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Les antiquités du sang vendues par Daech inondent le marché international

La citadelle de la ville antique de Palmyre, en Syrie, le 28 octobre 2007 | REUTERS/Nour Fourat

La citadelle de la ville antique de Palmyre, en Syrie, le 28 octobre 2007 | REUTERS/Nour Fourat

Le territoire désormais contrôlé par l’organisation Etat islamique s’étend sur une partie de l’Irak et de la Syrie et correspond à une partie de l’ancienne Mésopotamie, berceau de la civilisation et à ce titre site archéologique primordial. Or l’organisation, qu’on sait peu sensible aux vestiges de l’antiquité et qui a déjà détruit des sites archéologiques, revend de nombreuses pièces qui envahissent le marché international.

C’est le cas notamment à Londres, écrit le Guardian, dont la journaliste s’est embarquée avec l’archéologue spécialiste du Moyen-Orient Mark Altaweel dans un tour des antiquaires de la ville pour le vérifier. Officiellement, personne n’a jamais acheté de statuettes, de poteries ou de pièces en provenance des sites contrôlés par Daech, mais pour le spécialiste plusieurs articles sont suspects. Il existe de nombreuses manières de camoufler le contexte dans lequel les antiquités ont été acquises, et les acheteurs gardent rarement de traces écrites des transactions. Et si on peut dater assez précisément les œuvres et identifier leur provenance, en revanche il est très difficile de savoir si elles ont été vendues pendant la période de conflit. D’autant que les acheteurs peuvent attendre plusieurs années avant de remettre les pièces sur le marché.

Selon l’Unesco qui s’en est inquiété récemment, le pillage d’antiquités en Irak et en Syrie a lieu à une échelle industrielle. Comme l’explique l’archéologue syrien Amr al-Azm interrogé par le Guardian, les pratiques de fouille et de revente illégales avait déjà cours dans la région, et «quand Daech est arrivée, elle a repris le pillage et l’a institutionnalisé».

Car l’organisation mène une guerre et, si le pétrole lui assure l’essentiel de son financement, le business des antiquités constitue une source de revenus non négligeable. Daech a donc organisé l’activité sur son territoire, en prélevant d’abord une taxe de 20% sur les fouilles qu’elle autorisait, puis en recrutant carrément ses propres archéologues et en s’impliquant directement dans l’activité commerciale. Les pièces transitent par la Turquie ou le Liban, et finissent sur les places de marché européennes. Personne ne peut assurer la traçabilité des objets. On les appelle les antiquités du sang, comme on parlait de «diamants du sang» à propos des marchandises vendues par des groupes armés lors de conflits pour se financer. Mais ce n’est pas la préoccupation de la plupart des acheteurs, bien que les maisons les plus réputées commencent à faire attention à la provenance des objets.

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