MONDE
- MONDE
- Etats-Unis
- réforme
- manifestations
- Républicains
- Barack Obama
- Par Christopher Beam
-
Christopher Beam est journaliste politique à Slate.com. Vous pouvez lui écrire à l'adresse suivante jcbeam @ gmail.com
- DU MÊME AUTEUR
Christopher Beam
Christopher Beam est journaliste politique à Slate.com. Vous pouvez lui écrire à l'adresse suivante jcbeam @ gmail.com
Stories from Christopher Beam
- 1 of 3
- ››
- SUR LE MEME SUJET
Dans le cortège des anti-Obama
Plongée au cœur de la manifestation du 12 septembre à Washington
«Hommes en colères, chaud!» s'égosille un manifestant au milieu de la foule qui encombre Freedom Plaza, ce samedi matin. La manifestation du «12-Septembre», annoncée en fanfare par Glenn Beck [animateur télé sur Fox News] et organisée par le collectif des groupes conservateurs à l'origine des Tea Parties du printemps dernier, doit se dérouler entre la place et le Capitole à partir de 11 h 30. Mais à 10 h, la place est si noire de monde que la police a fermé Pennsylvania Avenue et que le cortège s'ébranle déjà . Une manifestation conservatrice est une notion quelque peu paradoxale, en partie parce que les plus grands mouvements de protestation de l'histoire récente (Vietnam, Irak) rassemblaient une jeunesse progressiste révoltée par la politique conservatrice. Mais aussi parce que la logique voudrait que les conservateurs soient rarement de grands agitateurs; il n'est pas évident d'agiter les foules pour défendre l'immobilisme.
Cependant, l'exercice est peut-être plus naturel alors que les Démocrates contrôlent la Maison Blanche et les deux chambres du Congrès. Aujourd'hui, le problème que rencontrent les manifestants est le suivant : si tout le monde est contre le Président, personne ne semble l'être pour les mêmes raisons. Dave Johnson, venu de Woodstock, dans l'État de New York, ne pense pas que ce soit nécessairement un problème. Montrant les banderoles, il remarque que le message anti-guerre était simple : «Quittez le Vietnam» Aujourd'hui, fait-il valoir, «on est contre le marché du carbone [cap-and-trade], les impôts, les tsars, la répartition des richesses». Cette manifestation serait, de ce fait, «plus forte en termes d'implication des esprits».
C'est une façon de voir les choses. Mais on peut aussi et surtout y voir une certaine confusion. L'une des raisons en est que nombre de protestataires n'ont aucune expérience des grandes manifestations, et pour certains, cela se voit. Si la plupart des slogans scandés respectent une bonne structure rythmique - «On veut du bon sens!» - ce n'est pas le cas pour tous. «Premier amendement! Premier amendement!» hurle ainsi un manifestant. L'oreille se rend vite à l'évidence : ça sonne mal. Mais d'autres prennent vite la main. Devant le premier amendement [garantissant la liberté d'expression] exposé sur la façade du Newseum [musée de la presse], sur Pennsylvania Avenue, un homme pointe le doigt et se met à scander: «Lisez ça! Lisez ça!». D'autres slogans sont directement empruntés à la phraséologie progressiste, du type «l'union fait la force». J'aperçois même une pancarte «Power to the People». Celle qui la brandit, Dana Thomas, de Reston, en Virginie, m'explique posément que John Lennon était en réalité un conservateur. «Vous connaissez les paroles de 'Taxman'» ? (C'est George Harrison qui a écrit cette chanson; John Lennon a composé celle-ci, qui pourrait être interprétée comme le rejet d'un État trop présent.
De même que la cérémonie d'investiture d'Obama a été décrite comme historique, les tenants des Tea Parties s'envisagent sous un jour grandiose : «C'est formidable, d'entrer dans l'Histoire», s'enthousiasme Nick Gingric, de Freeberg, en Pennsylvanie, «Je crois que c'est le plus grand cortège que Washington ait jamais connu». L'un de ses voisins approuve : «C'est le plus grand rassemblement américain que j'aie vu de toute ma vie». Le nombre de participants est, du reste, matière à débat. L'un des organisateurs annonce à un moment qu'ABC News compte environ 1,5 million de manifestants, mais l'article paru sur le site d'ABC News, en accord avec le New York Times et d'autres sources, parlera plutôt de «dizaines de milliers».
