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La victoire paradoxale d'Alexis Tsipras

Alexis Tsipras, le 5 juillet 2015. REUTERS/Alkis Konstantinidis.

Alexis Tsipras, le 5 juillet 2015. REUTERS/Alkis Konstantinidis.

Le Premier ministre grec a reçu de ses électeurs un nouveau mandat contre l’austérité, mais il ne peut recevoir les fonds nécessaires à la survie de son pays que des partenaires contre lesquels il a appelé les Grecs à voter.

Dimanche matin, Sandra (le prénom a été changé) en est sûre: «Ce soir, vous allez avoir des surprises!» Elle tient la réception d’un petit hôtel dans une ville touristique de province et sert les clients. Elle a fait des études universitaires mais n’a trouvé aucun emploi correspondant à sa qualification. Depuis cinq ans, son salaire a été divisé par deux, dit-elle, mais elle ajoute aussitôt: «Je suis tout de même contente d’avoir du travail.» Inutile de préciser qu’elle a voté «non».

Alexis Tsipras a joué gros et il a gagné son pari. Ses partisans jubilent. A peine les premières tendances connues, ses conseillers sont tombés dans l’emphase. Le peuple grec a manifesté sa dignité. Il a dit non au chantage, non à la guerre que les créanciers lui mènent. La démocratie l’a emporté sur la volonté hégémonique de l’Allemagne.

Le moment de satisfaction passé, le Premier ministre grec ne pourra échapper à une réalité: son pays est en faillite. Les banques sont fermées et elles ne pourront rouvrir mardi, comme prévu initialement, que si la Banque centrale européenne continue à leur fournir des liquidités. Les distributeurs de billets sont vides; l’argent liquide devient rare. L’économie est à l’arrêt.

Alexis Tsipras a reçu un nouveau mandat contre l’austérité imposée par l’Europe mais il a besoin de recevoir plusieurs milliards des créanciers qu’il dénonce. Sa position de négociation sera-t-elle renforcée par le résultat du référendum? Dans un premier temps, sans doute. Il pourra arracher quelques concessions supplémentaires par rapport aux propositions des «institutions» internationales, qu’il a d’ailleurs déclaré accepter après avoir quitté la table des négociations. Avec une restructuration de la dette que même le FMI considère comme inévitable.

Mais avec l’euro ou sans l’euro, il devra bien revenir aux dures réalités et imposer à ses concitoyens des mesures d’économies, alors que la majorité croit avoir voté contre l’austérité. Et il aura besoin de quelque 50 milliards d’euros au cours des prochaines années pour maintenir la Grèce hors de l’eau. Il ne les peut les recevoir que des partenaires contre lesquels il a appelé les Grecs à voter.

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