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La GPA présente-t-elle des risques médicaux pour les mères porteuses?

légende | Daniel Lobo via Flickr CC License by

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En réalité, les principaux soucis que l'on peut rencontrer sont sensiblement les mêmes que pour une grossesse via fécondation in vitro et à peine plus problématiques que pour une grossesse naturelle. Explication détaillée.

C’est un des arguments parfois avancés par certains des militants anti-GPA (gestation pour autrui): cette technique, en plus de les transformer selon eux en simples loueuses de ventre, ferait courir aux femmes qui l’acceptent des «risques sévères pour la santé», comme l’ont souligné dans une tribune dans le journal Libération environ 160 personnalités en mai dernier. Qu’en est-il vraiment? Les risques sont-ils supérieurs à une «grossesse normale» et un accouchement sous GPA est-il plus difficile à supporter qu’un accouchement lambda? Voici quelques éléments de réponse.

1.Le risque de grossesse multiple
Un ça va, deux bonjour les dégâts

Le premier risque qui se pose pour les femmes qui sont volontaires pour porter un enfant est celui d’une grossesse multiple, comme l’ont rappelé l’Académie de médecine et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) dans leurs avis sur la GPA. Pourquoi? La plupart des mères porteuses en effet ne sont pas inséminées artificiellement: comme pour une femme stérile dans le cadre d’une PMA, à la fois pour des raisons de commodité et d’efficacité, plutôt que de placer du sperme dans leur utérus, on leur implante souvent plusieurs embryons, à partir d’ovocytes fécondés in vitro (il peut s’agir de leurs ovocytes mais le plus souvent ce sont des ovocytes extérieurs, notamment pour éviter une identification psychologique avec la «mère d'intention»). Le but: maximiser les chances qu'un embryon au moins se développe. Mais si plusieurs embryons grandissent, le risque est alors d'avoir ce que l'on appelle une «grossesse multiple» (avec des jumeaux, des triplés ou des quadruplés), qui entraîne souvent hémorragies, donne lieu quasi-systématiquement à une césarienne selon le docteur Lori Arnold, directrice médicale du Centre de médecine reproductive de Californie (CACRMet provoque de l’hypertension (conduisant à une pré-éclampsie, cause majeure de mortalité maternelle dans les pays en voie de développement).

Sauf que ce risque n’est pas lié à la GPA en elle-même mais plutôt à sa pratique, fait remarquer Pierre Jouannet, président de la fédération des CECOS (Centres d'Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme) et professeur émérite. «Il y a des stratégies de transfert d’embryons extrêmement variables d’un pays ou d’un centre à l’autre». En d’autres termes, on pourrait très bien se contenter de n’implanter qu’un seul embryon dans le corps de la mère porteuse, ou pratiquer, comme le fait remarquer Frédéric Chiche, obstétricien et chef du pôle santé de la femme et de l'enfant à l'Hôpital américain de Paris, une «réduction embryonnaire» (on élimine un embryon s’il y en a deux qui se sont développés par exemple).

Mais beaucoup de cliniques préfèrent implanter plusieurs embryons et maximiser les chances de réussite de la grossesse, notamment parce que des sommes d’argent très importantes sont en jeu, les donneurs de sperme et d'ovocytes ne pouvant se déplacer de multiples fois pour donner leurs gamètes au risque de faire considérablement augmenter la note. Il n’en reste pas moins que ce risque de grossesse multiple est totalement lié aux pratiques éthiques des cliniques et au système de santé locale des pays concernés. 

2.Les injections et prises de médicamentsUne grossesse surmédicalisée?

Les mères porteuses ont-elles plus de médicaments à prendre que les mères par accouchement «naturel»? C’est ce que laissait penser notamment un documentaire de France 2 intitulé Deux hommes et un couffin. Dans ce film, Véronica, la mère porteuse, montre une grande boîte pleine de médicaments et semble visiblement lassée de ces potions. Elle explique que les injections de progestérone «sont vraiment très douloureuses», et que cela lui laisse «de gros bleus». Le «pire», selon elle, ce sont les «suppositoires vaginaux» qu’elle doit prendre trois fois par jour. Le docteur Lori Arnold confirme que son centre recommande des doses quotidiennes d'œstrogène et de progestérone aux mères porteuses, «de préférence par injection». 

