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Tsipras au piège des solutions blague et des promesses magiques

Alexis Tsipras dimanche soir (REUTERS/ERT/Pool T)

Alexis Tsipras dimanche soir (REUTERS/ERT/Pool T)

Le Premier ministre grec doit se servir de sa victoire au référendum pour réformer en profondeur une économie en panne de croissance. Le bras de fer autour de la dette n'est qu'un leurre.

Le passage est étroit. Le gouvernement Tsipras doit proposer des réformes «sérieuses et crédibles», selon les mots de François Hollande, et, en échange, il n’obtiendra pas grand chose de plus des Européens. Pas grand chose sauf éventuellement une déclaration sur une renégociation des dettes, dont curieusement Syriza a fait sa mesure phare alors qu’il s’agit, à l’heure actuelle, un problème mineur. La Grèce, en vérité, a déjà obtenu de repousser les paiements de dettes à 2025. Tous les paiements dont on parle aujourd’hui sont des remboursements de crédits revolving: Athènes paie le FMI avec l’argent de l’Europe mais il n’y a pas de remboursement stricto sensu, la Grèce en déficit en serait d’ailleurs incapable.

 

La question de la dette peut néanmoins servir de trophée à Alexis Tsipras. Ce sera faux mais, vue de l’intérieur, ce sera une victoire. Soit.

Le passif de la classe politique grecque

Toutefois, cette histoire de remise de dettes n’est pas si facile à organiser. Pourquoi les Grecs et pas d’autres? Les Irlandais n’avaient rien eu pour leurs banques, les Grecs ont eu une forte remise, un bailout, pour la dette privée. Faut-il encore une fois leur donner un traitement de faveur? Au nom de quoi?

Des richesses respectives? Non, beaucoup de pays du nord sont moins riches. Au nom de la «souffrance»? Mais si le PIB a perdu 25% depuis 2010, il avait gagné 50% depuis l’entrée dans l’euro? Le gain reste gros. Si souffrance il y a, et elle est réelle pour la moitié de la population, c’est dû à la classe politique grecque qui n’a pas su la répartir. Les impôts ont été multipliés par quatre pour le bas de l’échelle des revenus contre une hausse de seulement 9% pour les riches. Alexis Tsipras n’a guère changé ces inégalités, il n’a en tête que de compenser les plus pauvres, non pas avec l’argent pris aux riches, mais avec l’argent venu de l’extérieur. Pourquoi ce serait aux autres Européens de payer pour l’incapacité des politiques grecs?

Devoir de se compromettre

Le référendum permet sans aucun doute au Premier ministre de réaffirmer son autorité personnelle. D’où au passage le limogeage pur et simple de Yanis Varoufakis, le héros des frondeurs en France. Il solidifie une autorité ébranlée au sein de Syriza mais au-delà de son camp puisqu’après sa nette victoire tous les partis lui ont accordé un mandat pour négocier. Mais la question posée, accepter ou pas le plan européen, et surtout le ton de la campagne, le forcent à se durcir vis-à-vis de l’intérieur. Il a mandat pour se battre. Vis-à-vis de l’extérieur, il doit faire l’inverse: comprendre que les Européens n’iront pas beaucoup plus loin. Il a devoir de se compromettre. C’est un piège.

On regarde toutes les dettes en Europe et on en mutualise éventuellement une partie dans un mécanisme commun. Il faudrait le faire de façon juste et organisée

Il peut s’en sortir en faisant valoir qu’il aura fait ce qu’il aura pu. Que jusqu’à la dernière seconde il a bataillé. Les Grecs peuvent au bout du compte accepter un texte pas très loin de celui qu’ils ont refusé à 61%, en échange d’une victoire sur la dette qui ne vaut pas vraiment. C’est possible. Tsipras a suffisamment d’aura aujourd’hui pour dire à la Thorez: «il faut savoir terminer une guerre».

L'impératif de réfomer

Le populisme peut-il atterrir? Telle est la vraie question. Après voir raconté non pas des blagues, je vais y revenir, mais des fausses solutions extérieures, un gouvernement élu sur des promesses magiques peut-il s’atteler à l’ingrate charrue des réformes? Déranger nombres de corps établis et de rentiers? Bref devenir social-démocrate. Sauf qu’il devra alors s’atteler à ce qu’il avait mis de côté: trouver un business model pour l’économie grecque, faire ses réformes toujours ajournées, casser les rentes, s’attaquer à l’armée, à la corruption et aux oligarques, voire à l’Eglise. Fera-t-il ces efforts internes après avoir tant expliqué que la solution grecque était ailleurs dans l’abandon de la dette, dans la fin de l’austérité qui signifiait de nouvelles aides?

Quand aux «blagues», à la renégociation de la dette: cette revendication est justifiée, elle s’appuie sur la faiblesse de construction européenne de n’être pas assez fédérale. Mais d’une part, le populisme est pris à revers: la solution n’est pas dans moins d’Europe mais dans plus d’Europe, politique, fiscale et économique. D’autre part,  elle ne peut s’envisager qu’en grand: on regarde toutes les dettes de tous en Europe et on en mutualise éventuellement une partie dans un mécanisme commun. Il faudrait le faire de façon juste et organisée, dans le cadre d’une construction fédérale. Mais le débat sur ce sujet est fermé, pour l’instant, par l’Allemagne qui ne voit-là, pas complètement à tort, qu’une nouvelle manière de la faire payer.

La victoire de l'illusion

Plus d’Europe ou beaucoup moins? L’autre solution est le Grexit. Le populiste resterait populiste, il assumerait les conséquences très austères d’une sortie de la protection européenne. La Grèce dévaluerait de 50%, elle retrouverait une compétitivité mais il resterait à lui donner une économie productive qui exporte. De toutes façons, il faut des réformes, les mêmes en vérité.

Aucun pays n’échappe pas à mettre son économie en ordre, sauf à s’enfoncer dans un déclin argentin ou vénézuélien. La victoire de Syriza en Grèce a été fêtée par les extrêmes, gauche et droite comme la revanche du peuple, comme la défaite de «l’Europe austéritaire». Elle n’est que la victoire de l’illusion: il n’y a pas de magie, il faut se mettre au travail.

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