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À Marseille, la French Tech commence à tenir la grande promesse numérique

Le projet de campus à l'américaine d'Aix-en-Provence

Le projet de campus à l'américaine d'Aix-en-Provence

Le label décerné par l'État vise à faire des métropoles des «accélérateurs de start-up» afin de favoriser les investissements dans l'économie numérique et collaborative. Derrière les grandes intentions, où en est-on vraiment?

«La Californie de l'Europe», «visa pour une place au soleil», «la métropole numérique du Sud»: depuis des mois, la presse n'a pas assez de superlatifs pour désigner la métropole d'Aix-Marseille Provence, sorte de totem 2.0 français qui a décroché, en novembre 2014, le label French Tech. Initiée par Fleur Pellerin dès 2013, l'initiative prévoit de mettre en valeur des écosystèmes vertueux et dynamiques en matière de numérique et, ainsi, de favoriser la croissance et l'investissement. Les métropoles ont donc répondu à un cahier des charges pour décrocher le précieux sésame. Et même si celle d'Aix-Marseille ne verra le jour institutionnellement qu'en 2016, son existence réelle ne fait plus aucun doute aujourd'hui, du moins pour les acteurs privés.

Avant de faire le bilan provisoire de la French Tech à l'automne prochain, la secrétaire d'État chargée du numérique Axelle Lemaire, qui a repris et déployé le projet, a décerné en juin son label à d'autres métropoles, y compris New-York. Effet garanti: chacun s'est souvenu qu'après l'euphorie, les acteurs locaux s'organisaient pour construire efficacement la gouvernance dans chaque région. Officiellement, tout va bien. Et les choses avancent correctement. Ainsi Christian Rey, le PDG de l'incubateur Marseille innovation, insistait sur la dynamique «remarquable, à tout point de vue»: 

«On fait mieux qu’avant, avec pour le moment peu de moyens supplémentaires. Mais la frugalité est certainement l’une des pistes d’innovation qui traverse le monde entier aujourd’hui; et qu'une ville comme Marseille peut tout à fait revendiquer pour accélérer sa mutation et réduire sa fracture sociale.» 

En privé, pourtant, certains acteurs s'inquiètent de la lenteur du processus. Il faut d'abord rappeler que ce label n'est en réalité qu'un «titre», un outil de visibilité pour un territoire, qui ne déclenche pas de subventions supplémentaires ou de contrepartie financière. Il n'ouvre aucun guichet nouveau pour lancer sa propre start-up, même si le gouvernement insiste beaucoup sur le chiffre de 215 millions d'euros d'investissements prévus dans le sillage de la French Tech. En effet, 200 millions seront débloqués pour investir, via BPI France (la banque publique d'investissement) dans des «accélérateurs portés par des acteur privés» (dixit Lemaire), sortes de plateformes de création de start-up qui fournissent par exemple du coaching ou de l'accompagnement. 

L'an passé, le numérique représentait 40.000 emplois, 7.000 entreprises et 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires

Des pôles « numériques » déjà bien installés

Jusqu'ici, plusieurs accélérateurs ont déjà bénéficié des premiers financements de la BPI. Les 15 millions restants servent au marketing de la marque, pour attirer des entrepreneurs ou accompagner les talents sur les salons à travers la France. 

«Nous ne sommes pas dans la subvention publique mais dans l'effet de levier. L'effort doit être partagé entre public et privé», prévenait Axelle Lemaire, en février 2015, à l'hebdomadaire Challenges.

«En effet, l'enjeu principal n'est pas de diffuser des subventions publiques, mais de dynamiser un territoire sans argent, explicite à Slate Nicolas Maisetti, chercheur spécialisé en politiques urbaines, qui travaille sur le sujet depuis plusieurs mois, et notamment sur la comparaison entre Aix-Marseille et la métropole nantaise. Pour autant, ça n'est pas que de l'image: il est impossible de ne pas en être. Mais ce label permet surtout de structurer et de rendre visible un territoire.»

C'est là qu'Aix-Marseille fait figure de symbole. Le gouvernement veut faire du numérique l'emblème de la transformation de la ville. En 2014, le secteur représentait 40.000 emplois, 7.000 entreprises et 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires. À Aix-Marseille, le numérique pèse donc désormais autant que le secteur portuaire. Du Pôle média de la Belle de Mai, où naissent et grandissent les meilleures start-up du sud, au technopôle de Château-Gombert, dans les quartiers nord, jusqu'à celui de l'Arbois, à Aix-en-Provence, où Frédéric Chevalier a imaginé The Camp, un campus à l'américaine de 7 hectares et 350 logements, pour la modique somme de 35 millions d'euros, les grands axes de développement sont déjà bien fixés.

Un dispositif léger et flexible

Avec la French Tech, il s'agit de faire de Marseille un territoire propice à l'investissement, notamment privé, qui rechignait jusqu'ici à parier sur la Provence. Parmi ces investissements, The Camp fait figure d'icône. Et ça n'est plus seulement la droite qui défend ce type de projets financés par le privé: fin avril, le vice-président PS en charge de l’économie, Bernard Morel, parlait dans un article de La Marseillaise d’un «campus futuriste» qui sera «un formidable moteur d’attractivité territoriale et de valorisation de la région comme territoire d’innovation».

En réalité, c'est une manière de construire un projet métropolitain sans le dire; mais ça reste très com'

Le chercheur Nicolas Maisetti

Les choses prennent du temps mais elles avancent, à la fois sous le feu des projecteurs et en coulisses. Les 29 et 30 juin, la conférence Shake your ecommerce, au Palais du Pharo, proposait aux entrepreneurs d'imaginer leur commerce connecté... avec le soutien d'Axelle Lemaire. Par ailleurs, un conseil territorial du numérique a été installé en juin, faisant également la part belle aux acteurs privés: sur les 49 membres, 31 en sont issus, 11 représentent le secteur public et les 7 derniers membres proviennent des organismes d'accompagnement. Objectif: la collégialité, pour décider ensemble des orientations stratégiques de la French Tech. Piloté de façon opérationnelle par Medinsoft, une association qui rassemble depuis dix ans 150 entreprises du numérique dans la métropole, le conseil a listé douze actions et s'est fixé un calendrier.

«Au final, c'est un dispositif très agile, léger et flexible, poursuit le chercheur Nicolas Maisetti. C'est aussi une dynamique très centrée sur le secteur privé. En réalité, c'est une manière de construire un projet métropolitain sans le dire; mais ça reste très événementiel, très com'.» 

Jean-Luc Chauvin, président de l'UPE 13, le Medef local, a déjà en ligne de mire un autre atout important pour dynamiser le territoire et lancer la French Tech, comme il l'expliquait à La Tribune

«Nous sommes au balbutiement d'une filière qui se structure. La culture de contestation marseillaise est aussi une culture d'innovation.»

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