Traitement léger à base de progestérone, sans bleus ni douleurs

Auteur si besoin

Pour Pierre Jouannet, les grossesses par GPA ne sont pas théoriquement plus médicalisées que les grossesses normales. Il y a un cas toutefois où les traitements peuvent être plus lourds: si la mère porteuse est aussi donneuse d’ovocytes. Les risques de faire un «syndrome d’hyper-stimulation ovarienne» sont alors augmentés. Une configuration toutefois peu rencontrée, les mères porteuses préférant éviter de mêler leurs gènes au bébé pour ne pas s’attacher à celui-ci et les familles optant aussi plutôt pour cette option.

Dans les autres cas où les mères porteuses ne sont pas les donneuses d’ovocytes, elles reçoivent bien des traitements à base de progestérone, «pour favoriser l’implantation de l’embryon», précise Pierre Jouannet. Mais, de l’avis des deux médecins français que nous avons contactés, dont l’un peut être qualifié d’anti-GPA, c’est un traitement «léger» et qui ne devrait pas causer de bleus ou de douleurs. En théorie, une femme qui accouche dans le cadre d’une GPA n’a donc pas à prendre beaucoup plus de médicaments qu’une femme qui accouche dans le cadre d’une grossesse «normale».

Dans la pratique, en raison des sommes en jeu notamment, ce sont des grossesses très médicalisées, surtout aux États-Unis. «Les femmes qui participent à ces programmes sont sous surveillance médicale très importante et on leur donne toute une série de traitements qui ne sont pas nécessaires», souligne Pierre Jouannet. Une vision qui explique aussi le recours plus fréquent à des césariennes, selon Frédéric Chiche, car la technique est jugée moins risquée pour l’enfant, alors qu’elle laisse des séquelles plus importantes sur le corps des femmes. «En France, il n’y a pas de conflit d'intérêt: en cas de situation de conflit materno-fœtale, on privilégie la santé de la mère. Mais si le fœtus est l’enjeu de la grossesse, on raisonnera autrement et on prendra des risques pour la mère», estime le spécialiste.

3.Le risque psychologiqueBaby-blues

Ce n’est pas un risque médical au sens physiologique, mais pour les médecins contactés par Slate, c’est une question toute aussi importante et qui peut in fine avoir un impact sur la santé mentale des femmes. Pour le docteur Frédéric Chiche, il existe un risque de «décompensation psychique à l’issue de l’accouchement et de la séparation immédiate», la décompensation pouvant se transformer selon lui en «psychose puerpérale, délire ou dépression»: 

«Faire vivre à une femme l’idée qu’elle est enceinte mais sans finalement qu'elle ait un enfant est une drôle d’expérience dissociative expérimentale. Il faut être capable de se cliver psychiquement fortement pour s’en protéger. On ne connaît pas encore les conséquences d’une grossesse non investie psychiquement. Mais on connaît bien le déni de grossesse, et on sait que cela se termine souvent en infanticide.»

Ce n’est pas innocent de porter un enfant neuf mois et s’en séparer

Pierre Jouannet, gynécologue des hôpitaux de Paris

Pour le praticien, qui milite contre la GPA au sein du Collectif pour le respect de la personne (CoRP) mené par la philosophe Sylviane Agacinski, la démarche d’«abandon programmé» va «à l’encontre de tout ce qu’on a développé en médecine ces dernières années, où l’on insiste sur l’importance de maintenir le lien entre l’enfant et la mère. Mais parce qu’il y a une logique de marché, on affirme maintenant l’inverse et on maintient qu’il n’y aurait en fait aucun problème à cela».

