C’est un challenge pour Saclay, est-ce qu’on va réussir à créer des lieux de vie, un campus résidentiel agréable en densifiant, en amenant des transports, en créant des espaces publics de qualité.»

Un espace créé en 2014, le Proto 204, y contribue. Cette ancienne halle a été réhabilitée, sert de «connecteur» et a déjà organisé plus de 150 rencontres, conférences, événements. D'autre part, l’urbain dense et ancien ne correspond pas à toutes les formes de l’économie de la connaissance: «il y a un certain nombre de choses qu’on ne peut pas faire à Paris: la physique et la biologie sont des activités qui ont besoin d’espace et de gros équipements», rappelle Pierre Veltz.

Attention aussi à un réflexe de bulle qui consisterait à ne voir de l’innovation que la partie surmédiatisée du marché numérique des applis et des start-ups de services: comme l’a résumé d’une manière lapidaire un geek sur twitter: «la culture tech se concentre sur la résolution d’un problème: qu’est-ce que ma maman ne fait plus pour moi?»… Et qu’une appli qui va faire mes courses, me transporte en ville, me divertit ou fait le ménage chez moi pourrait faire à ma place. Des marchés certes importants mais dont les objectifs paraissent un peu dérisoires par rapport aux défis qui attendent l’humanité.

Les thèses de Florida ont été louées pour leur originalité, mais aussi vertement critiquées pour le flou artistique qui les caractérisent. Et la théorie selon laquelle les villes cool à l’ambiance décontractée et à l’offre de sortie et de culture variée sont les plus prospères a ses limites. Par exemple, en 2012, l’association des maires des grandes villes de France publiait le palmarès des villes qui ont le plus fort PIB par habitant. Si Paris est en tête et que d’autres villes qu’on qualifie de créatives comme Rennes, Toulouse ou Bordeaux en font partie, la deuxième place du classement était occupée Saint-Quentin-en-Yvelines, la quatrième par Evry et la sixième, par Marne-la-Vallée, des communes qui ont sans aucun doute leurs atouts mais ne sont pas spontanément associées au café latte préparé à l'aeropress.

Laisser la Flat White economy se déverser sur la société?

Comme d’autres théories dans l’air du temps, la Flat White Economy vend un monde urbain idéal où tout n’est que collaboration dans des espaces de travail ouverts et partagés, innovation ouverte, gros salaires et pistes cyclables. c’est effectivement ce qu’elle promet à une partie de ses membres, mais à tous? Rien n’est moins certain. Le niveau de vie de ce prolétariat numérique, jeunes immigrés diplômés d’Europe du Sud et d’Amérique latine, venu à Londres trouver un travail, est plus proche de la bohème urbaine que des hauts salaires de la Silicon Valley...

L’immigration bénéficie immensément à la Flat White Economy selon McWilliams, et la demande pour des profils hautement qualifiés dans les domaines de l’économie numérique devrait être comblée par une politique d’immigration sans aucune restriction. Une conviction en général consensuelle chez les économistes libéraux et dans les milieux de la tech et du numérique... moins chez les populations.

En bon libéral, McWilliams soutient la thèse que le capitalisme, boosté par la révolution numérique, doit générer de plus en plus de profits, qui se déverseront ensuite mécaniquement sur l’ensemble de la population. Pourtant, les électeurs britanniques ont fait savoir avant les dernières élections qu’ils estimaient que la lutte contre les inégalités devait désormais passer avant la poursuite de la croissance du pays. Son soutien indéfectible au secteur high-tech va aussi de pair avec l’acceptation de la concentration de richesses dans quelques centres urbains du monde, la métropolisation. Or ce système de développement revient à laisser de côté toute une partie du territoire périphérique: les partisans de la métropolisation soutiennent que les inégalités peuvent être résorbées par redistribution, les pourfendeurs du système affirment qu’il conduira à une fracture radicale entre la population qui tire son épingle de la relocalisation de l’économie et le reste. Les Flat Whiters seront prévenus...

1 — Knowledge Neighbourhoods: Urban Form and Evolutionary Economic Geography,  Gregory M. Spencer, Regional Studies, Vol 49, n°5, 2015 Retourner à l'article

 

The Flat White Economy, 

de Douglas McWilliams

Gerald Duckworth & Co Ltd

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