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Le nouveau ministre grec de l'Economie est visionnaire

Euclide Tsakalotos, le 10 mai 2015. REUTERS/Kostas Tsironis.

Euclide Tsakalotos, le 10 mai 2015. REUTERS/Kostas Tsironis.

La preuve avec un article de 1991.

Nommé, lundi 6 juillet, ministre de l'Economie du gouvernement Tsipras à la place de Yanis Varoufakis, Euclide Tsakalotos a, comme son prédécesseur, enseigné en Grande-Bretagne: après avoir passé sa thèse à l'université d'Oxford, il a enseigné pendant trois ans à l'université de Kent. C'est à cette époque-là qu'il a écrit, en 1991, un article dans le Journal of Public Policy intitulé «European Monetary Union and Macroeconomic Policy in Southern Europe: the Case for Positive Integration», où il analysait l'intégration de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce, les trois derniers entrants de la CEE, dans le mécanisme européen de taux de change. Une analyse dont les problématiques résonnent de manière intéressante avec la situation actuelle.

Dans cet article coécrit avec Heather D. Gibson (aujourd'hui économiste à la Banque de Grèce, et son épouse à la ville), Tsakalotos soulignait notamment les problèmes particuliers qui se posaient aux économies du Sud de l'Europe, «les plus faibles de l'UE», avec toute une série de «problèmes structurels: secteur industriel et financier sous-développé, importance démesurée de l'agriculture», ainsi que des niveaux d'inflation et de dette plus élevés. Il soulignait également l'importance économique pour ses pays, politiquement très polarisés et vcitimes d'une forte évasion fiscale, du «seigneuriage», c'est à dire du privilège de battre monnaie –privilège évidemment perdu depuis avec l'intégration à la zone euro.

«Dans n'importe quel scénario raisonnable d'intégration monétaire, des coûts sévères en terme de potentielle déstabilisation des conditions économiques et financières, et de perte d'autonomie fiscale et monétaire, sont probables», estimaient les deux auteurs. Ces derniers appelaient donc à une intégration progressive (on sait que cela n'a pas été le cas, puisque la Grèce est entrée, de manière surprenante, dans l'euro dès 2002) ou à «deux vitesses»:

«Nous affirmons que l'Europe du Sud devrait adopter une approche "graduelle" de sa participation à l'Union économique et monétaire. La spécificité de son contexte économique nécessite que ses économies aient le temps de s'ajuster et d'apprendre les "règles du jeu" aux différentes étapes du processus d'union.»

Les deux auteurs réclamaient aussi, plus largement, que l'Union européenne ne se contente pas d'une intégration «négative» (abolition des monnaies nationales, des contrôles des changes, des différentes barrières entre pays, etc) mais procède aussi à une intégration positive, avec un budget de l'Union européenne plus élevé permettant de développer des stabilisateurs budgétaires, une plus grande coordination des politiques fiscales, une expansion des fonds structurels... Pas sûr qu'Euclide Tsakalotos ait le temps d'aborder ces sujets lors des négociations tendues qui s'annoncent avec ses dix-huit partenaires de la zone euro.

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