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Sept conseils à Alexis Tsipras pour mener une contre-attaque médiatique

REUTERS/Pawel Kopczynski.

REUTERS/Pawel Kopczynski.

Le gouvernement se doit d’agir rapidement pour contrer les effets pervers d’une narration qui lui échappe.

Chacun possède un avis sur la crise qui secoue la Grèce, et par extension l’Union européenne. Ce n’est pas la première fois que le destin du monde semble se jouer dans les cités grecques. Cette nouvelle tragédie passionne ou effraie, mais pourrait tendre vers une fin heureuse si le gouvernement d’Alexis Tsipras maîtrisait mieux sa communication. Voici quelques conseils à l’attention de la Grèce, afin que cette crise ne vire pas à la comédie et ne finisse pas en drame.

1.Changer la narration

La crise grecque est largement perçue comme l’histoire d’un pays qui entend se la couler douce au sud alors que d’autres travaillent dur au nord. Cette opposition est classique et on la retrouve souvent au sein même des pays, comme en France, où les sudistes sont supposés farnienter, ou en Italie, où la Ligue du Nord a fédéré les mécontents qui en ont assez de payer des impôts pour ces fainéants de Palerme et de Naples. En voulant mettre la Grèce au pas, on la stigmatise et la désigne comme le bouc émissaire d’une Europe en panne d’inspiration. L’Union européenne en profite pour essayer de redorer un blason déjà bien décoloré par les précédents référendums piteux ou par les attaques en règle des dirigeants des grandes puissances, comme David Cameron, qui menace de quitter une Union dont le Royaume-Uni fait à peine partie.

La Grèce doit donc changer la narration et expliquer les enjeux pour montrer qu’il ne s’agit pas de l’histoire d’une nation de mendiants qui tend une nouvelle fois la sébile, mais bien d’un pays qui tente de s’en sortir en considérant toutes les options.

2.Tsipras doit s’adresser directement aux opinions publiques internationales, pas seulement aux Grecs

Alexis Tsipras est un quasi-inconnu sur la scène internationale. Lorsqu'il prend la parole, il s’adresse aux Grecs au lieu de communiquer directement avec les opinions publiques internationales, comme a pu le faire Vladimir Poutine par le passé par le biais du New York Times. Il est essentiel que le Premier ministre grec consacre une partie de son temps à communiquer sur sa version de la crise en choisissant avec soin quelques médias de portée internationale.

La communication est toujours jugée comme une perte de temps par les gens «sérieux», mais dans ce cas, Tsipras doit rallier tous les soutiens possibles dans une situation difficile où les opinions publiques ne lui sont pas favorables. On se doute que Tsipras manque de temps; il devrait toutefois en trouver pour se rallier les opinions occidentales par le biais de quelques interviews ciblées.

3.Le gouvernement doit arrêter de cibler sa communication sur la plage et le fun

La Grèce est déjà une destination de choix pour les touristes, qui s’y rendent pour ses plages éblouissantes, son patrimoine culturel renversant et son art de vivre à prix très abordables. Tout le monde a compris qu’il fait bon être touriste en Grèce, comme en témoignent les nombreux clips à la gloire de Mykonos ou de Santorini.

La réalité du pays n’est pas faite que de fêtes et de plaisir à siroter un ouzo en regardant la mer danser le sirtaki. Les Grecs sont ceux qui travaillent le plus en Europe. Leur productivité n’est pas très élevée, mais c’est un peuple travailleur, bien loin des clichés développés pendant des années pour favoriser le tourisme de masse.

Il serait temps que l’axe de promotion de la Grèce ne se résume pas uniquement aux plaisirs de Dionysos mais fasse également la part belle à Hermès, divinité, entre autres, du commerce. La diplomatie publique grecque doit montrer une Grèce travailleuse et faisant jeu égal avec les pays développés pour rompre avec son image «dépravée». Ce qui n’empêche pas le plaisir de temps en temps.

4.La Grèce doit se méfier de ses «soutiens»

En France, Jean-Luc Mélenchon soutient haut et fort le gouvernement mené par Alexis Tsipras et clame qu’ils ont les mêmes valeurs. Pourtant, Syriza n’est pas le Parti de gauche et la France n’est pas la Grèce. En expliquant la crise grecque au prisme de la situation française, Mélenchon brouille les cartes et donne l’impression que soutenir Tsipras et son gouvernement revient à soutenir Mélenchon. Les deux hommes sont très différents, tout comme leurs formations ne sont pas si proches malgré une revendication de gauche radicale.

