Histoire

Contrairement aux idées reçues, la Grèce antique, elle, ne connaissait pas la crise

Temps de lecture : 2 min

On a longtemps pensé que, pendant l'Antiquité, la civilisation hellène était un géant culturel et un nain économique. Un professeur de Stanford s'inscrit en faux contre cette idée.

Drachmes d'Olympie Groupe de numismatique classique via Wikimedia CC License by
Drachmes d'Olympie Groupe de numismatique classique via Wikimedia CC License by

Contrairement aux idées communément admises par les historiens de la Grèce antique, celle-ci n’était pas un pays pauvre au succès culturel miraculeux mais une région en pleine croissance économique pendant pas moins de sept siècles, soit entre -1.000 et -300. C’est la thèse avancée par le professeur Josiah Ober de l'université américaine de Stanford.

Avec ses étudiants, il a compilé de très nombreuses données archéologiques, documentaires, économiques puis a créé des visualisations informatiques, agrémentées de tableaux qui permettent de se rendre compte de l’évolution des capitaux dans la Grèce de Solon, de Lycurgue ou de Périclès. Le projet s’appelle POLIS.

Au départ, c’est un paradoxe apparent qui a suscité le doute et la soif d’en savoir plus chez Ober: «Comment un pays relativement pauvre et sans croissance a pu développer une telle culture?» La réponse lui est donc apparue au cours de ses recherches. La Grèce antique n’était pas un pays déshérité, et sa bonne santé financière n’a cessé de se fortifier pendant plusieurs siècles.

Sol fertile et thésaurisation

Les données ont appris au chercheur et ses assistants que l’économie de l’époque s’est consolidée de telle manière que le nombre de personnes aisées a été multiplié par 10 ou 15 selon les endroits, en l’espace de cinq cents ans. Une augmentation plutôt faible selon les standards modernes mais impressionnante à une période où la croissance est nulle à peu près partout ailleurs.

Les raisons de la réussite du pays à l’époque? La première, la Grèce n’en est pas un. Elle est alors une constellation de cités-États dont le pouvoir peut s’étendre sur les terres environnant la ville mais guère plus loin, où l’autorité est dispersée géographiquement plutôt que rassemblée dans des mains autoritaires.

Ce facteur de sécurité partiellement démocratique conduit à un deuxième motif de croissance:

«Le système grec a permis l’émergence d’aspects-clés pour la prospérité économique, un sol fertile pour l’innovation et une incitation pour que les gens s’investissent.»

Un dernier élément, à la fois inattendu et vieux comme le monde, explique l’accumulation des devises chez les anciens Hellènes: la thésaurisation, c’est-à-dire le fameux «bas-de-laine» des familles.

Selon Josiah Ober, la croissance économique grecque puis le déclin de sa civilisation constituent un enseignement pour notre temps:

«Cela peut conduire les gens à se rendre compte que le monde qui est le nôtre aujourd’hui ne sera pas nécessairement celui de demain.»

Slate.fr

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