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Sarkozy et la droite européenne en croisade contre l'extrême gauche

Nicolas Sarkozy et le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy lors d'une conférence de presse commune à Madrid, le 29 juin 2015. REUTERS/Andrea Comas

Nicolas Sarkozy et le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy lors d'une conférence de presse commune à Madrid, le 29 juin 2015. REUTERS/Andrea Comas

Une des leçons de la crise grecque tient à l’évolution des droites européennes. Nicolas Sarkozy a pris la tête d’une croisade contre Syriza, Podemos et l'extrême gauche européenne. Aperçu d’une vaste offensive idéologique.

«Le fait nouveau, c'est que la Grèce s'est dotée d'un Premier ministre qui ne partage aucune de nos valeurs, qui n'assume aucune des responsabilités qui devraient être celles d'un Premier ministre d'un grand pays d'Europe, qui dit aux créanciers qu'il en a peu à faire de ce qu'ils pensent».

Cette déclaration de Nicolas Sarkozy à la Fête de la Violette organisée par son fidèle soutien Guillaume Peltier en confirme plusieurs autres, toutes en crescendo hostiles à Alexis Tsipras. Nicolas Sarkozy allait plus loin encore quelques minutes plus tard en affirmant qu’en cas de victoire du oui au référendum grec, Alexis Tsipras «devrait partir », ce qui constitue une première au sein de l’UE de la part d’un ancien Chef d’Etat. Affirmer que le gouvernement d’un Etat membre de l’UE «doit partir» n’est assurément pas anodin.

Ces déclarations viennent donc couronner une suite de prises de décisions qui font de Nicolas Sarkozy le généralissime d’une coalition fermement décidée à combattre ce que représente Syriza en Europe. A Madrid, au début de la même semaine, Nicolas Sarkozy s’en était pris à Alexis Tsipras et, également, à Pablo Iglesias et PODEMOS. Déjeunant avec Mariano Rajoy, faisant montre de convergences de vue appuyées avec le Parti Populaire du chef du gouvernement espagnol, il n’avait pas ménagé ses efforts ni, d’ailleurs, omis de choisir les mots employés contre les chefs de la gauche radicale du Sud de l’Europe.

Une offensive des droites française, espagnole et italienne

L’Espagne qui connaîtra des élections générales en novembre est un verrou stratégique. Ainsi Rajoy ne parle-t-il plus de PODEMOS qu’en l’appelant «SYRIZA-PODEMOS», afin de mieux lier le programme de PODEMOS à un éventuel risque de sortie de l’euro. Le chef de la droite espagnole tente de casser toute tentation d’alliance entre un PSOE en perte de vitesse et le tout jeune parti PODEMOS en pleine ascension. Il s’agit donc de casser toute dynamique pour PODEMOS, tout risque d’unité entre PODEMOS, PSOE et Izquierda Unida, en faisant peur avec l’affaire grecque.

En Italie, c’est Maurizio Gasparri, ancien du Fronte della Gioventu, ancien du MSI, Président du Groupe Forza Italia au Sénat Italien qui est parti en croisade contre Tsipras et Varoufakis. Retrouvant les accents de sa jeunesse musclée, au cours de laquelle son mouvement soutenait la dictature des Colonels, et faisait le coup de poing contre les «marxistes» responsables du «mai 68 rampant» que connut l’Italie, Gasparri définit un adversaire: l'extrême gauche. Toutefois, la droite italienne est divisée: Giorgia Meloni, chef de file de Fratelli d’Italia qui revendique sa filiation avec Alleanza nazionale, ou Renato Brunetta, chef de file des députés berlusconiste à la Chambre des députés manifestent une vision plus compréhensive de la position grecque, voire sont satisfait du non au référendum du 5 juillet…

C’est une offensive délibérée et concertée que les droites française, espagnole et italienne mènent.

On pourra remarquer que, la semaine du décès de Charles Pasqua, tenant du non à Maastricht, au TECE, et évidemment à la monnaie unique, l’ancien président de la République s’est fait le thuriféraire des politiques économiques promues par Angela Merkel et Wolfgang Schaüble, accusant d’ailleurs explicitement François Hollande de «nous diviser avec la Chancelière Merkel».