La Grèce doit faire attention à ses associations car elles peuvent parfois être contre-productives, comme dans le cas de la France où beaucoup rechignent à soutenir les «amis grecs de Mélenchon». Syriza doit donc choisir avec soin ses alliances, basées non seulement sur une communauté de valeurs, mais également sur un potentiel de rassemblement au niveau européen.

5.La Grèce doit s'appuyer sur ses vrais amis

De par le monde, les amis de la Grèce, qui ne la voient pas comme une destination bon marché pour passer des vacances, se sentent concernés par son sort au point qu’une campagne de crowdfunding a été lancée. Les montants récoltés sont énormes, mais bien loin de pouvoir correspondre à ce que la Grèce doit rembourser. Il semblerait qu’une pression des électeurs sur leurs gouvernements serait plus efficace et permettrait de contribuer à la résolution de la crise grecque sans passer par la charité.

Jean-Luc Godard avait également proposé de taxer l’utilisation des mots grecs. L’idée était farfelue mais rappelait brillamment ce que le monde moderne doit aux cités grecques; qui se doivent de retrouver la dignité qui leur est due après des siècles d’Histoire. La Grèce doit donc utiliser ses réseaux pour contribuer à diffuser sa version de la crise qui la secoue.

6.Une question de look

Lorsque le ministre des finances, Yanis Varoufakis, arrive au milieu de ses homologues, quelques détails le distinguent de la grisaille ambiante des costumes des bureaucrates. Sans cravate, arborant un sac à dos qui se veut cool, Varoufakis entend marquer sa différence de professeur passé par les universités de Sydney, Athènes ou Austin, au contraire des technocrates souvent peu au fait de la noble science qu’est l’économie.

Si on peut comprendre que Varoufakis, en bon universitaire, n’a que dédain pour ses vêtements et que seul lui importe ses compétences ministérielles, il doit aussi prendre en compte les commentaires des médias européens et américains, qui prennent souvent sa nonchalance apparente pour un manque de respect. C’est un détail, mais il serait bon que Varoufakis se mette dans son personnage de ministre en mettant une cravate et en faisant l’acquisition d’une serviette de travail. Ça lui évitera de prêter le flanc à la critique qui ne le prend pas au sérieux parce qu’il refuse les codes associés à son maroquin et permettra à chacun de se concentrer sur ce qui est véritablement important. L’effort de nouer une cravate sera toujours moindre qu’un plan d’austérité et permettra à chacun de respirer malgré le nœud coulant d’une apparente servitude du symbolique morceau de tissu.

7.La Grèce doit raconter son histoire

Même dans les colonnes de Slate, les avis divergent sur la Grèce, comme en témoignent des articles aux conclusions toutes différentes. Chacun y va de son avis, car interprétant la crise en fonction de sa propre vision subjective. La Grèce devrait donc à l’avenir se doter de moyens de communication globaux, à l’instar des grandes et moyennes puissances équipées de télévision en langue anglaise ou à portée mondiale. Sans tomber dans la propagande ouverte comme Al Jazeera ou RT, la Grèce aurait ainsi l’opportunité de proposer sa vision du monde.

La télévision publique avait dû être arrêté faute de moyens financiers. Elle a repris récemment, mais devrait être capable de toucher le monde entier pour expliquer directement l’histoire grecque. L’effort est coûteux, mais peu s’avérer payant. Et les journalistes grecs possèdent largement les compétences pour faire fonctionner une télévision de niveau international.

La communication est partout présente et pourtant on la méprise. Elle est pourtant essentielle en temps de crise, et la Grèce se doit d’agir rapidement pour contrer les effets pervers d’une narration qui lui échappe. On conseillera finalement à Alexis Tsipras et ses équipes de visionner le documentaire Our Brand is crisis, pour rappeler à quel point une crise peut être mise en scène et mettre à bas un pays. Dans ce film, il s’agissait de la Bolivie, mais les similitudes avec la Grèce sont troublantes. Il est temps que le pays de Hérodote, Polybe ou Strabon raconte à nouveau son histoire au monde. Il est temps que l’on parle de la Grèce pour de bonnes raisons.

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