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Tsipras n’a pas détruit le vieux couple franco-allemand (au contraire)

Le président François Hollandeet la chancelière Angela Merkel au palais de l’Élysée, à Paris, le 6 juillet 2015 | REUTERS/Philippe Wojazer

Le président François Hollandeet la chancelière Angela Merkel au palais de l’Élysée, à Paris, le 6 juillet 2015 | REUTERS/Philippe Wojazer

Paris et Berlin ont développé tout au long de la crise grecque leur traditionnelle concertation souvent à partir de positions opposées.

Solidarité. Responsabilité. Ce sont les deux maîtres mots censés définir la position des partenaires européens de la Grèce après la victoire écrasante du «non» au référendum de dimanche 5 juillet. C’étaient aussi ceux employés avant, comme si la consultation n’avait rien changé. Responsabilité. Solidarité. Les deux mots témoignent de la tension entre les efforts demandés aux Grecs et la disponibilité des Européens à continuer d’alimenter les caisses d’Athènes. Ils couvrent aussi la contradiction entre l’exigence des réformes et l’incapacité à les mener à bien. Leur usage diplomatique masque les divergences entre États européens, notamment entre la France et l’Allemagne. François Hollande et Angela Merkel peuvent s’accorder sur la solidarité et la responsabilité sans mettre le même sens derrière les mêmes mots.

L’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras, au mois de janvier, pouvait donner au président de la République une nouvelle occasion de se présenter en médiateur entre les membres de la Zone euro qui ont des difficultés à respecter le pacte de stabilité et ceux qui, derrière l’Allemagne, appliquent avec zèle les principes de rigueur budgétaire. Cependant les limites de l’exercice sont vite apparues.

La France a peut-être un intérêt politique à vouloir fédérer autour d’elle les pays du sud. Elle n’y a aucun intérêt économique ou financier. Même si elle ne fait pas partie des bons élèves de l’Eurozone, elle se doit de coller au peloton de tête pour ne pas être déclassée, avec tous les inconvénients, notamment en termes de taux d’intérêt de la dette, qu’une appartenance à la deuxième division pourrait comporter. Nicolas Sarkozy l’avait si bien compris qu’il s’est efforcé dans la deuxième partie de son quinquennat de s’accrocher le plus possible à l’Allemagne. En arrivant à l’Élysée, François Hollande a eu des velléités de prendre ses distances par rapport à Berlin, avant de s’apercevoir qu’il ne pouvait obtenir sans risque des dérogations à la règle communautaire s’il n’avait pas l’aval au moins tacite de l’Allemagne. Il est possible qu’Alexis Tsipras en ait fait les frais. Le Premier ministre grec avait été averti par son collègue italien. «François Hollande dira qu’il te soutient, mais il ne fera rien», lui avait dit Matteo Renzi.

Paris et Berlin peuvent s’accorder sur la solidarité et la responsabilité sans mettre le même sens derrière les mêmes mots

C’est une des raisons, ce n’est pas la seule, qui explique les réticences des «pays du sud» à se ranger derrière la France comme derrière un chef de file. Plus que du soutien politique incertain de Paris, ceux que les Allemands appellent avec une certaine condescendance «les pays du club Med» ont besoin de la bienveillance financière de Berlin. Les parentés partisanes entre sociaux-démocrates ou partis de centre-droit ne jouent ici qu’un rôle secondaire.

Doubles langages

Tous ces arguments, ajoutés à la coordination étroite entre François Hollande et Angela Merkel dans le conflit ukrainien, expliquent que Paris et Berlin aient développé tout au long de la crise grecque leur traditionnelle concertation, souvent à partir de positions opposées. Les Allemands sont moins inquiets des conséquences d’un éventuel Grexit que les Français, qui craignent un effet domino sur la Zone euro et les risques géopolitiques.

Le président et la chancelière ont multiplié les entretiens, avec la directrice du FMI, Christine Lagarde, avec le chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avec le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi… Ils ont eu de nombreux apartés avec Alexis Tsipras en marge des réunions du Conseil européen, pour le convaincre d’accepter les compromis proposés par les «institutions». En vain. Le Premier ministre grec avait une autre stratégie.

C’est cette volonté de jouer un autre jeu qui a fait échouer, la semaine dernière, une tentative de François Hollande de s’émanciper de la coopération franco-allemande pour jouer les facilitateurs. Il a tenté de forcer un accord avec la Grèce alors qu’Angela Merkel avait déclaré close la négociation. Après l’annonce du référendum grec, le président de la République pensait encore qu’il était possible de trouver un arrangement, à condition que le référendum soit annulé. Alexis Tsipras lui a-t-il laissé entendre qu’il y était prêt? Toujours est-il que, au moment où François Hollande semblait contredire la chancelière en esquissant un pas vers Athènes, le chef du gouvernement grec confirmait la tenue du référendum. La tentative française avait échoué.

Hollande sait bien qu’aucun accord n’est possible sans l’Allemagne

Pour le président de la République, cette démarche comportait un risque –celui d’être éconduit tout en compromettant ses relations avec Angela Merkel–, et un avantage: il montrait à la gauche du Parti socialiste sensible aux sirènes de Syriza qu’il n’était pas solidaire de ces dirigeants de la droite européenne qui pariaient sur une déconfiture du gouvernement de la gauche radicale grecque. N’avait-il pas lui-même demandé en 2012 une renégociation du pacte de stabilité?

Mais Alexis Tsipras a eu avec lui la même attitude qu’avec la chancelière allemande. Il lui a tenu un double langage, s’engageant en privé et disant le contraire à l’intention de ses partisans. Avec le même résultat. Il a perdu la confiance du président de la République, qui lui a redit, au soir du référendum: «Je suis prêt à t’aider mais aide-moi à t’aider.» En langage moins diplomatique: «Arrête les coups tordus.»

Cette mésaventure a eu au moins le mérite de ressouder le tandem franco-allemand. Sur une base sans doute plus dure que ne l’aurait souhaité François Hollande. Il sait bien cependant qu’aucun accord n’est possible sans l’Allemagne, où la marge de manœuvre de la chancelière dans l’opinion et dans son propre parti est plus étroite qu’on ne l’imagine parfois. Peut-être peut-il convaincre Angela Merkel que l’accent doit être mis en Grèce moins sur les ajustements budgétaires que sur la réforme de l’État et de la société. Mais qui fait encore confiance à Alexis Tsipras pour rompre avec le vieux système?

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