Partager cet article

Caroline Fourest: l'après-Charlie Hebdo et comment transformer les victimes en bourreaux

Retour en vidéo avec Caroline Fourest sur la confusion intellectuelle post-attentat, la querelle de la laïcité à gauche et les discours qui «sèment la rage» depuis janvier en trouvant des circonstances atténuantes au terrorisme

Invitée de la Cité des livres, émission réalisée par la Fondation Jean Jaurès en partenariat avec Slate, Caroline Fourest revient sur son dernier essai, Eloge du blasphème, écrit dans la foulée des attentats de janvier.

Ancienne chroniqueuse à Charlie Hebdo, Caroline Fourest revient sur la fameuse affaire des caricatures en 2006, celle qui va cristalliser les critiques contre le journal satirique et lui valoir ses premières menaces et un procès retentissant, qu'il gagnera.

Alors que les corps des victimes étaient à peine refroidis, la France de l'après 7 janvier a été le théâtre d'une intense querelle entre les «Charlie» et les «pas Charlie»: le propos du livre de Fourest est de recadrer les débats qui ont suivi les attentats, la marche du 11 janvier et ont vu les intellectuels de gauche en particulier se déchirer entre ceux qui voient dans l'intégrisme religieux la principale menace qui pèse sur la liberté d'expression et ceux qui estiment que les caricaturistes du journal exprimaient leur mépris des plus faibles en humiliant les musulmans par leurs dessins et articles.

Inutile de rappeler que Fourest fait partie des premiers, le courant de la gauche qui se pose comme laïque et républicaine et que sa critique porte sur les prises de position des seconds, qu'on trouvera autour de divers groupes militants proches de l'altermondialisme, de l'anti-impérialisme et de la gauche radicale.

L'essayiste fait le distingo dans sa galerie de portraits entre des artistes et des intellectuels bienveillants ne saisissant pas toujours la portée de leurs déclarations («les irresponsables») et «les vrais semeurs de rage», sur lesquels pèse selon elle une responsabilité dans la confusion idéologique actuelle:

«Il y a beaucoup de gens qui confondent terriblement la critique des idées avec la critique des identités, et donc qui sont capables de confondre le droit au blasphème avec le droit au racisme, ce qui est évidemment complètement différent».

Quant à ceux qui avaient mené campagne contre Charlie Hebdo sous prétexte d'islamophobie, on aurait pu croire qu'ils se feraient discrets: on a assisté à l'inverse à une ribambelle de prises de position décalées, sinon parfois burlesques, qui ont en commun de reposer sur une inversion radicale des responsabilités. Selon Fourest,

«Ils se sont enferrés dans une posture qui peut paraître très intellectuelle, très sophistiquée, mais qui est en réalité assez primaire [...] La victime assassinée devient celui qui a provoqué, et qui par son dessin a été violent, la violence symbolique, le droit à la caricature devient la violence suprême, l'humiliation du faible, et le faible devient celui qui tire à la kalashnikov, le terroriste, que l'on confond par un amalgame assez douteux avec l'ensemble des musulmans; et les mêmes crient à l'amalgame, ce qui est quand même assez fort intellectuellement».

Ce, alors même que certains des survivants sont toujours sous protection et régulièrement menacés. Cette posture a d'ailleurs été maintenue et fièrement affichée jusqu'à, si on peut dire, la caricature, quand l'organisation basée à Londres Islamic Human Rights Commission a remis le prix de l'islamophobe de l'année à Charlie Hebdo... Deux mois après les attentats.

L'essayiste revient aussi dans cet entretien sur ce qu'elle nomme dans son essai la «mondialisation de l'intimidation», dont on perçoit les signaux inquiétants, quand des débats organisés autour du thème de la liberté d'expression doivent être annulés pour raisons de sécurité, ou même sont la cible d'un attentat comme à Copenhague.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte