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«Comment me sortir de cette relation toxique?»

«Perdue dans ses pensée», par Wilhelm Amberg.  License CC, via Wikipedia.

«Perdue dans ses pensée», par Wilhelm Amberg. License CC, via Wikipedia.

Cette semaine, Lucile conseille une femme qui vient de quitter un homme qu'elle a du mal à oublier, même si elle est troublée par une nouvelle personne.

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Après un an et demi, et suite à une énième dispute, mon compagnon et moi avons décidé de mettre un terme à notre relation. Les disputes ont toujours eu le même motif: cette fille. Sa grande amie, si merveilleuse à ses yeux, avec qui il n'a pourtant partagé que quelques soirées arrosées à l'adolescence, rien de transcendant comparé à tous nos projets, nos voyages... Ma jalousie excessive a peu à peu intoxiqué notre relation toute entière. Pourtant, rien de bien méchant dans celle qu'il entretient avec elle: des messages sur son téléphone et les réseaux sociaux, des invitations chez elle, à la mer, toujours avec d'autres personnes. Mais je ne sais pas pourquoi, je ne l'ai jamais sentie. Mes expériences passées m'ont souvent (voire toujours) donné raison sur ce point, j'ai un sixième sens pour ressentir les rapports ambigus. De plus, elle est au courant de la situation de crise dans laquelle nous nous trouvons (des amis en communs l'en ont informé) mais, au lieu de mettre un frein, elle continue de vouloir se l'accaparer dès que possible, l'air de rien, comme si elle ne supportait pas de ne plus être la fille au centre de sa vie. Elle est pourtant en couple...

Au début de notre histoire, tout se passait bien. Des moments de complicité, des passions en commun, faisaient que je tolérais la présence de cette fille. Peu à peu, et pour de nombreuses raisons autres que celle-ci, les disputes sont devenues plus fréquentes, plus intenses, pour devenir omniprésentes et d'une violence inouïe. J'ai réalisé en emménageant avec lui (chose qui n'a duré que quelques mois) que nos visions de la vie n'étaient pas compatibles.

À côté de cela, nous avions toujours fini par nous rabibocher. La relation reprenait un peu de verve, avant de s'essouffler à nouveau, et de plus belle. Au bout d'un certain temps, les choses devenant trop compliquées à gérer pour moi émotionnellement, mais ne voulant pas non plus lui demander de couper les ponts avec elle, je lui ai demandé d'exposer clairement mon ressenti à cette fille, et de lui expliquer que ses invitations à répétition, ses surnoms intimes, ses photos publiées sur les réseaux sociaux où elle est allongée sur lui, commençaient à nuire de façon dangereuse à notre relation, et surtout à ma santé mentale. La sienne en pâtissait également, à cause de mes crises de nerfs excessives. Il n'a jamais été capable de lui en parler, préférant préserver sa relation avec cette soi-disant «juste amie» plutôt que notre couple.

Le pire dans l'histoire, c'est les mots que l'on se dit lorsque l'on est énervés

Le pire dans l'histoire, ce sont les mots que l'on se dit lorsque l'on est énervés. Ayant dû faire face au deuil d'une personne très chère à mon cœur, j'ai traversé une longue période de dépression et ai développé une peur panique de l'abandon. Je me suis posé beaucoup de question sur ma santé mentale durant cette période, au point d'envisager la prise d'antidépresseurs, l'internement en HP, et parfois même le suicide. Plusieurs essais de thérapies chez différents psychologues n'y ont rien changé. Connaissant mon parcours, il n'arrêtait pas de m'insulter, presque tous les jours, de «salle folle», me disant que je devrais «aller me faire soigner», que, de toute manière, je finirais seule car personne ne voudrait jamais d'une personne dérangée comme moi. Appuyer là où ça fait mal, me rabaisser, afin de me convaincre que je ne valais rien, et donc avoir une emprise totale sur moi.

Il avait également la sale manie de ne jamais répondre au téléphone, me laissant parfois plusieurs jours en tête à tête avec son répondeur téléphonique, dans un état lamentable. Je n'ai pas toujours été tendre non plus, notamment avec mes insinuations, mes questionnements, mes accusations, mais je ne me suis jamais servie des points sensibles de son passé pour le blesser.

Une rencontre

Il y a trois semaines, nous nous sommes séparés, de façon définitive cette fois. Les deux premières semaines furent difficiles pour moi. Il refusait de me voir la plupart du temps, et quand il acceptait cela finissait toujours mal. Puis j'ai arrêté de me battre, je me suis doucement faite à l'idée que notre histoire été terminée.

