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Et si Israël devenait un ennemi frontal de l'Etat islamique?

Un drapeau égyptien, à la frontière du Nord Sinaï, vu depuis le sud de l'Israël, le 2 juillet 2015. REUTERS/Amir Cohen

Un drapeau égyptien, à la frontière du Nord Sinaï, vu depuis le sud de l'Israël, le 2 juillet 2015. REUTERS/Amir Cohen

L'Etat islamique ne s'est jamais risqué à attaquer frontalement Israël. Mais face aux attaques contre l’armée égyptienne au nord du Sinaï, Israël pourrait bientôt sortir de sa neutralité.

Jusqu'à présent, les miliciens de Daesh n’avaient jamais cherché à affronter Israël. Ni directement au Golan, ni indirectement à la frontière jordanienne. Ils savent bien que la réaction de Tsahal serait immédiate et destructrice; Daesh sait mesurer ses risques.

Jusqu’à présent Israël intéressait peu ces djihadistes dont l’idéologie les pousse à islamiser d’abord les terres musulmanes, et de préférence les États faibles. Ils n’ont jamais soutenu la cause palestinienne et n’ont pas appelé à combattre l’État Hébreu en précisant: 

«Dans le saint Coran, Allah ne nous a ordonné de combattre Israël ou les Juifs qu’après avoir combattu les renégats et les hypocrites»

Le paradoxe de Daesh tient dans sa position contradictoire quand il déclare la guerre totale «aux Juifs et aux Chrétiens». Il est accusé de disloquer le monde arabe dans le plus grand intérêt d’Israël. Les pays arabes accusent Daesh de lâcheté puisqu’il n’ose pas se frotter aux Israéliens qui sont pourtant à un jet de pierre de ses positions. Cela démontre surtout la limite du fanatisme des djihadistes qui savent jusqu’où ne pas aller trop loin. S’ils s’amusaient à tirer quelques obus sur les positions israéliennes, leur disparition de la région serait assurée.

Face à l'Egypte

Mais leur stratégie semble subitement avoir changé puisqu’ils ont décidé de s’attaquer à l’Égypte qui dispose d’un régime fort et d’une armée bien équipée. L’État islamique prend même le risque de s’approcher des frontières d’Israël totalement surveillées par Tsahal. Les  motivations de Daesh sont difficiles à comprendre. Il donne l’impression de suivre à présent les directives d’Abu Bakr Al-Baghdadi qui avait annoncé l’an dernier la création du califat de l’État islamique depuis sa chaire de Mossoul. Il avait demandé cette année à ses partisans de marquer cette même période de Ramadan par une vague d’attentats qui devaient marquer les esprits.

Finie ainsi la légende du terroriste isolé qui agit de son plein gré. Simultanément, le 26 juin, un kamikaze a tué 25 fidèles et blessé 200 personnes dans une mosquée chiite du Koweït. En Tunisie, à Sousse, 39 étrangers ont été tués dans un hôtel de touristes. Enfin, le 3 juillet, en Égypte, une bombe a explosé dans le train Le Caire-Alexandrie. Al-Adnani, porte-parole de l’État islamique a confirmé cette stratégie en précisant qu’il voulait faire «de Ramadan un mois de catastrophes pour les infidèles». 

Daesh prend le risque de pousser Israël à sortir de sa neutralité

En s’attaquant directement à l’armée égyptienne au nord du Sinaï, à Sheikh Zuwaid, proche de la frontière israélienne et en menant une opération militaire de grande envergure, Daesh prend le risque de pousser Israël à sortir de sa neutralité. Il s’agit d’une opération planifiée à grands renforts de moyens, de lance-missiles, de mitrailleuses lourdes et de dizaines de 4x4. De son côté, l’armée égyptienne a riposté avec des hélicoptères Apache et des avions de combat F-16. Les forces égyptiennes et les assaillants ont subi de lourdes pertes, une centaine de morts et de nombreux blessés.

Remobiliser les troupes

Des déconvenues sur le terrain en Syrie poussent les djihadistes à rechercher des victoires sur d’autres terres de conquête. En effet, les combattants kurdes ont chassé de la ville syrienne de Tall Abyad, frontalière de la Turquie, les djihadistes qui l’occupaient depuis plus d’un an. Par ailleurs, le groupe terroriste État islamique a perdu, à la suite de l'intervention de la coalition dirigée par les États-Unis, 26% du territoire qu'il contrôlait en Irak et en Syrie à l'apogée de l'offensive lancée l'an dernier. 

