Science & santé

Canicule: le gouvernement prend le risque de la surchauffe

Jean-Yves Nau, mis à jour le 02.07.2015 à 3 h 29

Douze ans après l’incurie de 2003, la puissance publique n’en finit plus de mettre en scène ses messages d’alerte et de prévention. Au risque de devenir inaudible?

S'hydrater, un des gestes clés en cas de canicule (REUTERS/Regis Duvignau).

S'hydrater, un des gestes clés en cas de canicule (REUTERS/Regis Duvignau).

Le thermomètre grimpe et le gouvernement s'active. Le 1er juillet 2015, Marisol Touraine, accompagnée de Laurence Rossignol, s’est rendue rue de la Santé, dans le XIIIe arrondissement de la capitale. La ministre de la Santé et la secrétaire d’État chargée la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées y ont visité une crèche située au sein d’un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. 

L'occasion de «passer en revue les mesures d’adaptation prises par ces établissements et celles qui pourraient l’être en cas de prolongation de l’épisode caniculaire». Elles ont souligné «la mobilisation totale des autorités sanitaires en prévision et depuis le déclenchement de ce pic de chaleur» et rappelé «les précautions à prendre pour les personnes âgées et les enfants en bas âge face aux fortes chaleurs»Pour faire face à cet épisode de chaleur, la plateforme téléphonique d’information «Canicule» a été mise en place (0800 06 66 66 fonctionne tous les jours, de 9h à 19h (appel gratuit depuis un poste fixe en France). 

Une surveillance diurne et nocturne

On ne compte plus les déplacements ministériels, les conférences de presse, les discours radiophoniques et télévisés consacrés à la prévention des effets sanitaires. Il ne s’agit pas d’annonces particulières mais bien d’opérations de mise en scène. Montrer que, face à la menace climatique diurne et nocturne, le gouvernement veille H24. Pas un bouton de guêtre ne manque dans les opérations de communication.

 Le QG du ministère de la Santé ne fait état que d’une hausse «attendue» des pathologies
en lien direct
avec la chaleur

Et, de fait, tout est prêt, jusque dans les services les plus déconcentrés de l’État français qui «ont engagé des mesures d’information du grand public, des professionnels de santé et établissements de santé et médico-sociaux, et des mesures de gestion et d’anticipation des structures d’accueil et de prise en charge».

Résumons:

– Un dossier spécial est disponible sur le site Internet du ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes pour sensibiliser le public aux gestes de prévention et recenser les mesures prises par les autorités sanitaires pour préparer et gérer cet épisode de forte chaleur.

– Les conseils de prévention, ainsi que les outils élaborés par le ministère chargé de la santé et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) sont accessibles sur leurs sites Internet respectifs.

La carte de vigilance Météo France permet de s’informer deux fois par jour de l’évolution des températures.

Faire oublier l'incurie de 2003

Les autorités sanitaires font en outre savoir, par différents canaux, qu’elles suivent heure par heure l’évolution de la situation. Et à la minute où ces lignes sont écrites l’offre de soins «ne présente aucune tension inquiétante dans les régions concernées par la canicule», «aucun impact sanitaire n’avait été observé à partir des données observées par l’Institut de veille sanitaire». Pour l’heure, le QG du ministère de la Santé ne fait état que d’une hausse «attendue» des pathologies en lien direct avec la chaleur (hyperthermies, déshydratations et hyponatrémies) a été constatée dans plusieurs régions où sévit le début de la canicule.

Celles et ceux qui se souviennent de l’incurie qui a prévalu lors de l’épisode caniculaire de 2003 (15 000 morts prématurées dont une majorité auraient pu être prévenues) peuvent mesurer le chemin sanitaire parcouru en douze ans. Un chemin, il est vrai, d’autant plus facile à parcourir que les mesures étaient d’une stupéfiante simplicité : se protéger de la chaleur, boire en quantité (de l’eau fraîche), faire œuvre de solidarité.

L'épuisement de l'effet de répétition

Il aura fallu pour en arriver là une forme de catharsis politique marquée notamment par le départ du Pr Jean-François Mattei, ministre de la Santé (mai 2002, mars 2004) du gouvernement Raffarin ainsi que par une commission d’enquête parlementaire qui ne permit pas de situer toutes les responsabilités. Cette crise sanitaire fut aussi suivie par l’élaboration d’un «Plan canicule» (doté de quatre niveaux d’alerte) désormais automatiquement déclenché dès le 1er juin de chaque année.

C’est dans ce cadre que l’on voit aujourd’hui se développer et se multiplier les initiatives médiatisées d’«alerte à la canicule». On peut, au choix, les trouver justifiées, répétitives ou lassantes. On peut aussi, et c’est plus grave, redouter une sorte d’épuisement de l’effet, la répétition de la mise en scène conduisant à rendre le message inaudible voire de moins en moins supportable. 

Ce phénomène a priori paradoxal, a été observé lors de l’épisode de la grippe aviaire (H5N1) en 2005-2006. Il a aussi été documenté (notamment par l’équipe de l’économiste de la santé Jean-Paul Moatti, Inserm) à propos de l’incitation à la vaccination contre l’infection par le virus de la pandémie grippale (H1N1) de 2009-2010. Une nouvelle forme de démonstration que le mieux politique peut être, parfois, l’ennemi du bien commun.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (800 articles)
Journaliste
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