Une rencontre m'y a beaucoup aidé. La rencontre de cette fille. Oui, une fille! Moi qui suis pourtant totalement hétéro, j'ai eu un véritable coup de cœur. Il s'agit de ma nouvelle colocataire, elle, bisexuelle. Nous avons tout de suite accroché grâce à notre passion pour la musique. Au fil des soirées passées à jouer de la guitare et chanter ensemble, de fous rires et des longues heures de discussion de plus en plus personnelles, nous avons appris à nous découvrir. Elle a elle aussi traversé une période très sombre, suite à une déception amoureuse, avant de se relever. Nous avons tout de suite senti que le courant passerait.

Elle est si jolie, pétillante, pleine de vie, douce, cultivée... En plus de cela, elle me complimente tous les jours sur mes vêtements, sur la personne que je suis en général... Et c'est très agréable pour moi qui étais plus habituée aux insultes et aux propos rabaissants depuis quelques mois. Petit à petit, une complicité tactile s'est aussi installée. Nous nous faisions des câlins le soir devant la télé, des massages, des bisous sur la joue le matin avant d'aller travailler, à chahuter comme des gamines dans la piscine... Des choses qui auraient été inconcevables pour moi, si pudique de nature. Je ne sais pas pourquoi mais, avec elle, tout est facile, tout est naturel. Parfois j'ai envie de l'embrasser, mais je me contrôle, me disant «N'importe quoi, tu n'es pas lesbienne, c'est ridicule». Pourtant, elle me trouble et, en même temps, je suis vraiment moi-même à ses côtés. J'ai souvent envie de la voir, de lui écrire, de passer des moments avec elle... Sans pour autant que cela me ronge, comme c'était le cas avec mon ancien compagnon.

Problème, elle est en couple. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une relation très sérieuse, c'est quand même un obstacle pour envisager quoi que ce soit. En plus de cela, c'est une personne assez libre. Je ne suis pas sûre qu'elle recherche la même chose que moi pour le moment. Pourtant, sans vouloir me faire de films, ses mots et ses gestes envers moi semblent dire que je lui plais aussi. Je déménage bientôt de la colocation vers mon propre appartement. Nous abordons souvent le sujet, et nous nous sommes promis de nous voir très souvent, presque comme si l'idée de ne plus être si proches nous angoissait déjà.

Les doutes

Alors que je commençais à tourner la page, à ne plus du tout donner signe de vie à mon ancien compagnon et à profiter de ces nouveaux moments de complicité, j'ai reçu un appel. Mon ex propose de me voir. Instinctivement je refuse. Il me répond: «Alors, puisque tu ne veux pas me voir, je pars à la mer avec A.» (la fille qui est la cause principale de notre rupture, dont je vous parlais plus haut) Le choc... La déception... Le sentiment de trahison... Je me suis effondrée. Comment, lui qui n'a jamais rien fait de fou pour me séduire, ni rien de sage pour me garder, peut-il partir à 300 km, en pleine nuit, pour retrouver la personne qui a causé notre perte? Il savait que cela me briserait le cœur, que ce serait impardonnable à mes yeux, mais il l'a fait quand même, me laissant seule à me tordre de douleur sur le carrelage, sans remords. Encore une fois, la personne qui a su trouver les mots pour me réconforter, c'est ma colocataire. Rassurante, pleine d'empathie et de tendresse, réussissant même à me faire rire au milieu de mes larmes de détresse. 

Le connaissant, il est capable de revenir la queue entre les jambes pour s'excuser et prendre de mes nouvelles à peine son week-end terminé. Et me connaissant, je suis capable de pardonner et revenir encore une fois.

Voila mon dilemme. Selon vous, dois-je continuer à croire en cette histoire et pardonner son comportement, que je trouve pourtant hors limites? Ou bien, comment me sortir une bonne fois pour toute de cette relation toxique, où règnent la peur, la suspicion, la violence, la jalousie? Au fond, le problème ne vient-il pas de moi? Dois-je continuer ce jeu de séduction, quitte à un jour devoir assumer cette relation homosexuelle auprès de mes proches qui ne comprendraient pas ce changement soudain, et m'en voudraient sûrement? Et déjà, est-ce une bonne idée d'entamer une relation avec une personne aussi fragile que moi émotionnellement, et prendre le risque pour toutes les deux de souffrir encore et replonger? N'est-ce pas aussi simplement le fruit de mon imagination, une simple quête d'attention et d'affection?