Pierre Jouannet souligne aussi l’importance de cette question:

«Ce n’est pas innocent de porter un enfant neuf mois et s’en séparer

Mais il souligne aussi l’importance de l’aborder sereinement et sans a priori. Selon lui, il existe actuellement peu d’éléments de réponses et les quelques résultats actuels lui semblent «plutôt rassurants». Il mentionne notamment l’étude menée par les chercheurs Vasanti Jadva, Susan Imrie et Susan Golombok, publiée en février dernier dans la revue Human Reproduction, selon laquelle les mères porteuses ne rencontrent pas de difficultés pyschologiques particulières dix ans après la naissance. Nombre d’entre elles éprouvent cependant des difficultés psychologiques quelques semaines après la naissance, qui tendent à disparaître au bout de six mois ou un an, selon cette étude qui confirme sur ce point des recherches menées par Olga van den Akker en 2005.

La question fondamentale n’est pas celle des risques médicaux

Au final, les risques médicaux pour une grossesse sous GPA ne sont pas plus élevés que pour une grossesse via fécondation in vitro et à peine plus élevés que pour une grossesse naturelle, où l’on constate environ une dizaine de décès pour 100.000 naissances. «Pour ce qui est des décès, on ne peut pas dire qu’il n’y a jamais de mort de la mère en couche, mais il n’y en a pas plus que pour une grossesse normale. En quinze ans de carrière, j’ai dû voir mourir trois femmes», plaide le professeur François Olivennes, spécialiste de l’infertilité, dans Libération. D’autres facteurs, comme l’âge, influent bien plus, comme le souligne Pierre Jouannet:

«Les risques sont plus élevés pour une grossesse naturelle si la femme a 38 ans que pour une GPA avec fécondation in vitro si la femme est âgée de 25 ans.»

Si l’on considère uniquement le risque médical, il n’y a pas a priori plus de raisons d’interdire la GPA que d’interdire les fécondations in vitro ou les grossesses à partir d’un certain âge. Pierre Jouannet note d’ailleurs que «personne n’a interdit le don d’ovocyte aux patientes atteintes d’un syndrome de Turner, qui rend pourtant la grossesse plus dangereuse pour ces femmes», citant le cas de deux patientes décédées en 2007 et 2008. «Cela ne peut pas être un argument pour refuser la GPA», plaide-t-il.

Le fait que la gestatrice soit consentante ne saurait en aucun cas servir d’alibi face au premier devoir médical, à savoir ne pas nuire

Comité consultatif national d'éthique
 

Le questionnement autour de la GPA est en effet d’abord un questionnement éthique, parce que, contrairement à une fécondation in vitro ou une grossesse à partir d’un certain âge, le risque n’est pas pris cette fois pour «son» enfant, mais pour celui d’autrui. La GPA se compare en fait plutôt au don d’organe, pour lequel la loi française oblige à une certaine proportionnalité dans le don. Une personne peut donner un rein si ce don peut sauver un de ses proches… mais aucun don ne saurait être réalisé pour le confort d’une personne au détriment de sa propre santé. Avoir un enfant est un enjeu certes important mais qui n’empêche généralement pas les couples de vivre. Donner neuf mois de sa vie peut-il être comparé au fait d’être privé d’enfant? Et peut-on interdire à quelqu’un de faire le choix d’aider quelqu’un d’autre? C’est là toute la question, soulevée par le CCNE en 2010:

«Le fait que la gestatrice soit consentante ne saurait en aucun cas servir d’alibi face au premier devoir médical, à savoir ne pas nuire. Même si grossesse et délivrance se passent normalement, les grossesses et les accouchements répétés éprouvent le corps des femmes et peuvent avoir des répercussions sur leur santé ultérieure.»

Il n’empêche que le débat passionne bien au-delà des questions éthiques qu’il soulève. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le don d’utérus ne soulève pour l’instant absolument aucune réprobation des anti-GPA, quand bien même il implique les mêmes interrogations éthiques, puisqu’il s’agit d’un don de son corps présentant des risques pour la santé et destiné non pas à maintenir un être en vie mais à lui permettre d’avoir un enfant. Sans doute parce que la GPA perturbe l’idée d’une filiation «naturelle», déjà mise à mal selon nombre d’opposants à la GPA par le mariage homosexuel et son corollaire, l’adoption pour les couples de même sexe.

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