Monde / Économie

Les Grecs ont répondu «non». Mais quelle était la question?

Temps de lecture : 2 min

Entre reprise hypothétique des négociations et possible panique bancaire, le scénario de l'après-référendum est des plus flous.

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Dans un bureau de vote de Crète, le 5 juillet 2015. REUTERS/Stefanos Rapines.

«Référendum grec: vous pouvez répéter la question?», titrait samedi Libération. La remarque vaut aussi pour l'après-vote, qui a vu le «non» l'emporter avec, selon les projections du ministère de l'Intérieur, autour de 61% des voix, ce dimanche 5 juillet.

«Gardez à l'esprit que les choses peuvent mal se passer que le résultat soit oui ou non», écrivait dimanche matin l'économiste Tyler Cowen. «Je ne suis même pas sûr que le résultat du référendum fera une telle différence, puisque tout repose sur l'accord qui suivra, ou son absence.» Samedi, le professeur de sciences politiques Joshua Tucker expliquait lui dans le Washington Post que le référendum grec ressemblait à «un jeu d'échecs en trois dimensions mal conçu», où les électeurs grecs étaient à la fois amenés à s'exprimer sur la politique économique de leur pays, sur la confiance qu'ils accordent au gouvernement Tsipras et sur les relations qu'ils veulent entretenir avec la troïka (FMI, BCE, Commission européenne) et les gouvernements de l'Union européenne, ce qui rend l'interprétation des résultats extrêmement compliquée.

Il pointait, par exemple, que les électeurs étaient amenés à s'exprimer sur un plan de réformes que l'Union européenne a déjà retiré de la table des négociations:

«Le référendum [...] sera un vote sur l'acceptation ou non d'un accord qui n'existe probablement pas. (Et si vous trouvez que cela ressemble un peu à deux collégiens qui affirment tous les deux avoir rompu avec l'autre en premier, vous n'en êtes peut-être pas si loin.)»

Et il s'interrogeait aussi sur la position future de la Grèce dans les relations internationales:

«Un vote "non" va-t-il simplement renforcer la position de la Grèce dans les négociations? Ou va-t-il à l'inverse l'affaiblir?»

La première option, celle d'une partie grecque renforcée pour revenir à la table des négociations, figure, par exemple, dans cette note de la banque britannique HSBC. Mais dans un post de blog, l'ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Larry Summers, a estimé que ceux qui pensaient que la négociation pouvait revenir à la situation de la mi-juin ignoraient à quel point la situation avait changé depuis une semaine:

«Le référendum n'est probablement que le deuxième évènement le plus important de la semaine en Grèce. Quel que soit le résultat, les banques grecques vont se retrouver à court de liquidités en début de semaine, probablement lundi.»

Dès lundi sont prévues plusieurs réunions de haut niveau, par exemple du côté des directeurs du Trésor de la zone euro ou encore d'Angela Merkel et François Hollande, qui se rencontreront à l'Elysée.

La question la plus importante, bien sûr, est celle du maintien de la Grèce dans la zone euro: un schéma assez simpliste de la chaîne CNN en a fait la conséquence quasi-automatique d'un «non». Une majorité de Grecs est pourtant pour le maintien de la monnaie unique dans le pays.

Dimanche, dans une interview à la radio allemande Deutschlandfunk, le président du Parlement européen Martin Schulz (SPD) estimait que si la Grèce disait non, elle devrait introduire une nouvelle devise après le référendum. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait lui affirmé que le référendum constituait un vote sur l'appartenance de Grèce à la zone euro. Mais d'autres dirigeants adoptent un ton plus conciliant: Emmanuel Macron a ainsi affirmé dimanche que «quel que soit le vote, nous devons dès demain reprendre des discussions politiques». «Il est évident que, le jour d'après, on devra se remettre à parler», a lancé de son côté dans Il Messaggero le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi.

La seule certitude qu'on peut avoir, c'est qu'Alexis Tsipras (qui n'avait, au contraire de son ministre des Finances Yanis Varoufakis, pas annoncé qu'il démissionnerait en cas de victoire du «oui») va pouvoir pour l'instant se maintenir au pouvoir.

Slate.fr

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