Mon témoignage est un peu long, si banal, mais je ressens aujourd'hui le besoin de me confier, et aussi la nécessité d'avoir un avis extérieur pour parvenir à faire la part des choses et avancer.

Riri

Chère Riri,

Votre problématique est en deux parties, parlons déjà de la première. Vous en avez conscience, la relation avec votre ex était toxique. Il n’y a pas d’excuse ou de justification à traiter une femme qui souffre de folle pour l’insulter, à amplifier la souffrance en jouant sur l’ambiguïté de ses sentiments. L’attitude qui consiste à vous jeter au visage qu’il part retrouver «son amie» pour un week-end parce qu’il a été déçu par vous est immature et montre bien qu’il n’a aucune capacité à vous offrir le couple stable et sécurisant dont vous avez besoin. Il y a trois semaines, vous avez trouvé le courage de vous sortir de cette spirale qui vous enfonçait au plus bas, je ne peux que vous en féliciter. Maintenant, il n’est pas question de revenir en arrière sous prétexte que les torts seraient de votre côté. Vous avez peut-être des torts, mais son attitude à lui est impardonnable. Parce qu’il a joué avec vous, parce qu’il s’est amusé de vos faiblesses, parce qu’il en a profité pour exercer une emprise sur vous. Emprise, qu’il exerce toujours un peu puisqu’il peut en un coup de téléphone vous tordre de douleur et vous faire douter de vous-même. La libération va prendre du temps, mais vous avez raison de vous en tenir à cette ligne et à refuser de le revoir.

Cette personne vous fait du bien, elle est là pour vous. Elle trouve les mots et les gestes qui vous réconfortent. Pourquoi chercher à vous en protéger?

Concernant votre colocataire, je ne peux que vous conseiller de vous laisser guider par votre instinct. Après une rupture, ou même juste une période difficile à traverser, vous avez tout à fait le droit de vous complaire dans une relation sans nom ni définition qui vous stimule et vous rassure. Vous devez comprendre que vous avez le droit au bien-être. Il s’avère que la personne qui vous fait vous sentir bien est une femme. Cette personne sait ce qu’elle fait, elle est majeure et consentante, elle vous aime bien. Vous méritez de votre côté qu’on s’occupe de vous et qu’on vous traite enfin comme une personne à part entière. Est-ce que de cette situation va découler une histoire d’amour? Franchement, je n’en sais rien. Tout d’abord parce que la question du sexe ne semble pas s’être encore posée (vous n’en parlez pas) et aussi parce que vous semblez encore fragile (la réaction de vos proches doit  franchement être une inquiétude secondaire, ou même pas une inquiétude du tout, si vous sautez le pas et trouvez enfin l’amour qui vous convient).

Mais cette personne vous fait du bien, elle est là pour vous. Elle trouve les mots et les gestes qui vous réconfortent. Pourquoi chercher à vous en protéger? Il faut que vous preniez conscience que vous ne pourrez pas trouver votre équilibre sans prise de risque. Ça fait partie de la vie. Ça fait partie de l’amour. Se lancer dans une nouvelle relation, c’est toujours jouer à pile ou face. Et ceux qui souffrent, et ont souffert le martyre, s’y relancent pourtant à cœur perdu, dans l’espoir de trouver enfin le bonheur. Vous protéger de la souffrance à tout prix vous éloignera aussi de la beauté et de l’amour, j’en ai bien peur.

D’autre part, je ne crois pas aux étiquettes comme «je ne suis pas lesbienne». Vous avouez de vous-même une attirance pour une femme. Ça ne fait pas de vous une lesbienne, soit. Mais ça vous éloigne aussi de la stricte étiquette d’hétérosexuelle. Les gens sont complexes, les sentiments et la sexualité sont complexes et il est dommage de se fermer des opportunités de plaisir uniquement parce qu’on a porté une casquette d’hétérosexuelle toute sa vie. Les gens changent, les désirs aussi. Ne vous fermez pas de portes. Vous êtes troublée, assumez-le. C’est une chose qui ne peut que vous enrichir.

Et si, à un moment donné, cette femme avec qui vous partagez quand même beaucoup de votre quotidien et à qui vous ne cachez pas vos failles, vous donne envie de l’embrasser, alors embrassez-la. Ce sera un baiser pour vous, plus près de vos envies et de vos émotions. Qui sait où ce baiser va vous emmener? Il reste le premier pas sur une route qui ne mène qu’à votre bonheur. 

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