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«Le seul pays civilisé où les impôts sont payés en nature»: déjà en 1854 la Grèce suscitait des avis sévères

Portrait d'Edmond About Félix-Henri Giacomotti via Wikimedia CC License by

Portrait d'Edmond About Félix-Henri Giacomotti via Wikimedia CC License by

Dans un ouvrage consacré à la Grèce, Edmond About, écrivain français mishellénique du XIXe siècle, n'y allait pas de main morte. Mais ses observations sont à prendre avec des pincettes.

Slate vous a parlé du philhellénisme français, mais cette bienveillance envers la cause grecque avait, dès le XIXe siècle, son pendant négatif: le mishellénisme. Cette tendance intellectuelle se réveille quelques années après l’indépendance de la Grèce, en 1830, et dépeint la Grèce comme un pays d’arriérés, méprisable à ce titre, et se moque des parallèles entre la Grèce antique et la péninsule de l'époque.

L'homme de lettres Edmond About, membre de l’École française d’Athènes entre 1851 et 1853, est une figure de proue de ce mouvement. On trouve dans son ouvrage La Grèce contemporaine, qu’il publie en 1854, des accents voisins du ton employé par les détracteurs de la Grèce d’Alexis Tsipras qui a majoritairement répondu «Non» au référendum portant sur les propositions des créanciers.

Fils d’épicier, c’est au registre des gros sous qu’Edmond About inscrit ici sa critique:

«Le régime financier de la Grèce est tellement extraordinaire et ressemble si peu au nôtre que je crois nécessaire, avant d’entrer dans les détails du budget, de placer ici quelques observations générales.»

Et le futur académicien commence, de sa plume étonnée, en disant que «la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute», martèle que l’argent ne rentre pas dans les caisses, que «la Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature», affirme que l’État est incapable de récupérer les sommes qui lui sont dues. Enfin, la Grèce apparaît à Edmond About comme une sorte de village. Il y voit la racine des problèmes financiers grecs:

«Lorsqu’on se tutoie et s’appelle frères, on trouve toujours moyen de s’entendre. Tous les Grecs se connaissent beaucoup, et s’aiment un peu: ils ne connaissent guère cet être abstrait qu’on appelle l’État, et ils ne l’aiment point.»

Vision idyllique

La Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute

Edmond About

D’après ces quelques lignes, le tableau qu’About dresse de la Grèce ne fait pas dans la nuance: impéritie de l’État, amateurisme fiscal, corruption généralisée.

Mais comment la Grèce d’About fait-elle pour survivre alors? C’est simple, si on ne vante pas encore la «générosité» allemande, le journaliste du XIXe siècle évoque déjà celle des pays européens qui ont aidé la Grèce à obtenir son indépendance (la France, le Royaume-Uni, la Russie):

«Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négociât un emprunt à l’extérieur.»

Une vision idyllique de l’action des puissances étrangères sur la Grèce mais que tous les observateurs ne partagent plus aujourd’hui (et probablement pas à l’époque non plus). Ainsi, dans La Tribune, Romaric Godin notait, il y a quelques mois, que les Européens avaient «imposé un fardeau financier» à la Grèce au moment de son indépendance. Le prix de la protection, sans doute. 

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