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En Grèce, les sacs Chanel, les Playstation et les Macs ont plus de valeur que l'argent

Une femme regarde une vitrine d'un centre commercial d'Athènes, en janvier 2015. (Crédits: Reuters/Alkis Konstantinidis)

Une femme regarde une vitrine d'un centre commercial d'Athènes, en janvier 2015. (Crédits: Reuters/Alkis Konstantinidis)

Au bord du précipice financier, les Grecs investissent dans des valeurs refuges.

Plus la Grèce s'enfonce dans la crise, plus les Grecs vont faire du shopping. Car ils sont inquiets. Ils ont de moins en moins accès à leur argent –les banques sont maintenant fermées depuis plus de dix jours et les retraits limités à 60 euros par jour– et l'avenir économique du pays se joue dans la semaine, avec un dernier sommet dimanche pour décider d'un sauvetage du pays ou d'une sortie de l'euro.

Même cachées sous le matelas, leurs économies pourraient finir par perdre de leur valeur. Et dans les banques, elles peuvent être bloquées ou même ponctionnées, comme cela s'est déjà passé à Chypre en 2013.

Dans ces conditions, Sophia Marcoulakis, mère de deux enfants, a investi dans un sac Chanel. Un achat de luxe qu'elle ne se serait pas permis en temps normal. Mais il représentente aujourd'hui une possession «tangible» que le gouvernement ne pourra pas lui enlever:

«Vous avez le sentiment que l'argent a perdu sa valeur. C'est devenu seulement un chiffre

D'autres préfèrent compter sur des achats électroniques : tant que les vendeurs acceptent leur carte, ils investissent dans des ordinateurs Apple et les consoles PlayStations, comme en témoigne Natasa, 33 ans, qui travaille dans un magasin électronique d'Athènes:

«Les gens dépensent l'argent qu'ils ont dans les banques car ils ont peur que bientôt ils ne puissent plus en sortir. Un Mac est quelque chose qui garde sa valeur

400 euros de Playstation, 185 euros de chaussures

Konstantinos, 33 ans, fait partie de ses clients qui ont dépensé 400 euros dans une console PlayStation. Même si le gouvernement a assuré qu'un ponctionnement des comptes n'était pas envisagé, il craint quand même ce scénario:

«Je ne pense pas qu'ils vont nous faire sortir de l'euro. Mais ne vous en faites pas, ce qui arrive sera pire.»

Chris Dako, serveur de 25 ans, est payé chaque jour en cash depuis la fermeture des banques. Jeudi, il a prévu de dépensé son argent dans une nouvelle paire de chaussures:

«Lesquelles? Les meilleures. Des sneakers de 185 euros. S'ils veulent prendre mon argent, laissez-moi le dépenser avant

Boom du Bitcoin et rachat de Rolex

Plus surprenant, le Bitcoin est aussi en plein boomContrôlée par aucun État, quoique plus volatile, cette monnaie numérique a un côté rassurant pour les Grecs. Son volume d'échange y a bondi de 300% au mois de juin.

Quelle télévision? Quel laptop? Il n'y a plus d'argent

Yannis, habitant d'Athènes

Les Grecs les plus fortunés choisissent des valeurs refuges plus traditionnelles (s'ils ne l'ont pas déjà transféré sur des comptes à l'étranger): la vente de voiture de luxe n'a cessé de grimper durant le printemps et le marché de l'or est en hausse.

Et, alors que les clients faisaient la queue devant les magasins pour revendre leurs montres Rolex il y a quelques semaines, quand la situation financière de la Grèce n'était pas encore bloquée, ils font aujourd'hui l'inverse. Le propriétaire d'une boutique d'Athènes a reçu une trentaine d'appels de personnes voulant racheter leur bien... Mais il n'a pas accepté leur paiement par carte bancaire, il redoute trop une perte de valeur.

La valeur refuge, le refuge des plus aisés

Évidemment, avec un taux de pauvreté qui augmente et 25% de la population au chômage, beaucoup de Grecs n'ont que peu d'argent, que ce soit à la banque ou ailleurs. 

Pour eux, pas question de valeur refuge mais seulement de pouvoir payer les produits de première nécessité. 

«Quelle télévision? Quel laptop?, demande Yannis, habitant d'Athènes. Il n'y a plus d'argent. J'ai juste assez pour payer les factures, la nourriture, et c'est tout. Même si j'ai besoin d'appeler un plombier en cas d'urgence, je n'ai pas assez».

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