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Des économistes comparent l'Europe de 2015 à celle de l'été 1914

Volontaires britanniques en août 2014 Gsl-Commonswiki via Wikimedia CC License by

Volontaires britanniques en août 2014 Gsl-Commonswiki via Wikimedia CC License by

Ces allégories historiques tentent de rendre compte d'un certain catastrophisme ambiant. Au risque de tout mélanger.

En littérature, les analogies permettent souvent d’enrichir le sens d’un livre, en histoire, elles inspirent la réflexion, aident à mieux voir les logiques sous-jacentes aux événements… mais en économie, faire une analogie s'avère souvent être une mauvaise idée.

Ricardo Hausmann, économiste et professeur à Harvard, n’était pas satisfait du choix grec dimanche 5 juillet au soir. Et encore s’agit-il d’un doux euphémisme dans la mesure où il conclut ainsi son statut facebook, incrédule devant le «Non» hellène et surtout devant le soutien affichés selon lui par ses confrères Paul Krugman et Jeffrey D. Sachs

«Les Grecs pourraient bien être tout aussi contents de leur ‘victoire’ du jour que les européens l’étaient à l’été 1914.»

En lisant le papier de son collègue Paul Krugman dans le New York Times, une chose étonne cependant: le prix nobel désigné de 2008 et le professeur d’Harvard partagent le même goût de la comparaison expéditive entre le spectacle européen offert en 2015 et le vieux monde à l’aube de la Première Guerre mondiale.

La version moderne de l’«esprit de 1914»

Krugman commence à pointer une des principales raisons selon lui de l’achoppement des Grecs et des créanciers au moment de s’accorder sur un texte commun: 

Certains acteurs majeurs semblent étrangement fatalistes, volontaires voire anxieux d’aller à la catastrophe

«Pourquoi les acteurs ne parviennent-ils pas à conclure un accord profitable aux deux parties? Une part de la réponse tient au manque de confiance réciproque.»

Mais, là où Hausmann ne faisait qu’une allusion allusive à l’été 1914 et à ses ombres meurtrières, Krugman, lui, définit «l’esprit de 1914» qu’il voit circuler en Europe.

«Certains acteurs majeurs semblent étrangement fatalistes, volontaires voire anxieux d’aller à la catastrophe –une sorte de version moderne de ‘l’esprit de 1914, à cause duquel beaucoup étaient enthousiastes à l’idée de la guerre. Ces acteurs se sont convaincus eux-mêmes que le reste de l’Europe pouvait rester indifférente à une sortie grecque de la zone euro, et qu’une telle sortie pourrait même avoir un effet salutaire en montrant ce qu'il en coûte d'adopter un mauvais comportement», affirme Krugman.  

Un pari qui lui semble néfaste à la fois pour les Grecs et pour leurs partenaires européens.

En dehors de la pertinence ou non de ces comparaisons entre l’Union européenne de 2015 et l’Europe au bord du premier conflit mondial, il se pourrait que l’idée d’un «enthousiasme» de foules allant à la guerre avec la fameuse «fleur au fusil» soit elle-même une vue de l’esprit. Aujourd’hui, la plupart des historiens ont rejoint la position du Français Jean-Jacques Becker qui estimait que l’état d’esprit des mobilisés tenait davantage d’une «ferme résolution» que d’une joie quelconque.  

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