«Ne me marchez pas dessus»
Les références historiques abondent. Une femme arbore un tee-shirt exhibant les Pères fondateurs des États-Unis avec la légende «Extrémistes de droite»; sur des affiches, Obama est représenté avec les moustaches de Hitler; la Tea Party [révolte de 1773 contre les colons britanniques], utilisée au départ comme une métaphore par les conservateurs en désaccord avec le plan de relance et le plan de sauvetage de l'automobile, est devenue un cri de ralliement; des manifestants sont affublés de perruques blanches surmontées d'un tricorne; les drapeaux Gadsen [ou «Don't Tread on Me», «Ne me marchez pas dessus», emblème des libéraux pendant la guerre d'Indépendance] le disputent à la bannière étoilée; une vidéo projetée devant le Capitole compare les mesures d'Obama à celles qui ont déclenché la guerre d'Indépendance [1775-1783], avec une voix-off vibrante qui clame que «la Mère Liberté connaît aujourd'hui son plus grand défi».
La plupart des causes de mécontentement sont classiques : TARP (plan de sauvetage des banques), plan de relance, réforme de la santé, marché des émissions de carbone, etc. D'autres sont nouvelles. Je suis notamment frappé par l'obsession des manifestants vis-à -vis des «tsars» du Président [ses conseillers spéciaux sur des domaines précis]. Tout le monde répète le nombre de tsars nommés par Obama : 37. Et tout le monde les critique vertement. «Ce sont de dangereux socialistes», dénonce Davy Reeves de Kalamazoo, Michigan. «Je ne suis pas d'accord avec tous ces tsars», renchérit Geri Shea de Leesburg, Virginie, «C'est anticonstitutionnel»
Le représentant républicain de Géorgie, Tom Price, s'enflamme sur la question: «Le pays doit être gouverné par le peuple, pas par les tsars!» Et le représentant de l'Indiana, Mike Pence, de rappeler à son auditoire que «nulle part notre Constitution ne mentionne le mot tsar». La vidéo d'ouverture du rassemblement note qu'Obama a nommé «plus de tsars en six mois que la Russie tsariste n'en a connu en trois siècles». Le rappeur républicain Hi-Caliber, qui est venu donner de la voix, parvient de son côté à faire rimer tsar avec Bill Maher [comique américain particulièrement acide envers les Républicains]. Une banderole comporte même un slogan anti-tsar rédigé en cyrillique. Je demande à quelques manifestants en quoi les tsars d'Obama sont différents des conseillers non élus dont s'entoure tout président. «C'est vrai, tous les présidents ont des conseillers», concède Kelly Grillo, de Northfield, New Jersey, «mais Obama en a beaucoup trop».
Van Jones, conseiller spécial aux emplois verts, qui a récemment démissionné à cause de propos assez crus tenus à l'encontre des Républicains, et de la signature qu'il a apposée à une pétition sous-entendant l'implication du gouvernement dans les événements du 11-Septembre, a droit à un traitement de faveur. Tout comme le spécialiste du droit constitutionnel Cass Sunstein, récemment intronisé «tsar de la régulation» [à la tête de l'OIRA, Office of Information and Regulatory Affairs], épinglé pour sa lutte contre la maltraitance des animaux : «Il pense que les rats devraient avoir droit à des avocats, à des procès contre les humains», s'insurge Davy Reeves de Kalamazoo. «Eh bien, les rats, ils n'ont rien à faire chez moi».
Retrouvez Slate sur Facebook. Suivez-nous sur Twitter.
Téléchargez Slate pour iPhone.
Si vous souhaitez commenter cet article, veuillez vous enregistrer ou bien vous connecter.




























Commentaires (3)