La violence de Nicolas Sarkozy à l’égard d’Alexis Tsipras éclaire sur l’évolution idéologique de la droite: ainsi déclarait-il récemment:

«M. Hollande dit qu'il faut chercher des compromis. Certes, mais pas avec n'importe qui. Mais pas n'importe quel compromis. Aucun plan n'a été réfléchi: ni un plan A, ni un plan B!».

Nicolas Sarkozy déclarait également le week-end passé: «Quand M. Tsipras a été élu, d'abord, qui s'est réjoui en France? M. Mélenchon, Mme Le Pen!» et dénonçait «l'invraisemblable complaisance médiatique dont bénéficie ce gouvernement grec, composé de ministres d'extrême gauche alliés à des ministres d'extrême droite». L'extrême gauche, dont les socialistes français serait des alliés sinon des complices, voilà l’ennemi.

Sarkozy en recherche de carburant idéologique pour 2017

Nous approchons là d’une des vérités de la droite nouvelle, celle, de «Les Républicains» en France ou du Parti Populaire en Espagne, celle encore d’une bonne partie de la Destra italienne.

Il faut se souvenir de la façon dont la droite a gagné les élections départementales dans le Sud-Est et empêché le FN de gagner le Vaucluse et le Var: en dénonçant le programme économique du FN, censé être inspiré de Syriza. Nicolas Sarkozy, François Fillon, Bruno Le Maire ou Alain Juppé multiplièrent des déclarations allant dans ce sens et contribuèrent ainsi à détacher du vote FN des électeurs droitiers soucieux de ne pas donner de gages à la ligne «étatiste» de Marine Le Pen et Florian Philippot.

En manifestant une hostilité aussi affirmée au gouvernement grec d’Alexis Tsipras, Nicolas Sarkozy continue de définir ce qui sera le cadre idéologique de sa prochaine campagne présidentielle

On le comprend, pour l’UMP-«Les Républicains», ce qui est gênant ce n’est pas le volet identitaire, autoritaire et inégalitaire du programme du FN, c’est bien son étatisme et son programme économique. Il faut dire que c’est dans ce domaine, qu’il peut se distinguer efficacement et de façon perceptible du FN.

On savait Nicolas Sarkozy en quête de carburant idéologique. Il chercha d’abord des soutiens chez les conservateurs de La Manif pour tous. Plus récemment, l’adoption du nom «Les Républicains» était censé contribuer à capter des codes et référentiels que Nicolas Sarkozy pouvait investir d’une charge idéologique renouvelée. En manifestant une hostilité aussi affirmée au gouvernement grec d’Alexis Tsipras, en mettant en avant son total accord avec les positions d’Angela Merkel et Wolfgang Schaüble, Nicolas Sarkozy continue de définir ce qui sera le cadre idéologique de sa prochaine campagne présidentielle. Consensus sur la politique économique avec la Grande Coalition d’Angela Merkel, emprunts idéologiques à la galaxie conservatrice française, usage de la symbolique républicaine: les traits du nouveau sarkozysme se précisent donc.

On le voit d’ailleurs relayé par Eric Woerth parlant «d’inversion des valeurs» à propos du référendum et des «mensonges» du gouvernement Tsipras, par Philippe Juvin, député européen sarkozyste, accusant le gouvernement Tsipras d’emmener son peuple «vers l’abîme» et par le reste de sa famille politique, communiant pour l’essentiel dans une même délégitimation du gouvernement grec. Alain Juppé ne s’est pas montré en reste puisqu’il a pris la tête du combat français pour l’expulsion de la Grèce de la zone Euro, sans toutefois mener un combat idéologique frontal contre le gouvernement grec, sur la base seulement d’arguments que n’aurait pas réprouvé Monsieur Schaüble…

Vingt-six ans après la Chute du Mur de Berlin, la droite retrouve des accents qu’on lui pensait oubliés.

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