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Le brevet, une formalité? Il est plus difficile de l'obtenir que le bac

Un collège aux Mureaux, en avril 2013 (REUTERS/Philippe Wojazer)

Un collège aux Mureaux, en avril 2013 (REUTERS/Philippe Wojazer)

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le diplôme de fin de collège n'est pas donné à tout le monde. Une minorité conséquente d'élèves a même de sérieuses raisons de se réjouir d'avoir passé cette épreuve avec succès.

Lorsque les résultats du diplôme national du brevet (DNB) sont tombés ce mercredi 8 juillet, les réseaux sociaux ont généré une nouvelle fois bon nombre de réactions enthousiastes de la part de candidats reçus.

Mais parce que chaque médaille a son revers, les râleries ne se sont pas fait attendre. Le brevet? Une formalité. Du coup, se vanter de l’avoir obtenu relève de la pure aberration. 

A fortiori lorsque ce sont les parents qui se gargarisent, comme le souligne avec humour Matteu Maestracci :

La réalité n’est pourtant pas si simple. Les chiffres de 2014 sont d’ailleurs assez édifiants: si le taux de réussite au bac était de 87,9%, celui du DNB n’était que de 85,2%. La preuve que ce diplôme ne constitue pas une formalité pour l’ensemble des élèves. Bien sûr, pour une grande partie d’entre eux, qui poursuivra sans doute son cursus jusqu’à des études supérieures, le brevet n’est qu’une première et minuscule marche les menant vers la réussite. Mais dans d’autres catégories de la population, il s’agit d’une étape importante, au moins de manière symbolique.

Dans certains établissements, passer en seconde générale ou professionnelle est loin de constituer un horizon évident

Prouver que l'on vaut quelque chose

J’ai enseigné pendant six années dans un collège d’abord estampillé ZEP (zone d’éducation prioritaire), puis intégré au réseau ÉCLAIR (écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). Autrement dit, un établissement dans lequel la réussite scolaire n’est pas une évidence, où les parents ne peuvent pas souvent aider leurs enfants à s’épanouir scolairement (pour tout un ensemble de raisons), où passer en seconde générale ou professionnelle est loin de constituer un horizon évident. Dans cet établissement, s’il était clair qu’une bonne moitié des élèves obtiendrait le DNB sans trop d’encombre, c’était une toute autre paire de manches pour les autres.

Parmi ces élèves en difficulté, une partie ne se souciait guère du brevet, consciente que ce premier diplôme était bien loin d’assurer une poursuite d’études ou l’obtention d’un emploi. Mais chez beaucoup d’autres, cet objectif qui semblait difficilement surmontable faisait office de défi, d’occasion de prouver (à eux-mêmes, à leurs familles, à leurs professeurs) que non, personne n’a le droit de dire qu’ils ne valent rien.

L'ascension de l'Everest

Dans ce collège disposant de quelques moyens supplémentaires en raison du profil des élèves, nous avons notamment pu mettre en place pendant de nombreuses années une classe de sixième spéciale, n’accueillant qu’une quinzaine d’élèves déjà diagnostiqués comme en échec scolaire. Problèmes psychologiques, accumulation de lacunes, situations familiales ne permettant pas aux enfants de mener correctement leurs vies d’élèves: les difficultés étaient nombreuses et importantes. Généralement, certains membres de ces classes finissaient tôt ou tard en SEGPA (mais les places y sont tellement limitées, et les parents pas toujours d’accord), mais d’autres effectuaient tout leur collège au sein de notre établissement, dans des classes dites «ordinaires» (par opposition aux dispositifs adaptés comme la SEGPA). 

Je peux vous dire que quand un(e) élève issu(e) de cette classe de sixième spéciale finissait, quatre années plus tard, par obtenir le brevet, la fierté était totale

Je peux vous dire que quand un(e) élève issu(e) de cette classe de sixième spéciale finissait, quatre années plus tard, par obtenir le brevet, la fierté était totale pour l’élève en question comme pour l’équipe enseignante. Cela signifiait que ces années d’enseignement personnalisé, d’accompagnement individuel et de rencontres avec les familles avaient porté leurs fruits. Dans les meilleures années, 8 ou 9 des 15 élèves issus de cette classe particulière ont obtenu le DNB. Je vous assure que pour eux, et pour nous, c’est comme s’ils avaient réussi l’ascension de l’Everest.

Le symbole qu'on a trouvé sa place

Autres établissements, autres dispositifs, autres trajectoires personnelles. Pour certains familles primo-arrivantes, par exemple, l’obtention du DNB constitue la plus belle des reconnaissances. Ballottés hors de leur pays dans des contextes souvent douloureux, souvent accueillis sur le territoire français dans la précarité et l’incertitude, ils voient dans ce premier diplôme une façon de se sentir un peu plus à leur place dans ce pays où l’on ne cesse de leur répéter que la France, ça se mérite.

Ces élèves représentent évidemment une minorité de candidats. Mais pour eux (ainsi que pour les plus ou moins 15% de candidats qui n’obtiennent pas le diplôme et ne sont pas forcément des bons à rien), suivons ce conseil judicieux de laisser se réjouir les lauréats: 

 

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