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Anton Karas, le cithare héros du «Troisième Homme»

Orson Welles dans «Le Troisième Homme» de Carol Reed.

Orson Welles dans «Le Troisième Homme» de Carol Reed.

Le film de Carol Reed, qui ressort en salles, dut entre autres son succès mondial à l’obsédant air que composa spécialement un musicien inconnu que le réalisateur avait découvert dans un bar à vins de Vienne.

Avec Allemagne année zéro de Roberto Rossellini et La Scandaleuse de Berlin de Billy Wilder, Le Troisième Homme de Carol Reed est un des grands films qui ont pour toile de fond le monde germanique disloqué de l’après-Seconde Guerre mondiale. Ce thriller dominé par le visage inquiétant d’Orson Welles –accompagné de Joseph Cotten, Alida Valli et Trevor Howard– est un énorme succès public, notamment en France, où il se situe au troisième rang du box-office pour l’année 1949 et obtient le Grand Prix au Festival de Cannes. Aux Etats-Unis, Time n’hésite pas à qualifier Le Troisième Homme de «meilleur film de l’année». Seule voix dissonante, celle du journal communiste anglais le Daily Worker, qui déplore le fait que «tout soit fait pour montrer les autorités soviétiques sous un jour aussi sinistre et antipathique que possible»!

Le film est tourné sur un scénario original de Graham Greene. L’écrivain anglais était fasciné par les mondes interlopes, comme l’était la Vienne de l’après-Guerre, occupée par les Anglais, les Américains, les Russes et les Français. Il avait lu un article du Times qui décrivait le trafic de pénicilline en Autriche, où le chaos de l’après-guerre avait fait surgir un vaste marché noir. Le Troisième Homme est une promenade aussi haletante que cynique dans une Vienne mystérieuse, avec une photographie somptueuse en noir et blanc, tirant parti des recoins des maisons baroques, de la Grande Roue du Prater et même des égouts de la ville.

Mais ce film ne serait pas ce qu’il est sans l’obsédante musique jouée à la cithare par Anton Karas, toujours en fond sonore, jamais à l'image. Un musicien que Carol Reed a rencontré pendant les repérages du film à Vienne.


Enfant d’une famille pauvre d’origine hungaro-tchèque, Karas rêvait d’être chef d’orchestre, mais la pauvreté a fait de lui un joueur de cithare des Heuriger, les bar à vins situés sur les hauteurs en bordure de la capitale autrichienne. Karas est un disciple d’Adolf Schneer, qui joue de la cithare pour les aristocrates, mais lui est du genre bourru. Quand Carol Reed lui propose d’écrire la musique du Troisième Homme, il répond qu’il n’a jamais rien composé et qu’il en est bien incapable. Démonstration en est faite lorsque qu’il improvise des mélopées sans intérêt devant Reed, qui l’a fait venir pour un enregistrement à l’Hotel Astoria de Vienne.

Mais le réalisateur ne s’avoue pas vaincu. Avec l’argent du producteur David O. Selznick, l’homme d’Autant en emporte le vent, il convainc Karas de venir en Angleterre. Le musicien, qui déteste s’éloigner de chez lui, se sentira comme séquestré dans son studio d’enregistrement londonien. Il y travaillera quatorze heures par jour pendant douze semaines avec l’espoir de gagner le plus tôt possible son billet de retour pour l’Autriche!


Prête in extremis pour la sortie du film fin août 1949, la balade obsédante de Karas sera une réussite totale et accompagnera le succès du Troisième Homme. La bande originale du film restera pendant onze semaines en tête du hit parade américain, entre avril et juillet 1950! En novembre 1949, Selznick écrit à un de ses adjoints:

«Je ne peux vous dire la sensation causée par la musique jouée à la cithare par Karas dans Le Troisième Homme. Elle fait fureur en Angleterre et les disques vendus y battent déjà les records de toute l’histoire du disque.»

Anton Karas fera le tour du monde et jouera devant des rois, un empereur (celui du Japon) et même le Pape avant de réintégrer Vienne, et d’ouvrir en 1953 un restaurant où se pressaient les gens branchés. Lassé des mondanités, il prendra sa retraite douze ans plus tard, à l’âge de 59 ans, et n’en sortira plus que pour de rares occasions, télévisées notamment. Il meurt en 1985, âgé de 78 ans, et est enterré à Sievering, le quartier des Heuriger.

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