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Pourquoi Piketty a tort de comparer la Grèce avec l'Allemagne de 1953

La dette grecque de 2015 n’est pas la dette allemande de 1953 | REUTERS/Pawel Kopczynski

La dette grecque de 2015 n’est pas la dette allemande de 1953 | REUTERS/Pawel Kopczynski

Le contexte dans lequel la dette allemande a été effacée après la Seconde Guerre mondiale est très distinct de la situation grecque de 2015.

Dans une récente interview avec le quotidien Die Zeit, l'économiste Thomas Piketty a critiqué la fermeté de l'Allemagne vis-à-vis de la Grèce:

«L’Allemagne est LE pays qui n’a jamais remboursé ses dettes. Elle n’a aucune légitimité à faire la leçon aux autres nations.»

Piketty rappelait qu'en 1953 l'accord de Londres avait permis à l'Allemagne de l'Ouest d'effacer plus de la moitié de ses dettes d'avant et d'après-guerre.

Mais les deux situations sont-elles comparables? Dans le blog universitaire Duck of Minerva, le politologue américain William Kindred Winecoff explique ce qu'il trouve inexact dans les déclarations de l'économiste français:

«Piketty oublie de rappeler le contexte dans lequel la dette allemande a été effacée à la conférence de Londres en 1953. L'Allemagne avait passé les huit années précédentes sous une occupation militaire qui avait imposé d'énormes réformes politiques et institutionnelles.»

Restructuration de fond en comble

L'Allemagne a donc dû accepter de restructurer son système politique et économique de fond en comble. Or c'est justement ce que refuse Syriza.

«La dette allemande avait été effacée en 1953 à condition que l'Allemagne maintienne une balance commerciale positive et un excédent budgétaire, ce qui garantissait des exportations subventionnées vers les pays européens, qui manquaient de capacités industrielles juste après la guerre. C'est ce qu'on demande maintenant à la Grèce mais le gouvernement refuse.»

Ce n'est pas par gentillesse que l'Europe a effacé les dettes allemandes. C'était le résultat de luttes de pouvoir

William Kindred Winecoff, politologue américain

Winecoff rappelle aussi qu'une bonne partie de la dette allemande venait des réparations imposées par le Traité de Versailles en 1919, une situation différente de celle de la Grèce, qui a reçu de nombreuses subventions européennes ces dernières années. Une partie de ces réparations a d'ailleurs été remboursée par l'Allemagne, qui a versé son dernier paiement en 2010.

Il y avait aussi un contexte géopolitique très différent, avec les Américains prêts à donner de l'argent à l'Europe occidentale dans le contexte de la Guerre froide. «Ce n'est pas par bonne volonté et par gentillesse que l'Europe a effacé les dettes allemandes. C'était le résultat de luttes de pouvoir», explique-t-il.

L'autre différence est que, comme l'Allemagne ne faisait pas partie d'un groupe de pays comme l'Union européenne, la réduction de ses dettes n'avait pas d'impact sur les interactions entre autres membres du groupe. 

«L'Union ne peut pas se fonder sur le principe que certains membres peuvent emprunter et ne pas rembourser alors que les autres regardent sans réagir.»

 

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