Daesh cherche donc à inscrire une victoire pour remobiliser ses troupes. Toutes les méthodes sont bonnes puisqu’il pourrait aussi contraindre les États-Unis à intervenir si la Force Multinationale, située dans le Sinaï et constituée d’une majorité de militaires américains, était attaquée. En ouvrant un nouveau front, Daesh espère par ailleurs soulager ses troupes en Syrie et en Irak qui subissent les frappes de la coalition.

De la fumée émane du Nord Sinaï, en Egypte, le long de la frontière avec Israël, le 1er juillet 2015. REUTERS/Amir Cohen

Israël, le salut paradoxal des pays arabes

L’État islamique ne représente pas uniquement un groupe d’assassins chargé de semer la terreur mais une organisation dont le but est de réinstaller l’islam à travers le monde,  comme du temps de Mahomet. Il a compris qu’il doit exploiter les jeunes musulmans des pays arabes et d'Europe pour faire remonter son idéologie depuis la base. Ces jeunes arrivent ainsi à communiquer la peur dans tous les pays musulmans qui n’entrevoient plus leur salut qu’à travers Israël, le seul pays disposant d’une armée capable de combattre et de détruire l'EI.

Le rapprochement d’Israël avec la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Égypte a poussé Daesh à envisager d’affronter Israël

La Jordanie, l’Arabie saoudite et même l’Égypte, ont compris la finalité de ceux qui veulent les détruire. Le rapprochement d’Israël avec ces trois États a poussé Daesh à envisager d’affronter Israël, de manière indirecte, via l’armée égyptienne. 

Les Israéliens ne sont pas tombés dans le piège d’une intervention au Sinaï. En revanche, ils fournissent toutes les informations satellitaires dont ils disposent, et ils ont autorisé l’Égypte à introduire plus de soldats dans la péninsule et plus de matériel lourd, limités par les accords de 1979. L’armée égyptienne est capable d’endiguer l’implantation terroriste au Sinaï après avoir isolé la bande de Gaza du Sinaï.

L’Égypte doit réagir au drame douloureux subi par l'armée égyptienne dans sa guerre contre la terreur islamiste. Elle a constaté que cette attaque avait été bien planifiée, à la manière d’une opération militaire. Pour éviter toute infiltration de commandos à l’intérieur d’Israël, Tsahal a décidé d'augmenter ses moyens le long de la frontière à titre de message aux djihadistes. L’Égypte a payé un lourd tribut dans sa lutte contre l'organisation terroriste ce qui met un doute sur les capacités opérationnelles de l'armée égyptienne qui a besoin d’Israël pour les informations sécuritaires provenant des drones de Tsahal. L’attitude ambiguë du Hamas est à souligner car l’organisation qui a mené l’opération est Ansar Bayit al-Maqdes, bras armé d’Al-Qaeda et sous-traitant du Hamas. Ce groupe a abandonné Al-Qaeda pour faire allégeance à Daesh. Cela risque de compromettre le rétablissement des liens entre l’Égypte et le Hamas.

Il est fort probable que cette grave attaque n’entamera pas la détermination du président égyptien Al-Sissi, qui devrait donc intensifier sa guerre totale contre les terroristes du Sinaï. Il semble déjà avoir pris des mesures puisque, le 1er juillet, neuf cadres des Frères musulmans, tous avocats et parmi eux Nasser Al-Hafi ancien membre de l'Assemblée du peuple dissoute en 2012, ont été tués par la police égyptienne. Ils étaient accusés de participer à une réunion pour planifier un certain nombre d'actes de sabotage. Pour se justifier, le ministère de l'Intérieur a déclaré:

«les forces sécuritaires ont  trouvé dans l'appartement des fusils automatiques et des munitions de balles, en plus d'un certain nombre de documents dont l'un avait  pour titre "le combat décisif", et dans lequel figurait un plan intitulé "le jour décisif" comprenant des recommandations adressées aux cadres de la Fraternité, les appelant à être patients et déterminés dans la poursuite du Jihad».

Israël surveille les événements de très près et évitera toute provocation de la part des bandes armées du Sinaï tant qu'elles concentreront leurs actions en dehors du pays. Tsahal a dépêché des troupes en renfort à la frontière égyptienne dans une démonstration de force à destination de Daesh. Par mesure de sécurité, la route 12 qui longe la frontière égyptienne a été fermée provisoirement aux civils. Daesh sait qu’il ne peut pas jouer longtemps avec le feu face à Israël.

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